‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 181 sur 216 · LIVRE QUINZIÈME. 3<Jo · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME. 3<Jo

naux qui étaient dans les autres cours, ralliés par quelque commandement énergique, préviendraient du moins la violation de la salle même des séances, et que l'invasion dont il avait été témoin par le côté du quai, se bornerait à un défilé tumultueux dans les corridors et dans les jardins du Palais. Après avoir averti le président de ce qui se passait, il ressortit seul et désespéré, pour faire face aux séditieux qui tenteraient de franchir le dernier seuil.

Après avoir fait quelques pas dans la salle des colonnes, il se trouva en face d'un groupe de chefs de clubs qui s'avançaient sur cinq ou six de front en se donnant le bras. Un membre du gouvernement provisoire Albert, ami de Louis Blanc, était du nombre. C'était le seul qui fut connu de vue par Lamartine.

Derrière ce premier rang marchaient d'autres citoyens, le visage en feu, le geste égaré.

Lamartine, résolu à faire son devoir sans considérer son impuissance et son isolement, s'avança de quelques pas au-devant de cette tête de colonne, et étendant les deux bras en croix comme pour leur opposer une barrière :

« Citoyens, leur dit-il, vous ne passerez pas, ou « vous ne passerez que sur mon corps ! — Et à quel « titre nous empécheriez-vous de passer? lui dirent u les premiers qui l'abordèrent. — Au titre, répondit « Lamartine, de membre du gouvernement, chargé de « défendre à tout prix l'inviolabilité de T Assemblée (c nationale. — Que nous importe TAssemblée natio-

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« nalo, i"é[)Ii(|nèrcnt-ils, nous sommes le peuple? nous « \()ulons présenter nous-mêmes nos pélitions et nos « volontés à nos mandataiies; avez-vous donc oulilié « déjà (|ue le peuple communi(iuail librement, direc- « tement et toujours avec le gouvernement de rilotel « de Ville?

« — Citoyens, reprit Lamartine, nous étions alors « en révolution; nous sommes aujourd'hui m gouver- « nement. L'Assemblée nationale est autant au dessus « de nous que la nation est au-dessus de vous! Elle « ne peut recevoir de pétitions des mains d'une frac- « tion attrou|)ée du peuple sans perdre sa liberté et i< sa majesté. Je vous répète que vous ne passerez que « sur mon corps. »

Alors des vociférations s'élevèrent du soin des hommes qui formaient le second rang du groupe : des apostrophes ironi([ues et dé(laigIlcu^es furent adressées h Lamartine; mais aucun outrage, aucune violence n'attristèrent ce dialogue entre ses interlocuteurs et lui. [/altercation dégénéra en discussion sur les droits resj)e('lifs du peuple et de rAssemi)lée; quelques citoyens étrang(Ms à la représentation, au nonibie desquels le jeune Lagrange de Màcon, Thomasson, Ernest Grégoire, (piehiues repiésentants courageux el indignés, M. de Moi'uay, M. Ar .MonlicMiil cl (ranli-es, étaient accourus an hiMut de la (jneiM^llc et s'cLiicnl l'angés derrière Lamartine 11 adressèrent des représentations dans le même sens cpie lui aux groupes i\ci> envahisseurs; ces groupes encore en petit nombre hésitèrent,

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