‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 96 sur 216 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

circulaires : les avis se rapprochèrent, les sentiments se confondirent , la nécessité d'un désaveu prévalut d'une voix prépondérante; le sens libéral et magnanime donné à l'esprit du gouvernement par le projet de proclamation fut admis partons. Lamartine modifia quelques mots de sa rédaction sur les observations de Louis Blanc. La minorité elle-même signa ce programme de la majorité; on l'envoya à l'imprimerie nationale, on l'afficha dans Paris, on en inonda la France. Il rassura les esprits; mais il parut néanmoins ce qu'il était : l'indice mal effacé d'une lutte intestine dans la conscience môme du gouvernement.

Pendant les deux heures que dura cette scène intérieure autour de la table du conseil, les clameurs de la garde nationale qui couvrait la place montaient aux fenêtres et semblaient donner force à l'esprit de la majorité. Cette pression n'était qu'apparente. Lamartine et ses amis déploraient cette manifestation accidentelle et intempestive. Elle pouvait donner lieu à des manifestations contraires et exciter ainsi classes contre classes, peuple contre peuple. Déjà en effet le bruit de cette réunion plus puérile qu'aristocratique, s'était répandu dans les faubourgs. Des masses d'ouvriers accouraient, envahissaient les rangs des gardes nationaux désarmés, leur reprochaiont leur jalousie ridicule d'un piivilégc d'uniforme, et les accompagnaient de huées et d'injures à mesure que leurs détachements ([uittaient la place.

Lamartine etCrémieux étant sortis ensemble par une

porte dérobée du derrière de l'Hotcl furent reconnus sur le (juai, envelopi)és et suivis par une colonne de peuple (|iii les accompagna jusqu'au Louvre de son enthousiasme et de ses acclamations. Ils furent contraints de se réfugier dans la cour d'une maison dont on referma la i)orte pour échapper à un triomphe involontaire qui aurait alarmé Paris.

Le lendemain, la joie saisit tous les cœurs à la lecture de la proclamation au peuple français (jui ivtablissait si énergiquement le sens vrai et libéral de la Ré[)ubli(|ue. Cette victoire du partie modéré parut la victoire de tous les bons citoyens. Les départements plus inquiets la reçurent avec plus d'applaudissements encore. Ils tremblaient de voir des proconsuls armés de mandats illimités rappeler dans la France paisible les [)roconsulats aibitraircs et irrités de la Convention.

]\Iais le [)arli conventionnel et \ iolent, qui eoininençait à s'agiter et à se concerter dans (piehjues clubs, se sentit vaincu et se crut assez puissant pour ressaisir la \ icioirc à l'aide d'un subterfuge.

Il l'ci-iiil (\o rnnvr, et il ci-nt peut-être que la manifestation ton! accideiih^llc i\r la uarde nationale pendant la délibération de la \v\\\r a\ail été concertée j)ar Lamai'line et ses amis p(»ui- inlin)idiM- la minorité du gouNciiiciiicnl : jxMil-rli't' la iniiiorilc* le ei'ut-elh^ ell(>-niéme. Quoi (pi il «n soit, une ininiMir sourde S(î

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