QUATRIEME PARTIE
ATTAQUE CfVEKML ri' i.^li.: U b SAIST ANTOINE. (P. 472,;
Desvaux , étaient entrés très-avant dans le faubourg afin d'y porter le décret de l'Assomlilée et d'entamer quelques négociations avec les chefs de barricades. On les avait traités avec égard, mais en les retenant prisonniers. Ce n'était pas sans peine que M. Larabit avait obtenu sa liberté conditionnelle. Accompagné de quatre délégués, il s'était rendu auprès du général Cavaignac, pour lui faire connaître les vœux des insurgés, après avoir pris l'engagement de venir retrouver ses collègues, s'il n'obtenait pas une capitulation honorable. Vers la même heure, un écrivain du parti démocratique, M. Raymond des Mesnars, se rendait dans la même intention auprès du général Perret; il était environ trois heures après minuit.
Le général Perrot avait établi son quartier général dans une maison située îl l'angle, de
la rue Saint-Antoine et de la place de la Bastille. M. Recurt, ministre de l'intérieur, et Edmond Adam étaient près de lui. Les délégués, introduits en sa présence, y paraissent avec l'attitude la plus hautaine. Ils parlent, non en vaincus qui espèrent quelque grâce, mais en vainqueurs qui dictent des conditions : '< Nous nous sommes battus pour nos principes, comme vous pour les vôtres, disent-ils; nous ne sommes pas vaincus; vous n'êtes pas parvenus à entrer ce soir dans notre faubourg, vous n'y entrerez pas demain. Nous offrons une capitulation, non une soumission; nous voulons rester armés et libres. » Puis ils exposent, de la manière la plus nette, les conditions auxquelles ils entendent capituler.
Ils exigent :
1° Que le décret sur les ateliers nationaux soit rapporté ;
D.\Mia STURN.
2° Que l'Assemblée nationale décrè", droit au travail ;
3" Que l'armée soit éloignée de Paris à une distance de quarante lieues ;
4° Que les prisonniers de Vincennes soient élargis ;
5» Que le peuple fasse lui-même la constitution de la République.
Il n'y avait guère moyen de s'entendre sur de pareilles bases. Le général Perrot et le ministre en posaient de bien différentes : ils demandaient la délivrance immédiate des représentants retenus prisonniers ; la destruction des barricades parles insurgés eux-mêmes ; le désarmement du faubourg et son occupation par la troupe.
On essaye, pendant plus d'une heure, d'arriver, de part et d'autre, à une transaction. M. Recurt était d'avis de faire des concessions considérables. Dans ses entretiens particuliers avec les délégués, il leur avait promis l'amnistie. Sur ses instances, on préparait la rédaction d'une capitulation en forme, quand M. Edmond Adam, qui tenait la plume, la jette loin de lui, déclare qu'il ne se reconnaît pas le pouvoir d'entrer ainsi en composition avec une insurrection vaincue et qu'il faut en référer au général en chef.
Le général Perrot adopte cet avis et veut, lui-môme, aller prendre les ordres du général Cavaigiiac. M. Edmond Adam se rend, de son coté, à l'hôtel de la présidence. Déjà le colonel Larabit, M. Raymond des Mesnars et trois autres délégués du peuple étaient en conférence avec M. Senard. Leur langage s'était modéré; ils n'imposaient plus de conditions.
En quittant le faubourg Saint-Antoiine, M. Raymond des Monars avait envoyé aux chefs de section un avis ainsi conçu : ^
" Le citoyen Rnyniond, fourrier ilo la Ocompagnie du 4' bataillon, parlementaire des combattants du faubourg, prie tous les cliefs de barricades de ne recommencer les lioslilités que s'ils étaient attaqués eux-mômes. Il
peut se faire que les citoyens otages ne soient de retour que demain matin.
« Au camp, devant le faubourg, 25 juin 1848. »
Il apportait à M. Senard une adresse signée de plusieurs chefs de barricades :
« Citoyen président, disait cette adresse, nous ne désirons pas l'effusion du sang de nos frères. Nous avons toujours combattu pour la République démocratique. Si nous adhérons b. ne pas poursuivre la sanglante révolution qui se prépare, nous voulons aussi conserver nos titres et nos droits de citoyens français. «
Au-dessous des signatures apposées à l'adresse on lisait ces mots :
" Les vœux exprimés ci-dessus nous paraissent si justes et si d'accord avec les nôtres, que nous nous y associons complètement, croyant que personne ne verra dans cette adhésion un acte de faiblesse.
Signé : Larabit, Druet-Desvaux, Galy-Cazal.\t. »
L'entretien des délégués du faubourg avec le président de l'Assemblée dura plus d'une heure. M. Senard a déclaré depuis qu'il avait été plusieurs fois, pendant cet entretien, ému jusqu'aux larmes. L'accent do ces hommes était d'une grande sincérité. « Le faubourg Saint-Antoine, disaient-ils, est dévoué ;\ la République (1); les ouvriers ne combattent pour aucun prétendant, mais uniquement pour défendre le gouvernement républicain qu'ils croient en péril. On leur parle de doctrines anti-sociales; ils ne les connaissent pas. Ils les repousseraient avec indignation; et ce témoignage mérite croyance, car, depuis soixante-douze heures qu'ils sont maîtres du faubourg, pas un acte contre la propriété n'a été commis, pas une menace n'a été proférée [lar ces hommes armés qui manquent de pain. ••
(1) Le» ouvriers du faubourg Snint-Antoliie iJtaient persun» iKb que lu Ropubliquo itnit nllnuuiie pur lo9 roynlislo». A plusioui-8 reprise», ils exprinitrcnt un éloim"!! e :it Bingulier en enlemliiiit la g.inle nntioniilu et la gnnle niolille encr en uiiiiitaiit à l'iiskuiil ik'S barriciulu» : ( l'ii» la tttilubliqu» t ■