LIVRE DOUZIÈME
ment dont il honorerait les ministres et dont il partagerait les vues. Blanqui et le membre du gouvernement se séparèrent après un entretien de plusieurs heures, satisfaits en apparence l'un de l'autre, et prêts à se revoir si les circonstances ramenaient la nécessité d'autres entrevues.
Lamartine à partir de ce jour ne cessa pas d'entretenir des intelligences désintéressées et loyales dans le scindes diflerents partis qui se disputaient la direction du peuple. Son esprit y souffla constamment dans un seul sens : la convocation et l'acceptation par le peuple de Paris de l'Assemblée nationale. Sûr de la coopération des principaux chefs de faction pour cet objet, il n'eut plus qu'à veiller avec ses collègues sur les manifestations séditieuses qui pouvaient submerger ou emporter inopinément le gouvernement.
Le danger était de toutes les heures. La garde mobile ne comptait encore que quelques bataillons sans uniforme; les délégués du Luxembourg voyaient avec répugnance cette création et suscitaient mille lenteurs à l'équipement de ces jeunes soldats. Le général Duvivier s'impatientait légitimement de ces délais; il ne maintenait sa troupe dans la résignation et dans le devoir qu'à force d'encouragements et de sollicitude. La garde nationale sous l'impulsion de son général et du chef d'état-major Guinard, s'organisait, s'habillait
et s'armait au nombre de cent quatre-vingt-dix mille hommes. Elle allait bientôt nommer ses ofliciers, mais jusque-là elle n'existait qu'en idée. Le gouvernement avec raison ne voulait pas la rassembler avant (ju'elle eut ses uniformes , pour que le contraste entre Tindigence des uns et le luxe militaire des autres ne créât pas une division aristocratique , là où il voulait créer l'unité de cœur et de bras. Les réfugiés étrangers grandissaient en nombre et en audace dans Paris, ils prétendaient contraindre la volonté du gouvernement et prendre la guerre de force dans sa main , pour la porter sur leurs différents territoires en y entraînant le drapeau français. Les Belges assiégeaient le ministre des affaires étrangères et le ministre de Tintérieur : le gouvernement était inllexiblemcnt résolu à leur refuser tout concours aussi impolitique qu'indigne de sa Joyauté, mais il n'avait qu'une autorité morale à opposer à leurs enrôlements et à leurs projets d'invasion.
Plusieurs fois, déjà, le ministre des alfa ires étrangères avait rompu leurs trames et engagé le prince de Ligne à les faire rentrer dans leur |)atrie. Quobpies centaines d'entre eux étaient partis en elfct de Paris, mais il en restait deux on trois mille tant à Paris (pie dans le département du Nord. Il paraît (pie lassés de leurs insistances et de leurs reproches, (pielques liommes tenant dr jirès au gouvernement mais à son insu et desavoués j)ar lui, trem|)èr(Mit par complaisance et pros(jue par conq)Iicité dans ces passions do