LIVRE DOUZlÈMli. 2!;i
nationaux, par la solde et par la turbulence, ne se laisserait arracher le pouvoir par les élections sans le déchirer et l'ensanglanter avant de le rendre à la nation.
Lamartine savait mieux qu'eux toutes ces difficultés et tous ces périls; mais il était sur de ses collègues; il se sentait dans la vérité ; il jugeait les hommes avec une sagacité bienveillante il est vrai, mais instinctive et rapide; de plus il n'avait pas le choix, il fallait triompher ou périr héroïquement et honorablement dans l'entreprise. Il était résigné à ce sort s'il le fallait, certain que sa mort môme bientôt vengée serait le signal du soulèvement général du pays contre la tyrannie des dictateurs démagogues. Il marcha donc à son but sans illusion mais non sans espérance; décidé à transiger ou à combattre, pourvu qu'il triomphât sur les deux points qui dominaient tout • la (jnestion de la guerre au dehors, et la question de la convocation de l'Assemblée nationale au dedans.
La manifestation du 17 mars et le i)rogramme im[)(^ratif des clubs lui avaient suflisamuiont ié\élé la pensée dictatoriale des meneurs visibles ou ()ccult(\s de ce mouvement. Ils avaient chargé la fausse voix du peuple de la promulguer à rilot('l do \\\\c. l)(>pnis n^. jour, les journaux de la ivxohilion. les motions du soir dans les clubs, les orateurs nomades (l;:ns les
2U HKVOLUTION DE I8i«.
ii:roiipes, les actes, les paroles, les circulaires de quel- (|iics commissaires exaltés dans les provinces, les mots échap})és à la chaleur des convictions dans les entreliens des hommes affiliés à l'intimité des clubs, les confidences, les révélations, les affiches, tout indi- (]uail à Lamartine que rajournement des élections et la proloni^ation indéfinie de la dictature étaient les mots d'ordre des comités secrets ultià- républicains. Si cette idée (jui flattait l'orgueil de la population turbulente de Paris à (jui elle décernait l'empire, avait le temps de se propager et de s'infiltrer à l'état de dogme et de passion dans les masses, c'en était fait d(; la Hépubli(jue; on n'aurait |)u l'extirper (ju'avec le fer. \a\ France aurait été obligée de iccoiupiérir sa capitale dans des Ilots de sang. Le règne de cette j)arti(^ turbulente et exclusive du peuple exploitée |)ar des tribuns à la fois souverains et enchaînés comme le dictateur rêvé par .^larat eiH été inévitablement un règne de bourreaux, bientôt victimes, pour faire place à d'autres buuneaux, \ ictimcs à leur tour. Lamartine en frémissait j)our son i)ays : aucune insomnie ne lui coula pour prévenir un si cruel dénouement à la révolution.
Deux moyens lui restaient : la force et la négociation. Il résolut d(» les combiner et de les employer tour à tour et à tout piix, selon les hommes et les circonstances.
Un brave général mnif «h^puis pnnr sa patrie, soldat intrépide , chef adore de ses troupes , citoyen