LIVRE DOUZIÈME
dans des Conventions, le déchirer dans des anarchies; il professa le dogme absolu de la souveraineté de la majorité sincère de la nation, contre la tyrannie d'une seule classe, cette classe usurpât-elle même le nom de peuple. Il professa sa haine contre les ambitieux corrupteurs de ce peuple et sa pitié pour les sophistes qui en l'enivrant de chimères radicales lui préparaient le réveil du désespoir.
Blanqui ne l'avait pas interrompu une seule fois. Sa physionomie ascétique et impressionnable écoutait par tous ses sens. Son œil profond et replié en dedans semblait épier jusqu'au fond de l'ame de son interlocuteur, pour y découvrir l'intention de séduire ou de tromper. Il était trop exercé pour ne pas voir que l'attitude, la parole, le geste de Lamartine éclataient do sincérité. Il ne fit aucune objection fondamentale aux idées qu'il venait d'entendre; il parla avec un ironique dédain des hommes qui se prétendaient alors les prophètes du socialisme et du terrorisme; il admit les théories comme théories ou comme tendances, et reconnut qu'il n'y avait aucune réalisation immédiate possible en dehors des propriétés garanties et des droits ac([uis.
Quant au gouvernement, il en reconnut également la nécessité et les conditions de force contre l'anarchie; il accorda sans peine à Lamartine (ju'il fallait décourager les partis ambitieux et turbulents de la dictature , en adhérant à la convocation do TAssembléc nationale; il n'hésita pas en effet à parler dans co
sens à son club et à faire revenir sur leurs pas les faclionsqui commençaient à protester contre les élections. Lamartine après ce clialoi^ue politique où il aNail obtenu tout ce qu'il voulait, c'est-à-dire le concert pour la convocation de l'Assemblée et la promesse de combattre les tentatives dictatoriales , fit dégénérer la conversation en entretien familier. Blanqui sembla s'abandonner avec l'épanchement d'une tune ulcérée et fermée par la persécution qui s'ouvre et qui se détend dans une intimité de hasard. Il raconta à Lamartine sa vie, qui n'était qu'une longue conjuration contre les gouvernements; ses amours pour une femme que sa captivité n'avait pu détacher de lui et que ses disgrâces avaient tuée; ses longs emprisonnements, ses réflexions solitaires; ses as[)irations à un Dieu; ses instincts anti-sanguinaires, mais son goût presque insurmontable de complots, espèce de seconde nature, contractée dans ses |)rcmières conspirations. Il fut simple, naturel, élevé, (juehjuefois attendri. Lamartine n'hésita pas à trouver dans ce conjuré toutes les aptitudes et tout le tact (Tuii homme né pour les négociations, s'il voulait jamais plier son indépendance au joug (Tun gouvernement. Il lui demanda s'il consentirait à servir une Républicjue selon ses vues dedans ou dehors; si ce rôle d'éternel criliciue et d'éternel agresseur des institutions de son |)ays ne lui siMublait pas lourd, stéiile, ingrat, nuisibles à la Hcpublicpie ellemême? Hlan(|ui en convint; il ne paiiit inrrn(^ pas éloigné de Tidéo de servir au dehors un gouverne-