LIVRE QUATORZIEME
patrie. On voit en lui un de ces vieillards qui lèguent des institutions à une famille humaine et dont la Providence semble avoir prolongé la vie pour que cette vie serve de transition à deux époques.
« Citoyens », dit-il, d'une voix où la gravité n'enlève rien à l'énergie, « le gouvernement provisoire de la (( République vient s'incliner devant la nation et ren- « dre hommage au pouvoir souverain dont vous êtes « seuls investis. Enfin, le moment est arrivé pour le « gouvernement de déposer entre vos mains le pouce voir illimité dont la révolution l'avait revêtu. Vous « savez si pour nous cette dictature a été autre chose (c qu'une puissance morale exercée au milieu des « circonstances difficiles que la nation vient de traver- « ser. Vive la République ! »
Ce cri sorti des lèvres du vieillard retentit d'échos en échos par trois cent mille voix jus(pic sur la place de la Concorde; le canon des Invalides le salue de ses salves. Dupont do l'Eure descend de la tribune; il tombe dans les bras de Béranger, précurseur sage et patient, comme son ami, de l'ère républicaine, Tyrtée de la gloire de nos armes dans sa jeunesse, représentant du [)euple et modérateur de son pays sous ses cheveux blancs.
L'Assemblée procède trois jours à la vérilication des pouvoirs et choisit po\ir président ^I. Bûchez en reconnaissance des services qu'il avait rendus et du courage (|u'il avait déployé pendant trois mois dans Tadniinislration de l'Hôtel de Ville.
rnr, révolution de 18 4«.
Le 7, Lamartine inonla à la liiljune à la place et au nom (lu président du gouvernement provisoire : il rendit compte en ces termes des actes de la Révolution :
« Citoyens représentants du peuple, au moment ou (( vous entrez dans l'exercice de votre souveraineté; <f au moment où nous remettons entre vos mains les (( pouvoirs d'urgence que la révolution nous avait (( provisoirement confiés, nous vous devons d'abord « compte de la situation où nous avons trouvé et où •( vous trouvez vous-mêmes la patrie.
(( Une révolution a éclaté le 24 février, le peuple a « renversé le trône, il a juré sur ses dehris de régner « désormais seul et tout {MiIIit par hii-iiirine. Il nous (( a charges de j)()ni'\()ir prox isoiicincnl aux (lan,:^tM"s « et aux nécessités de linterrègne (pril a\ail à trace verser pour arriv- r en ordre et sans anarchie à son « régime unanime et délinitif. Notre première pensée « a été d'abréger cet interrègne, en convoquant aussi- « tôt la représentation nationales en qui seule réside le (( di'oit et la force. Sinq)les citoyens, sans autre ap|)el « (jue le péril publie, sans autre litre (pie notre « dévouement, tr'Mnblanl (Taecepter, j)ressés de resti- « tuer le dé[)(')t des destinées de la j)atrie, nous n'avons « en (pTune aud)ition, celle d'abdicpier la dictatures « dans le sein de la souveraineté du peuple.
(f Le troue renversé, la (Unaslie s'écroulant d'elle- (( UKMne, nous ne proclamAmes j)as la Uépubli(pi(% elle « s'était proclamée elle-nuMue |)ai- la l)()uch(s de tout