LIVRE ONZIÈME. Hi
du bon esprit et de la raison générale était si prépondérante alors, que le club de Blanqui ne donnait ni inquiétude ni terreur aux membres réfléchis du gouvernement. Les discours qui s'y tenaient faisaient un scandale utile plutôt que nuisible à la cause de la République régulière. Les figurants de cette tribune étaient l'ilote ivre que l'on montrait aux Spartiates pour les dégoûter de l'ivresse.
Raspail , moins politique, mais plus sectair'e que Blanqui, exerçait par son nom, par son journal et par son club un ascendant plus modéré, mais plus intime sur les faubourgs. Quinze ou vingt mille hommes de ces quartiers , véritables monts Aventin de Paris, fréquentaient ses séances , aimaient sa personne, se réglaient sur sa voix. Raspail tendait au communisme par ses doctrines et par ses prédications; mais son communisme de sentiment plus que de subversion était empreint d'une philosophie inoffensive et d'une charité pratique qui aspirait à l'égalité par le nivellement volontaire et non par les expropriations violentes. Il fanatisait le peuple d'espérances sans le fanatiser de haine contre les riches et les heureux. Sa philosophie sociale n'avait pas d'imprécation contre la société, encore moins contre le gouvernement. Il prêchait la patience, Tordre et la paix. Il promettait seulement plus que la République
ne pouvait tenir. Ses théories vagues et dorées étaient de la nature des nuages qui présentent mille perspectives à l'imagination , mais que l'on ne peut atteindre que du regard.
Cabet , autre fondateur de secte , avait ouvert , au centre de Paris, dans la rue Saint-Honoré, un club où il gouvernait sept ou huit mille âmes. C'était le poëte du communisme. Il avait rêvé une Salente chimérique qu'il appelait VIcarie. Là, toutes les inégalités, toutes les indigences, toutes les aspérités même du travail devaient disparaître dans une organisation fantastique dont les éléments n'étaient {jue des hypothèses incohérentes fournies par une imagination peu riche , même en idéalités.
Fils d'un artisan de Dijon, élevé pour la magistrature, député de sa ville natale en 1830, retombé de la p()liti(|ue par son expulsion de la Chambre en 1834, exilé en Helgi(jno, rentré à Paris après sa peine, Cabet s'était rejeté dans le sein du prolétariat d'où il sortait, j)our y chercher un point d'appui à ses idées et à son action. La partie la plus souffrante et la plus ignorante des ouvriers de Paris s'était attachée à ses doctrines. Les délires sont le produit et la consolation des extrêmes souffrances. Cabet (Mail \c j)hil()S()phe et le grand prêtre de cette religion du bien-être; mais cette religion était sans Dieu. La sanctiiication des