LIVRE ONZlËiME
rapport avec la cour; il se souvient qu'il en a eu avec M. de Montalivet , ministre et ami du roi ; il y court. M. de Montalivet , cœur généreux où les inspirations ne délibèrent pas plus que le courage, était très-malade. Il ne calcule ni sa santé, ni ses forces ; il se lève et se fait conduire chez le roi à Neuilly. Le roi, dont la pensée devançait en cela celle de son ministre, fait grâce de la vie au condamné.
Barbes est sauvé. La sœur du condamné attendait son arrêt dans un des bureaux de la Chambre des députés. Lamartine lui rend la vie en lui portant celle de son frère. Elle s'évanouit en baisant ses mains.
Il y avait sept ans que cette scène s'était pas ée, lorsque Lamartine, quelques mois avant la révolution de Février, reçoit de Barbes deux lettres que ce condamné avait trouvé le secret de dérober aux geôliers de son cachot à Nîmes. Ces lettres disaient à Lamartine : « Je vous dois l'existence; après Dieu, vous « êtes mon sauveur. Si je sors jamais de ces murs rcn- « versés par le triomphe certain de la République, ma « première visite sera pour celui envers qui ma recon- « naissance a besoin de se soulager, et j'espère « qu'après m'avoir sauvé, il sauvera aussi ma patrie. »
Barbes avait tenu parole. Le lendemain de son arrivée à Paris, il était venu se jeter dans les bras de Lamartine. « Je suis doublement heureux de votre délice vrance », lui dit le ministre des affaires étrangères; « vous êtes libre, et c'est la République, ce gouvor- « nement de vos prédilections, (jui vous rrroil dans
« la liberté. Vous pouvez lui être très-utile en ce « luomcnt. Le peuple, sans autre frein (jue nos paroles, a a besoin qu'on le dirige et qu'on le modère. Il vous « écoutera : vous êtes un de ses martyrs, vos paroles « seront ses oracles. Conseillez-le, non avec la colère a d'un combattant, mais avec la générosité d'un vain- « queur et avec le sang-froid d'un homme d'Ktat. La « République n'a plus de dangers à courir que de « ses excès. Montrez autant d'héroïsme pour la retenir « que vous avez montré d'impatience et de courage « pour la devancer. Les idées ne deviennent gouver- « nement (ju'cà la condition de se régulariser en ordre « et en force. Oubliez les traditions de la première « République et aidez-nous à en fonder une qui ne « se souille ni d'anarchie ni d'échafauds , et qui (( réconcilie peu à peu tous les griefs dans tous les « droits. »
Telles furent les paroles de Lamartine. Barbes les écoula avec tous les signes d'un accjuiescement de cœur et d'esprit.
« Ces idées sont aussi celles que j'ai mûries en moi « dans ma ca|)tivité et dans ma religion politique, « dit-il. .le ne veux employer l'influence que ma renom « mée de victime me donnera sur le peuple que pour « le dirig(îr dans ce sens. Mais je suis étranger depuis <( des années au monde p()liti(|ue. J'étais jeune quand « je fus jeté dans les fers, .h* ik^ connais ni les choses, « ni les hommes. Mo piMinettrez-vous de* vous consull(M' tf de temps en temps poui retrouver la vraie voie, si