‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 47 sur 216 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

fait les miracles, parce qu'elle ose les espérer quand tout le monde les croit impossibles. Il eut ainsi que ses collègues la foi de l'honnêteté, et la Providence l'en récompensa. 11 conçut d'inspiration le seul plan qui pouvait sauver la République de la banqueroute. Si quelques détails manquèrent ou si quelques mesures faillirent à ce plan dans l'exécution , l'ensemble du moins fut aussi logique que hardi.

Il fallait avant tout au gouvernement de l'argent. Il n'y avait que trois moyens d'en faire : le crédit, le papier-monnaie ou les exactions. Les exactions c'était le sang à la première résistance : le gouvernement voulait à tout prix vivre ou mourir pur : les assignats, c'était la panique générale et l'enfouissement du dernier écu; pour le faire ressortir, il fallait sévir : sévir en révolution, c'est proscrire, confisquer c'est tuer. Le gouvernement en majorité fut toujours inflexible aux propositions d'assignats. Restait le crédit : la révolution l'avait enlevé au gouvernement ; il fallait le retrouver dans une institution indépendante de lui et qui fut pour ainsi dire sa caution devant la France. Cette institution bien faible encore en proportion du rôle qu'on voulait lui donner existait dans la Bancjue de France. Il y avait deux moyens de s'en seivir : la contraindre ou la protéger. Quelques-uns voulaient la contraindre ; on se décida à la protéger.

Garnier-Pagès sauva trois fois la bancjue de France ; d'abord en refusant obstinément d'accorder au commerce de Paris les trois mois de suspension de ses

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engagements envers la Bancjue ; ensuite en repoussant 1(3 papier-monnaie (jui aurait submergé la Bancjue; enlin en prenant la mesure hardie mais heureuse d'autoriser racceptation forcée des billets de la Hancjue comme argent. La Bancpie ainsi sauvée sauva à son toui" le gouvernement : elle lui j)rèta deux cent trente millions ; elle s'associa avec intelligence et avec patriotisme au gouvernement. M. d'Argout, directeur de la BaiHjue, oublia ses anciens attachements à la royauté déchue pour s'attacher exclusivement au salut financier de son j)ays. 11 fut à la fois l'honune de la Ban(|ue et l'homme du Trésor. Il se montra véritablement patriote et homme d'Etat par son intrépidité devant la détresse et par sa fécondité de ressources devant les diflicultés. La Bancjue n'était utile jus(jue-là qu'au connnerce, elle devint utile à la j)alrie : elle n'avait (jue l'estime et (juehjuefois l'envie de l'opinion; elle mérita la reconnaissanc(i de la nation. Le gouvernement [)rovisuire ne larda pas sous l'inspiration de Garnier-Pagès à fondre et à nationalis(M- dans \o crédit central de la Ban(jue de France les aulies bancjues de la IU''pul)li(|ue.

iMais, |)Our (|ne la Baïujue ainsi prolc'^gée et centralisée pnl pi(M(M' par eiMitaines de millions an gouvernement, il Ini fallail une li\ polliècpie morale. Cette li\ |)()lli(M|ue, c'était la ((Mlilude (pic h^ TicVoi", inojii-

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