‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 35 sur 216 · LIVRE DIXIÈMii · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈMii

champs, et par les tempêtes de la nuit, de sa retraite au port du Havre et du Havre à sa retraite. Enfin il s'arrête au parti, plus dangereux que tout autre, de s'embarquer, non loin de Rouen, à bord du paquebot qui va de Rouen au Havre. Ce bâtiment, qui arrive au Havre la nuit, lui donnera plus de chances de traverser cette ville sans être signalé et de passer immédiatement, comme un voyageur venant de Paris, de ce bâtiment de la Seine sur le bâtiment de mer qui prend ses passagers pour les transporter immédiatement en Angleterre.

l.e roi se déguise ; il prend les noms de Théodore Lebrun; le maire favorise de quelque connivence pieuse cet embarquement. Le vice -consul anglais donne le bras à la reine ; les deux vieillards reconnaissent en montant sur le pont le même bâtiment qu'ils ont frété un an avant pour leur promenade en mer, pendant leur séjour de plaisir et de fête au château d'Eu.

Quelques-uns des mêmes matelots font encore partie de l'équipage. Celui qui est chargé de faire la revue des voyageurs pour leur demander le prix des passages, tient une lanterne dont la lumière se réverbère |)ar hasard sur le visage du roi; il reconnaît à cet éclair le prince qu'un autre regard que le sien |)(Mit trahir ; il se hâte de détourner sa lanterne on faisant un signe de respectueuse discrétion à son ancien maître.

Le bruit se répand, de confidence en conlidenco, parmi l'écjuipage, que le bâtiment porte les fugitifs

(l'Eu. Pas un <1(» co> inatoiols n'a la pensée de servir la Ro[)nl)li({iio j)ai- une làclio trahison de la vieillesse et (lu malheur : ils fcii^nent de ne rien voir et veillent sur tout. Seulement, (juand le bâtiment est amarré au quai du Havre, ils se ran.^ent sans affectation sur le passage des voyai^eurs; ils découvrent leur front en s'inclinant avec un silencieux respect : « Oue Dieu vous sauve ! (lirent-ii- à demi-voix. » C'est ee (ju'avnit dit la 1^'^pnl)li(jue ell(^-mème, pai' la voix de son goiivcrnemeiil , pendant (pie les coups de feu éclataient encore et (]ue le sang de Paris n'était pas lavé sous les pieds.

il ii'\ avait (jue la largeur d^in (piai à franchir j)our passeï (In paijuehot de Rouen sni- le pacpiebot de Southamj)l()n. Le roi, la l'eine, précédés du général Dumas cl (In général Uumigny, 1(î franchissent sans élre observés et montent sur le bâtiment anglais. An moment on l(^ roi mettait le |)i(Ml sur l'échelle nnc^ f(Mnme s'aj)proclic, nn(> liuitcrnc à la main, et s'écrie ; «C'est lui, c'e>l le loi! )>lln oflicier s'ap|)roche jtour s'assurer sans doute |»;ii- ses pro|)res yeux de ridenlih' du prince : « Il « esttiop lard, dil l(^ eapilaimî du j)a(piebot, » et il lail r(Mii'ei- TiThelh».

Cetle ('ii('onstanc(^ imj)ressionna viv(Mnent les ser\il(Mirs (lu roi, (jui ciun'ul {\\\r son salnl a\ail \ou\\ a (•(•Ile inniulc cl ;i\inl pu (''li'c coinproinis pai' e(^ cri de l'eiinne el pai- (("Ile enrio>ile d'un -ojdal; mais aucun

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