LIVRE QUATORZIÈME
axiomes, le texte d'une constitution; il désirait que ce texte pût être voté d'acclamation en deux ou trois séances, et que le gouvernement émanât tout de suite de la constitution votée.
Lamartine était convaincu que l'unité du pouvoir exécutif constituée dans une présidence , dans un directeur ou dans un conseil, était la forme définitive que la Républi(jue adopterait après sa période de création : mais pour la première période, destinée à habituer le pays à la forme républicaine et à relier ensemble dans un intérêt de concours et de concorde les principales forces de ro])inion, il penchait à admettre pour deux ou trois ans un pouvoir exécutif trinitaire, dans lequel trois hommes élus par l'Assemblée nationale représenteraient les trois éléments dont se compose toute opinion : Tinquilsion, la résistance, la modération. Ces trois forces se combinant entre elles dans un consulat de trois ans et correspondant chacune à un des trois partis dans la nation : im[)ulsif, retardataire, modérateur, lui i)araissaient sans doute une cause possible de tiraillements et de langueur dans le pouvoir exécutif; mais ce qu'il craignait pardessus tout pour la Ré[)ubli(pie à son origine, c'était la guerre civile. Cette dictature mixte, donnant sécurité et gages aux opinions diverses, était de nature à la prévenir. Il s'occupa de cette pensée, il s'en entretint avec quelques-uns de ses collègues, il se promit de sonder les dispositions à cet égard des menibres de l'Assemblée nationale à leur arrivée à Paris, et de
se résoudre au j)arli ((ui lui paraîtrait le j)lus universellement adopté dans la majorité des esprits. Une conférence intime eut lieu entre lui et des membres d'autres opinions sur ce sujet. On chercha à s'entendre, on ajourna tout, on ne résolut rien. Tout dépendait à cet égard d'éléments inconnus, l'esprit, les dispositions, les majorités, les minorités dans les membres de l'AssendjIée nationale.
Quant à un plan de constitution à [)résenter, un y renonça entièrement dans les dci'nières séances (jui précédèrent le 27 aMil. Les tiois pailis (jui se faisai(Mit tour à tour Oj)|)osition ou concouis dans le sein du gouvernement étaient trop di\ isés, et (juehiuefois tiop irrités pour s'entendre sui- un j)rojet commun d'institution. Le parti socialiste, le |)ai(i convcMilionucI et le parti ivpublicain conslitiilloïiiicl ne |)ou\ai(Mit eiilanter une même pensée. On le sentit, on l'avoua, on s'en remit à rAssend)lée nationale cpii devait départager ces partis. Les deux derniers partis pouvaient, avec (juel([ues efforts, s'entendre; h^ j)remier était incompatible avec l'Assemblée nationah*, car rAssemblee nationale allait procéder du sol, du temps, des traditions. Le parti socialiste procédait d'une théorie aI)solue ; une théorie al)solue c'est la violence : la violence ne peut constituer que la tyrannie.
Knfin, l'aube du salut se hna sur la France avec le