LIVRE DOUZIÈME. i
ce plan dans leur àme. D'autres chefs de clubs importants, plus particulièrement attaches au ministre de l'intérieur, à Louis Blanc, et même bien disposés pour Lamartine , tels que Barbes , Sobrier, Suau ; d'autres enûn exclusivement dévoués à l'intérêt de leur secte et de leur prééminence d'idées, tels que Cabet, Raspail, entouraient ces hommes de faction, les surveillaient, les dominaient par la supériorité de crédit et par le nombre, et pouvaient neutraliser les desseins extrêmes. Blanqui et ses amis, Lacambre, Flotte, devaient y marcher au premier rang : c'était la revue du peuple, des idées, des chimères, du bien, du mal, des misères, du patriotisme, des vertus, des vices et des fcictions.
La majorité du gouvernement informée le matin de l'immense rassemblement qui se formait dans les Champs-Elysées, et qui descendait en affluents perpétuels de tous les quartiers laborieux de la capitale et des banlieues, ne se dissimulait rien des dangers qu'une pareille masse d'hommes réunis et flottants sous un esprit inconnu pouvait faire courir à la révolution et à elle-même. Le ministre de la guerre, M. Arago, n'avait aucune force armée à ()p[)oser à ce déluge de peuple. La garde nationale, dé[)0[)ularisée par sa demande de la veille, n'eut été (ju'une j)rov()cation à la colère. Il fallait s'abandonner aux hasards de la journée et ne prendre son point d'appui contre
l'égarement possible de ce peuple, que dans F inspiralion de ce peuple lui-même.
Tous les membres du gouvernement y dévouèrent leur inlluence personnelle et celle de leurs amis. IMarie j)ul agir puissamment sur les ateliers nationaux. Lamartine répandit [)lus d'un millier d'agents volontaires et bien intentionnés [)armi les grouj)es du peuple, pour soufïler la concorde et combattis les mauvaises inspirations. Louis Blanc dut vraisemblablement agir dans un sens analogue sur les délégués des ouvriers du Luxembourg. Il souffla les erreurs, jamais les séditions.
A midi, les membres du gouvei'nement ('laionl à rnôtel de Ville, à l'exception du ministre de Tiiiterieur et du Fninislre de la irncrrc^ ipii ai ri\ èrciil ensemble queUjues moments j)liis lard, l ne iiim(Mir sourde s'élevait des quais et des rues. La po[)ulati()n de Paris s'était portée tout entière sur les Champs-Elysées pour composer ou |)Our former le cortège de la manifestation [)opulaire; le reste était vide comme pour faire place à ce peuple. Les citoyens inquiets ou consternés étaient sur le seuil de leur i)()rte, aux fenêtres ou sur les toits, dans Tattente de ce (pii allait survenir. La res[)irati()n de la ville semblait s'être arrêtée; de minute en minute les luciubres du gouvernement allaient aux balcons de l'IIAtel de Ville regarder si l'on apercevait la tète de la colonne à la liautcuir du pont, elle |)arut enlin. Llle élail composée de cin(| ou six cents honunes, élite de chacun des clubs de Paris,