LIVRE NEUVIÈME
de civilisation enfin, qui sont tous des besoins de paix! Le peuple et la paix, c'est un môme mot.
« En 1792, les idées de la France et de l'Europe n'étaient pas préparées à comprendre et à accepter la grande harmonie des nations entre elles, au bénéfice du genre humain. La pensée du siècle (\u\ finissait n'était que dans la tête de quelques philosophes. La philosophie est populaire aujourd'hui. Cinquante années de liberté de penser, de parler et d'écrire, ont produit leur résultat. Les livres, les journaux, les tribunes ont opéré l'apostolat de l'intelligence européenne. La raison rayonnant de partout, par-dessus les frontières des peuples, a créé entre les esprits cette grande nationalité intellectuelle qui sera Tachèvement de la révolution française et la constitution de la fraternité internationale s.ur le globe.
«Enfin, en 1792, la liberté était une nouveauté, l'égalité était un scandale, la République était un problème. Le titre des peuples, à peine découvert par Fénelon, Montesquieu, Rousseau, était tellement oublié, enfoui, profané par les vieilles traditions féodales, dynastiques, sacerdotales, que Tintervention la plus légitime du peuple dans ses affaires paraissait une monstruosité aux hommes d'État de l'ancienne école. La démocratie faisait trembler à la fois les trônes et les fondements des sociétés. Aujourd'hui les trônes et les peuples se sont habitués au mot , aux formes , aux agitations régulières do la liberté exeicée dans des proportions diverses presque dans tous les États, môme monarchiques. Ils s'habitueront à la République, qui est sa forme complète chez les nations les plus mûres. Ils reconnaîtront qu'il y a une liberté conservatrice ; ils reconnaîtront qu'il peut y avoir dans la République, non-seulement un ordre meilleur, mais qu'il peut y avoir plus d'ordre véritable dans ce gouvernement de tous pour tous, que dans le gouvernement de quelques-uns pour quelques-uns.
« Mais en dehors de ces considérations désintéressées, l'intérôt seul de la consolidation (;t de la durée de la République inspirerait aux houuues d'État de la France dos pensées de paix. Ce n'est pas la patrie qui court les plus grands dangers dans la guerre, c'est la liberté. La gueire est presque toujours
iiiK' (liclaliire. Les soldats oublient les institutions pour les liunnnes. L«'s trônes tentent les ambitieux. La jiloire éblouit le patriotisme. Le prestige d'un nom victorieux voile l'attentat (•(tnlrr la souverainet»' nationale. La l{t'|)ubli(|ue veut de la jiloirc, sans doute, mais elle lavent pour elle-même, et non |)our des César ou des Napoléon î
(( Ne vous y trompez pas, néanmoins; ces idées cpie le (ionvernement provisoire vous cbai'ge de présenter aux puissances comme {^aj^'c de sécurité curopi'cnne, n'ont pas pour objet de faire pardoimer à la iiejjublitiuc l'audace (prellc a eue de naître; encore moins de demander humblement la })lace d'un f;ran(l droit et d'un -^a-and peuple en Europe; elles ont un plus noble objet : faire réllécliir h^s souverains et les peuples, ne pas leiu' j)ermeltre de se tromper involontairement sur le caractère de n(»trc révolution; donner son vrai jour et sa physionomie'juste à rcvénement, donner des gaines à l'humanitc cntin. avant d'en domier à nos droits et à notre honneur, s'ils étaient méconnus ou menacés.
« La Uépubli(iue française n'intentera donc la guerre h persoimc. l'^llc n'a pas besoin de dire (pfelle l'acceptera, si on pose des conditions de guerre au peuple français. La pensée des hommes (jui gouvernent en ce moment la France est celle-ci : Heureuse la France si on lui déclare la guerre, et si on la contraint ainsi à grandir en force et en gloire, malgré sa in(Kleralinn ! Responsabilité terrible à la France si la Héj)ubli- <|ue déclare elle-même la guerre sans y être provocpiéi^ ! l^ans le premier cas, sou gt-nie martial, son impatience d'action, sa force accumulée pendant lanl d'aimées de paix, la rendraient iu\iu(ible chc/. elle, redoutable j)eut-être au delà d(^ ses fronlirres. Dans le second cas, elle tournerait contre elle les souveFïirs de ses coïKiuêtes, (pii desaffectionnent les nationalités, ri rllc compromettrait sa première et sa plus universelle alliance : l'esprit des peuples cl le génie de la civilisation.
« D'après ces principes, monsieur, qui sont les principes de la Francr de sang-froid. prmci|>es (pi'elle peut présenter sans crainte connue sansch'ti ii srs amis et à ses ennemis, vous voudrez bien Nous pénétrer des déclarations suivantes :