LIVRE TREIZIEME
Lamartine. Ses collègues eux-mêmes le montraient de la main aux légions qui défilaient à ce cri.
Il descendit et passa avec eux dans les rangs de cette armée qui couvrait la place. Quoiqu'il affectât de marcher au dernier rang des membres du gouvernement et des ministres, sa présence fut un triomphe à tous les pas. Son nom fut le cri presque unique de ce centre de Paris armé : les huitième et neuvième légions. Un frémissement agitait les légions à son approche, on le poursuivait d'enthousiasme quand il avait passé; des mains fébriles d'amour touchaient ses mains et ses habits; il entendait murmurer à ses oreilles à voix sourde des mots qui le sollicitaient à la dictature et qui le tentaient d'une véritable royauté populaire.
Rentré au ministère de la justice et placé au balcon pour voir défiler ce peuple armé, les mômes cris montèrent sans interruption jusqu'à lui. Il se retira confus d'un fanatisme qu'il ne devait qu'au caprice de la multitude; humilié d'une prédilection qui était due à ses collègues autant qu'à lui. ^lais l'instinct populaire ne choisit pas, il se précipite et souvent il s'égare. Lamartine commença ce jour-là à s'aflliger d'un excès de faveur publique qu'il était résolu à ne pas accaparer sur un honmie, pour la renvoyer tout entière à la représentation du pays et à la Républicpic. Il sentait que dans (juelquos jours il lui serait plus diflicilo d'abdiquer cette puissance mobile que de rusiui)cr.