‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 75 sur 216 · LIVRE ONZIÈME. U · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME. U

purs instincts matériels , combinés mécaniquement dans un ordre inverse de tout ordre social connu, était tout ce système. C'était le culte non sanglant, mais le culte grossier de la vie alimentaire. L'idée manquait à ce monde , comme la divinité. Cabet, avant la révolution de Février, était venu souvent entretenir Lamartine de son utopie. Lamartine ne l'avait pas caressé ; il lui avait rudement prédit que le sol de la France se soulèverait de lui-même contre l'expérience de ces chimères , et que le communisme s'engloutirait dans le premier sillon qu'il tenterait d'usurper. Il lui avait conseillé de ne pas attendre ce jour d'insurrection contre l'impossible , et de résumer sa pensée dans une colonisation régulière et légale de défrichement dans les forêts du Nouveau-Monde.

« Vous commenceriez ainsi par une association de «planteurs, à l'abri d'une civilisation propriétaire « qui vous protégera contre vos propres anarchies , « comme elle protège les quakers , et puis la propriété « s'introduira d'elle-même dans votre colonie agri- « cole; et si la chimère vous trompe, la terre au moins « nourrira vos malheureux sectateurs! »

Cabet avait saisi cette idée ; il allait transplanter ses systèmes en Amérique où il sollicitait une concession La République l'avait surpris encore à Paris. Sa secte croyait y voir la réalisation de son association sur le sol de sa patrie. Cabet la soutenait dans ses espérances et la contenait dans l'ordre et dans le respect des personnes et des propriétés. Loin de prêcher l'insurrec-

lii RÉVOLUTION DE 1848.

tion à ses adoptes , il leur prêchait la patience et l'horreur de l'anarchie. Il se flattait, disait-on, de conquérir, par son ascendant sur cette partie du peuple, cette part de dictature populaire qu'une révolution rapproche de toutes les mains.

D'autres clubs, gouvernés par des hommes moins connus jus(iue-là, rassendjlaient, occupaient, agitaient tous les soirs les quartiers populeux de Paris. Le club des Ouinze-Vingts et le club de la Sorbonne préoccupaient davantage les hommes d'Ktat du gouvernement. Ils remuaient les masses les plus oisives, les plus nombreuses et les plus irres})onsables des (juartiers du travail. Le ministre de l'intérieur y avait des agents (|ui rendaient compte tous les jours au ministre de l'esprit de ces réunions populaires. Lamartine les faisait surveiller de son coté. Il neutralisait leurs mauvaises tendances par des tendances contraires hautenient favorisées, et |)ar dci^ inspirations communi(piées à leurs orateurs contre les suggestions des anarchistes, des communistes et des agitateurs étrangers.

Ces agitateurs étrangers inspiraient les |)lus graves in(|uiétudes au gouvernement. Paris se remplissait de réfugiés polonais, de conspirateurs belges, de démagogues allemands, de patriotes italiens, rév(Mllés ou accourus à l'explosion d'une révolution dont ils espé-

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