‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 48 sur 216 · LIVRE DIXIEME. 9o · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME. 9o

nément tari , se remplirait de nouveau. Les impôts territoriaux se payaient bien ; l'enthousiasme môme des contribuables en anticipait le versement. Tout le monde venait en aide aux bonnes intentions du gouvernement pour lui enlever la tentation ou la nécessité de recourir aux extrémités révolutionnaires. Les curés prêchaient l'impôt comme une vertu publique; les riches versaient l'année d'avance ; les pauvres apportaient leurs douzièmes ; les bureaux de perception des impôts étaient obstrués pour payer comme ils l'auraient été pour recevoir. Il y avait émulation de versements, tant on avait le sentiment que le danger était dans le vide du Trésor.

Un emprunt national d'enthousiasme et de salut commun était possible, et aurait été productif, pendant ce premier élan d'esprit public. Plusieurs membres du gouvernement le demandaient, avec l'impatience de l'heure qui échappe, à Garnier- Pages. Des considérations de crédit l'empêchèrent de consentir à généraliser cette mesure. Le moment [)assa , le feu s'éteignit. On se borna à payer l'impôt. Ce fut là une faute du gouvernement.

Mais les impôts indirects , produits immédiats et quotidiens de la consommation et de la production, tarissaient. L'armée demandait une réorganisation prompte et onéreuse. Le Trésor pouvait être pris au dépourvu, et découvrir ainsi la patrie elle-même. Les secours toujours grossissants à donner aux ou\riois sans salaire et par consécjuent sans pain , la solde et

% RI^:VOLUHUX de 1848.

réquipenienl de la garde mobile , les caisses d'escompte à créer dans toutes les villes manufacturières, les prêts d'argent à faire aux grands centres d'industrie , les travaux publics à maintenir dans une certaine proportion pour éviter un débordement d'oisifs dans les départements, la marine, les allaires étrangères, les élections, la justice, l'administration intérieure enfin , dont on ne pouvait laisser les agents en souffrance, laissaient entrevoir la sinistre éventualité d'un vide dans le Trésor. Un jour d'insuffisance dans les ressources eût été le signal d'une catastrophe générale. Les fonctionnaires et les capitalistes pouvaient attendre, la faim ne s'ajourne pas. Six millions d'ouvriers vivaient d'assistance publi(|ue. In jour de retard dans leur solde eût été le signal d'une immense sédition du désespoir et de la faim, il fallait pourvoir et prévoir.

Le gouvernement, résolu à éviter la banqueroute à tout prix, n'avait à choisir (ju'cntrc la création d'un papier-monnaie ou un inipiM de crise comme en 1815 et en 1830. Il s'agissait de sau\er la i)ropriétéj c'était à la propriété à se sauver t)lle-méme. Les assignats auraient perdu, le lendemain de leur émission peutvivv , la moitié de leur valeur. L'argent, contre le([uel on aurait voulu les échanger, se serait enfui ; les denrées auraient monl('^ en j^roportion du discrédit (1(N assignats; il aiiiiiil l'alln eiecr des ma.rimum. pour laisser ces denrées a la portée du |)auvre; le inaj'imuin |)rodui( la disette , la disette le désespoir,

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