LIVRE NEUVIÈME
vernemenls institués comme une puissance régulière, et non comme un phénomène perturbateur de Tordre européen, il est convenable que vous fassiez proniptement connaître au gouvernement près duquel vous êtes accrédité les principes et les tendances qui dirigeront désormais la politique extérieure du Gouvernement français.
« La proclamation de la République française n'est un acte d'agression contre aucune forme de gouvernement dans le monde. Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère , de situation géographique et de développement intellectuel, moral et matériel chez les peuples. Les nations ont, comme les individus, des âges différents. Les principes qui les régissent ont des phases successives. Les gouvernements monarchiques, aristocratiques, constitutionnels, républicains, sont Fexpression de ces différents degrés de maturité du génie des peuples. Ils demandent plus de liberté à mesure qu'ils se sentent capables d'en supporter davantage; ils demandent plus d'égalité et de démocratie à mesure qu'ils sont inspirés par plus de justice et d'amour pour le peuple. Question de temps. Un peuple se perd en devançant Theure de cette maturité, comme il se déshonore en la laissant échapper sans la saisir. La monarchie et la république ne sont pas, aux yeux des véritables hommes d'État, des principes absolus qui se combattent à mort; ce sont des faits qui se contrastent et qui peuvent vivre face à face, en se comprenant et en se respectant.
« La guerre n'est donc pas le principe de la République française, comme elle en devint la fatale et glorieuse nécessité en 1792. Entre 1702 et 1848, il y a un demi-siècle. Revenir, après un demi-siècle, au principe de 179-2 ou au principe de conquête de l'Empire, ce ne serait pas avancer, ce serait rétrograder dans le temps. La révolution d'hier est un pas en avant, non en arrière. Le monde et nous, nous voulons marcher à la fraternité et à la paix.
a Si la situation de la République française, en 1792, expliquait la guerre, les différences qui existent entre cette épocjue de notre histoire et répo(iueoù nous sounues expliquent la paix. n. 3
3i RÉVOLUTION DE 18i8.
Ces différrncos, api»liiiuez-vuus à les coiiipieiidre et à les faire coinpreiidre autour de vous.
« En 17'J-2, la nation n'était pas une : deux peuples existaient sui un même soi. Une lutte terrible se prolongeait encore entre les classes dépossédées de leurs privilégies et les classes qui venaient de conquérir l'égalité et la liberté. Les classes dépossédées s'unissaient avec la royauté captive et avec l'étranger jaloux pour nier sa révolution à la France, et pour lui réimposer la monarchie, Taristocratie et la théocratie par l'invasion. 11 n'y a plus de classes distinctes et inégales aujouid'hni. La liberté a t(jut affranchi. L'égalité d(;vant la loi atout nivelé. La liatrrnite, dont nous proclamons l'application et dont lAssemblée nationale doit organiser les bienfaits, va tout unir. Il n'y a pas un htiil citoyen en F^rance, à (juelque opinion (pi'il appartienne, (jui ne se rallie au principe de la patrie avant tout, et (|ui n(^ la rende, par cette union même, inexpugnable aux tentatives et aux intjuiétudes d'invasion.
« Un i7*.)-2, ce n'était pas le peuple tout entier qui était entré en possession de son gouvernement; c'était la classe moyenne s<Mdemenl (pii voulait exercer la liberté et en jouir. Le triomphe de la classe moyenne alors était égoïste, comme le triomphe de toute oligarchie. Ulle voulait retenir pour elle seule lesdroits concjuis par tous. 11 lui fallait pour cela opérer une diversion forte à l'avènement du peuph^ on le précipitant sur les champs de bataille , pour l'empêcher d'entrer dans son propre gouvernement. Cette diversion, c'était la guerre. La guerre fut la pensée des innfiarc/iicjis et des Girondins ; ce ne fut j)as la pensée des démocrates plus avancés , qui voulaient , comme nous, le régne sincère, complet et régulier du peuple luimèuH», en comprenant dans ce nom toutes les classes, sans exclusion et sans préférence, dont se compose la nation.
a Un \1\H, le peuple n'était que l'inslrumeiît de la révolulion , il n'en était pas l'objet. Aujonidhui la révolution s'est faite par lui et pour lui. il est la révolution elle-même. En y entrant, il y apporte ses besoins nouveaux de travail, d'industrie, d'uïstruction, d'agriculture, de commerce, de moralité, de bien-être, de propriété. {\v vie à bon marché, de navigation.