LIVRE OUATORZIÈME. 32i
jour des élections générales. Ce fut le jour de Pâques, 27 avril, époque de solennité pieuse, choisi par le gouvernement provisoire pour que les travaux du peuple ne lui donnassent ni distraction, ni prétexte de se soustraire à l'accomplissement de son devoir de peuple, et pour que la pensée religieuse qui plane sur l'esprit humain dans ces jours consacrés à la commémoration d'un grand culte, pénétrât dans la pensée publique et donnât à la liberté la sainteté d'une reli-
gion.
C'était le plus haixli problème qu'on eût jamais posé devant une nation organisée dans les temps nouveaux; cette épreuve le résolut au salut et à la gloire de la nation.
Au lever du soleil, les populations recueillies et émues de patriotisme se formèrent en colonnes à la sortie des temples, sous la conduite des maires, des curés, des instituteurs, des juges de paix, des citoyens influents, s'acheminèrent par villages et par hameaux aux chefs-lieux d'arrondissement, et déposèrent dans les urnes, sans autre impulsion ([iie celle de leur conscience, sans violences, presque sans brigues, les noms des hommes dont la probité, les lumières, la vertu, le talent, et surtout la modération, leur inspiraient le plus de confiance pour le salut commun ot pour l'avenir de la République.
11 en fut de môme dans les villes. On vovait les citoyens liches et [)auvres, soldats ou ouvriers, |)ropriétaircs ou prolétaires, soilir \\\\ ii nu du seuil de II. i\
leurs maisons, le recueillement et la sérénité sur leurs visages, porter leurs suffrages écrits au scrutin, s'arrêter quelquefois [)Our le modifier sous une inspiration nouvelle, ou sous un repentir soudain de leur conscience, le déposer dans l'urne, et revenir avec la satisfaction peinte sur les traits, comme d'une pieuse cérémonie. Jamais la conscience publicjue et la raison générale ne se révélèrent dans un peuple avec plus de scrupule, de religion et de dignité. C'est un de ces jours où une nation a les yeux sur le ciel, où le ciel a les yeux sur une nation. Le gouvernement se donna ce jour de repos en trois mois : il sentit que Dieu et le peuple travaillai(Mit pour lui.
Les églises étaient pleines d'une foule agenouillée qui invoquait l'inspiration divine et l'esprit de paix sur la main des électeurs. On se sentait exaucé avant d'avoir prié. Le calme avec lecpiel s'accomplissaient les opérations électorales était un pressentiment du clioix (pii émanait du ((rur i\c vv |)(Mipl(\ L'anarchie ne pouvait pas sortir (rime si niianiiiic inspiration du Iticii.
A la chuli^ du jour, Lamartine errait seul et le cœur chargé de ii^connaissance dans un (juarti(M' j)()pul(Mi\ de Paiis. Il \il la fouh^ descendre et monter les marches d'une église; le parvis S(Mnhiait d(d)or(ler d'adorateurs, hommes, fennnes, enfants, vieillards, jiuines gens, tous hs yv\i\ pleins de regards sur