‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 12 sur 234 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ouverture des Chambres. — Discussion de l'adresse à la Chambre des pairs.

Le jour de l'ouverture des Chambres approchait. Il fallait que le ministère prît un parti, Qu'il se décidât nettement pour l'une ou l'autre

politique : la politique de la résistance ou celle des concessions, celle du progrès libéral ou celle de l'immobilité prétendue conservatrice. Se conformer à l'esprit des institutions constitutionnelles en cédant à l'opinion vraie du pa3's, ou bien s'en tenir à la lettre du gouvernement parlementaire en s'appuyant sur la légalité factice d'un vote servile, telle était l'alternative qui se posait devant le pouvoir. Elle ne parut pas douteuse aux deux hoinmes qui dirigeaient les conseils de Louis-Philippe. Tous deux, sans balancer, résolurent de ne prendre en aucune considération un vœu manifeste, et de retenir la France, malgré elle, dans un état de stagnation et de malaise moral dont il lui tardait de sortir. Les mobiles qui déterminaient M. Guizot et M. Duchàtel a prendre un parti aussi opposé aux doctrines qu'ils avaient professées toute leur vie étaient

DANIEL STERN

de diverses natures. Fatigué d'une lutte ingrate contre la probité publique, pressé de jouir, loin du tracas des affaires, d'une fortune considérable, M. Duchâtel, depuis quelque temps, sollicitait le roi d'agréer sa démission ; et, retenu à contre-cœur par des instances qui ressemblaient à des ordres, s'il inclinait de plus en plus vers une résistance opiniâtre, c'était autant par impatience d'humeur que par conviction d'esprit. M. Guizot, au contraire, ne pouvait souffrir la pensée de quitter le pouvoir. Son ambition tenace (1) s'in-itait, au lieu de se lasser, dans la lutte. Le succès des radicaux pendant la campagne des réformistes, et surtout la combinaison, préparée au sein de l'opposition modérée, d'un ministère qui devait, selon toute vraisemblance, se concilier bien des suffrages (2), en blessant son orgueil, l'excitaient au combat. Loin de les contenir, comme c'était son devoir, il ranimait les colères de Louis-Philippe. Pour se rendre plus nécessaire, il jetait ce vieillard circonspect et temporisateur dans tous les hasards d'une politique provoquante, sans rap-

(1) Cctto ambition so payait quelquefois de satisfactions trés-puérilcs. Qui n'eût pensé qu'il devait être indifl'érent à un homme d'État en possession d'une prééminenco réelle dans les conseils du roi d'en ttalcr à tous les yeux le signe extérieur? M. Guizot eut cette faiblesse. Pour obtenir du maréchal Eoiilt qu'il lui cédât la présidence du conseil, il ne craignit pas d'exposer Louisl'hilippe aux railleries du pays tout entier, en lui faisant ressusciter en faveur d'une vieillesse vaniteuse la dignité de maréchal général de France. Ce titra avait été créé pour le duc de Lesdiguiéros. Louis XIV l'avait renouvelé en faveur de Turenne. Depuis le maréchal Vil'.ar» et h maréchal de Saxe, personne no l'avait porté. Lct prérogatives honoriliques au>qu'lles il donnait droit clioquiiient h tel point les h;ibiludcâ d'esprit do la société actuelle qu'un riro général en accueillit le simple énoncé.

(2) Cette combinaison, dont M. de Girardiu s'était fait rintli);ateur, aurait amené au pouvoir, sous la présidence do M. Mole, iL\I. de Itémutat et Durnurc, qui, par leur refus d'assister oux banquets, avaient ottiré l'atlcntion bienveillante du roi. M. do Rénuisat dans le conseil était un gage pwiir .M. Tliiers, qui, estimant peu viable un ministtre dont M. Mole loroit l'àmc, consentait h attendre qu'il fût usé, et promenait de ne pas l'attaquer il la Cliainbro. Déjk pluiiturs conférences avaient été ménagée» uniro il. Tlilcrs et M. de Girardin chci une femme artiste, nm- •1 iw» -U Mirbel, qui foi«nit le portrait do l'un et de l'aulro. I n.nlislo n'enipoittt pa» du cii entretien» une tri»-

I inion do riioinmo d(;i«t, i (Jiiand j'ai causé une I lec M. lliieri, dl>ait-il un j.,ur, il mu prend une ir-

«iiisiibl* «ovie d'ullcr surrcr U maiu à M. Guizot. t

port avec son passé, en contradiction avec le caractère de tout son règne.

Voici le langage que MM. Guizot et Duchâtel firent tenir au roi devant les Chambres réunies, le 27 décembre 1847 :

« Messieurs les pairs, « Messieurs les députés,

« Je .suis heureux, en me retrouvant au milieu de vous, de n'avoir plus à déplorer les maux que la cherté des subsistances a fait peser sur notre patrie. La France les a supportés avec un courage que je n'ai pu contempler sans une profonde émotion. Jamais, dans de telles circonstances, l'ordre public et la liberté des transactions n'ont été si généralement maintenus. Le zèle inépuisable de la charité privée a secondé nos communs efforts. Notre commerce, grâce à sa prudente activité, n'a été atteint que faiblement par la crise qui s'est fait sentir dans d'autres Etats. Nous touchons au terme de ces épreuves. Le ciel a béni les travaux des populations, et d'abondantes récoltes ramènent partout le bienètre et la sécurité. Je m'en félicite avec vous.

« Je compte sur votre concours pour mener à fin les grands travaux publics qui, en étendant à tout le roj-aume la rapidité et la facilité des communications, doivent ouvrir de nouvelles sources de prospérité. En même temps que des ressources suffisantes continueront d'être affectées à cette œuvre féconde, nous veillerons tous avec une scrupuleuse économie sur le bon emploi du revenu public, et j'ai la confiance que les recettes couvriront les dépenses dans le budget ordinaire de l'Elat qui vous sera incessamment présenté. Un pro- ! jet de loi spécial vous sera proposé pour réduire le prix du sol et alléger la taxe dos lettres dans la mesure conipalible avec le boa état de nos finances.

M Des projets de loi sur l'instruction publique, sur le régime dos prisons, sur le tarif do nos douanes, sont déj;\ soumis il vus délibéralions. D'autres prcijots vous seront pré-

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