LIVRE DOUZIEME. /|9;J
marchant en ordre et en silence sur les pas de leurs orateurs et de leurs tribuns. Ces hommes étaient rangés par files de trente ou quarante de front. Ils s'avançaient au pas lent d'une procession religieuse enchaînés les uns aux autres par les mains, d'autres par de longs rubans rouges ou tricolores qui se déroulaient comme une vaste ceinture autour de chaque groupe principal. En avant de chaque club flottait un drapeau. Deux ou trois hommes et une femme étaient coilfés de bonnets rouges, symbole de nos saturnales de la Terreur. Ce signe hideux semblait exciter l'indignation et le dégoût dans la foule; les ouvriers le liuaient ou l'enlevaient même du front des forcenés qui l'avaient arboré. Les ouvriers semblaient sentir d'eux-mêmes que la République de 1848 était un acte plus sérieux et plus humain , déshonoré par ce souvenir de 1793.
Derrière cette procession des clubs, marchaient en ordre, dix par dix dans une même colonne épaisse et compacte de peuple , des ouvriers de toutes professions, décemment vêtus , graves, modestes, inoffensifs, silencieux, s'interdisant sévèrement tout cri, tout geste, toute expression même de physionomie de nature à menacer ou à inquiéter les autres citoyens, semblables à des hommes qui vont accomplir un acte calme et saint de patriotisme et cjui se sur\eill(Mit les uns les autres pour édilier Tœil de leui* [)ays.
Cette colonne ou plutôt celle aiiiKM^ inoii(l;nl l;i place (Mitière de rilolcl de N ille cl s'clendait (le|)uis