‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 97 sur 216 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

répandit artificiellement dans Paris. On fit imaginer au peuple que la garde nationale avait entouré et menacé le gouvernement, qu'elle méditait un coup d'État de l'aristocratie bourgeoise contre ses membres les plus aimés; on employa les nombreux agents de la préfecture de police et les hommes armés qui campaient dans ses cours à propager cette panique parmi le peuple; on assigna aux ouvriers et aux clubs un rendez-vous général aux Champs-Elysées pour se compter devant leurs prétendus ennemis et pour venir en armée innombrable défiler devant l'Hôtel de Ville et jurer d'y défendre le gouvernement.

^ Caussidière, dans de bonnes intentions au fond, parut être lui-même un des principaux promoteurs de ce rassemblement prodigieux dépeuple, parmi lequel aussi il fit établir une discipline et un ordre (jui frappèrent à la fois la capitale d'effroi et d'étonnement. Le peuple n'y fut réellement emmené en masse que par une bonne pensée : celle de montrer attachement et de prêter force au gouvernement. Il n'y eut [)as un germe de sédition dans la plus grande sédition pacifique dont jamais une capitale ait été témoin. Tout au plus y eut-il une insinuation secrète aux meneurs de venger par des cris de prédilection la minorité du gouvernement du triom[)he de Lamartine.

Yin.

Mais pendant (pic le pou|)le desceiidail ainsi en

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masse de ses faubourgs et de ses ateliers pour une démonstration qu'il croyait loyale et civique, quelques honmies, cliefs de secte, entraîneurs de clubs, instruments de fanatisme, agents de sédition, méditaient de se servir de cette armée du peuple, recrutée par un bon sentiment, pour en faire à son insu rinstrumenl de desseins pervers ou ambitieux. Heureusement ces hommes étaient même dans les clubs en minorité, mais ils rachetaient leur petit nombre par une audace désespérée.

Les bureaux des clubs, informés de la réunion qui devait avoir lieu le lendemain, s'étaient concertés pour se mettre à la tête des colonnes sous j)rélexte de porter la parole au nom du peuple lui-même. Quelques-uns de ces chefs de clubs, mécontents de leur isolement et de leur im[)uissance, avaient tramé avec leurs principaux aflldés de faire violence au gouvernement, d'en épurer quelques mend)res et principalement Lamartine; d'y entrer, eux ou leurs amis, à la place des membres épurés, et d'en changer ainsi l'esprit dans le sens de leurs factions ou dans l'intéiét de leurs and)ili()ns. Des hommes entieprenants, itii|)érieux, armés sinon d'aiiiies sous leurs habits, au moins du nombre et du hasard d'un rassend)lemenl dont ils disposaient, |)()uvaieMl au nom de la fouN» (jui les entourait sommer !c gouvernement de leur obéir et de se retirer. En cas de résistance, ils |)ouvaieiil emporter ce gouvernement dans un tumulte.

Ces hommes existaieul. el loiil iiulicfue (|u'ils avaient

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