‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 182 sur 216 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

flottèrent, et finirent par se replier sur la salle des pas perdus.

Lamartine rentra dans l'assemblée et s'assit à son banc pour s'associer aux résolutions et aux actes que la représentation nationale allait prendre dans cette extrémité. Il croyait que les grilles avaient été refermées après le passage de ce premier flot d'insurgés, et que les pétitions apportées par des représentants allaient l'appeler à la tribune.

Mais à peine avait-il repris sa place, pénétré d'une horreur et d'une douleur qu'il avait peine à dissimuler sur ses traits, que les portes des tribunes publiques, ouvertes ou brisées avec fracas dans tout le pourtour de la salle, donnèrent passage à une invasion d'hommes en vestes, en chemises, en blouses de travail, en haillons, qui s'élancèrent comme à l'assaut des galeries, écartant brutalement du geste, des mains, des pieds, les spectateurs paisibles et les femmes, enjambant les balcons, se suspendant par les bras aux corniches, pour se laisser glisser sur la tète des représentants, et remplissant eu un moment la salle entière de foule, de cris, de drapeaux, de poussière et de confusion : véritable et atroce image d'une invasion de barbares dans une société civilisée. Lamartine reconnaissait ce même peuple souterrain, ces mêmes chefs, ces mêmes costumes, ces mêmes visages, ces mênies vociférations dont il avait été subnuMgé (xMidant soixante heures à l'ilote! de Ville pendant les jouiih'm^s (1(1 drapeau roui;»'. I/Assend)lé(^ pouvail S(^ cioirc

reportée aux jours sinisties de septembre 1793.

Les représentants turent à l'uiianiniité sul)limes de fermeté, d'altitude impassible et d'indignation. Pas un cri d'etlVoi ne sortit d'une bouche, pas une pâleur ne couvrit un front, pas un regard ne s'abaissa devant l'audace et le cynisme des figures et des actes (|ui souillaient la salle. Ces neuf cents citoyens intréj)ides avaient accepté sciemment dans leurs départements, le mandat des dangers su|)rémes qu'ils allaient courir en venant ap|)orter la loi républicaine à une démagogie qui tenterait de leur imposer la sédition et la terreur. Ils étaient résolus à mourir dignes de leurs départements.

Le peuple fut intimidé liii-ménK^ dr leur attitude, il |)arut honteux de ses excès. Cependant (juehjiKs luttes hideuses déshonoraient l'enceinte entre ces hommes enivrés des prédications démagogiques qui les avaient lancés jusque-là. Des forcenés agitant un drapeau armé d'une lance de fer voulaient aller le |)lanter sur la tribune; d'autres les contenaient. Ils se renversaient, ils se relevaient dans la poussière sous les yeux i\v> r(^[)résentanls. D'aiihes s'efforçaient de gravir les degrés de la liibune, (pie des huissiers et des députés dévoués couvraient de leius corps, d'autres s'élançaient |)ar les escaliers exlciiciirs an bureau et autour du fauteuil du président, pour lui iuipos(M' des ordi'es ou d(S motions. Des dialogues |)artiels , terribles, sinistres, s'établissaient t^ilie la fouh» el (juelques députés héroïques (jui la bravaicMil en se le\anl (h^

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