LIVRE ONZIEME
et la popularité pour s'y recruter une armée d'opinions extrêmes.
Ces rumeurs montèrent jusqu'à lui, l'enveloppèrent de doute et d'ombrages, détachèrent de son nom le prestige, et de son club la foule qui l'écoutait. Ses anciens complices et surtout Barbes le sommèrent de se disculper, le jugèrent, le condamnèrent au tribunal de l'opinion républicaine. Blanqui disparut quelques jours de son club comme un homme contaminé de soupçons, prépara sa défense écrite et la répandit dans Paris.
Cette défense, sans le disculper complètement de. quelques révélations vagues sur les choses et non sur les personnes, le couvrait néanmoins assez pour lui permettre de reprendre son rôle et son influence devant un club composé de ses partisans. Il y revint. On fit un triomphe de son retour. L'ombre dont il avait été un moment terni lui faisait une loi d'exagérer son républicanisme et de faire éclater de plus de feu sa passion de tribun. Son club devint le foyer de toutes les exagérations et de toutes les colères démagogiques. Néanmoins, comme ces exagérations et ces colères n'étaient que des jeux de paroles et des réminiscences sans rapport vrai avec la nature du peuple, de la révolution, et du temps, on allait à ce club comme on va à un théâtre historique voir représenter sur la scène par des acteurs en costume suranné les drames ou les parodies d'une autre époque. Les hommes de la noblesse et de la bourgeoisie
insultés et menacés par les orateurs de ce club y assistaient par curiosité comme pour entendre de loin sans s'en effrayer les rugissements de Babeuf ou de Marat.
Biancjui lui-même jouissait de la [)cur que faisait son nom et jouait la fureur plus qu'il ne la ressentait ou ne voulait la répandre dans la masse. Il flattait même adroitement du geste et du regard ceux (ju'il menaçait de la voix. C'était un tribun, mais un tribun qui paraissait avoir plus de politique que de foi. Homme supérieur par le tact, par Tesprit, par la diplomatie populaire, à tous les meneurs du moment, il les déconcertait en les dépassant; il leur jetait sans cesse le défi de le dépasser lui-même.
En sortant de son club, il disparaissait dans l'ombre, ne se mêlait en rien au mouvement du gouvernement ou de la multitude, vivait caché dans une mansarde, ne révélait sa demeure (ju'à une petite secte d'amis et de séides tels que Lacambre et Flotte, et ne se montrait (jue la niiil , vêtu misérablement pour intéresser le peuj)le en figurant sur sa personne les souillures et les misères du j)rolétariat. Sa parole n'était pas élocjuente, mais elle était pénétrante, habile, réfléchie; ou y sentait un plan, une ligne, i\o<, moyens, un but. Son club n'était pas un vain écho de passions tumultueuses connue les autres clubs antisociaux : c'était un instrunuMil de révolutions dont il maniait sous sa main le clavier pour soulever et pour diriger les passions des masses. Néannu)ins la |)ression