LIVRE DOUZIÈME. 2lo
antique, Négrier commandait Tarmée du Nord. Cette armée de vingt-six mille hommes était tenue dans la main de son général avec une vigueur et une douceur de commandement qui l'enchaînaient à ses volontés par le cœur plus que par la discipline. Négrier avait été attaqué quelquefois au conseil par des dénonciations de commissaires démagogues qui lui reprochaient d'avoir servi sous des princes et qui suspectaient son honneur en suspectant sa fidélité à la Ué[)ublique. Ces soupçons n'avaient aucun fondement. Son cœur pouvait être à la reconnaissance, son devoir était à la patrie. M. Arago, ministre de la guerre , défenseur constant et courageux des officiers de l'armée, s'était toujours énergiquement refusé à ratifier ces empiétements ou ces accusations de certains commissaires désorganisateurs. Lamartine avait aussi soutenu les généraux et en particulier Négrier contre l'omnipotence révolutionnaire des proconsuls. Comme ministre des affaires étrangères il voulait une armée disponible et intacte aux factions en face de la Belgique. La Belgique pouvait devenir d'un moment à l'autre comme en 1792 le champ de bataille do l'Europe; car elle est une des grandes brèches de la France. Comme homme d'Etat, il voulait un noyau d'armée à Lille, afin que si la démagogie anarchique et sanguinaire venait à triompher à Paris, les républicains modérés, vaincus et expulsés de Paris, eussent une réserve [)réparée dans le département du Nord. Celte réserve, sous les ordres de Négrier, aurait
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dans ce cas rallie les gardes nationaux de ces excellents départements, et recon(|nis Paris el la Hépnblicjuc snr la tyrannie des démagogues dont il clail tons les jours menacé.
iNégrier de son côté, sans connaître personnellement Lamartine , a\ait compris à ses paroles el à ses actes (jii'il a\ail dans le ministre des affaires étrangères un homme selon son cdnir. Tn ami du général , M. I)***, chef de bataillon Ac la garde nationale de Paris, confident actif des efforts de I.amartine pour sauver l'ordre et contenir la révolution, lit |)lusicurs voyages à l'armée du Nord et fut Tintermédiaire intelligent des communications secrètes entre Lamaitine et Négrier. Le général se tint prêt soit à recevoir le gouvernement à Lille en cas de retrait de Paris, soit à marcher sur Amiens ou sui' Abbexille au prenuer aj)pel (pic le goux (MiieuKMit ferait à ces déparlements |)Our venir au secours d(> Paiis. Celte réserve de l'armée du Nord, sous les ordre.- d'un geneial résolu et lidèle, était la dernière ressource de Lamartine; elle le rassurait non |)as poiii- lui, mai> poui' les Parisiens el poui' la IVaucc; car il sa\ait bien (pie si la démagogie NiMiail à Irioiuplier i\{'> bons citoxeiis. il serait >a j)reiniere \ieliine : mais il ne doutait pas du lend(Mnain. I.aiiuee du Nord recrule<> eu dix jours d(> \ iiigl nulle hommes par laiinee du Uhin , el de ciiuj cent mille