PREMIERE PARTIE
Arago ;
Lamartine;
Ledru-Rollin.
Les protestations recommencent contre les noms de Garnier-Pagès, Crémieux et Marie. En entendant le nom de Garnier-Pagès : " Il est mort, le bon.' « dit naïvement un homme du peuple.
— Crémieux, mais pas Garniei'-Pagès ! dit un autre.
— « Que ceux qui ne veulent pas lèvent la main, » dit Ledru-RolIin.
Les clameurs et la confusion redoublent.
« Messieurs, reprend Ledru-Rollin, le gouvernement provisoire qui vient d'être nommé a de grands devoirs à remplir. On va être obligé de lever la séance pour se rendre au sein du gouvernement et prendre toutes les mesures nécessaires pour que Teffusion du sang cesse, afin que les droits du peuple soient consacrés.
— « Vive la République ! vive Ledru-Rollin! Ne nous laissons pas tro7?iper comme en 1830! A r If ôtel-de- Ville ! » s'écrie-t-on. Et M. Ledru-Rollin quitte la salle, entouré d'un bruyant cortège. MM. Dupont (de l'Eure), Crémieux, Marie, l'ont quittée déjà.
Un jeune homme monte à la tribune et s'écrie : « Plus de royauté ! plus de liste civile ! « A ce moment, un ouvrier ayant attiré l'attention sur le tableau qui représente la prestation de serment de Louis-Philippe à la Chambre de 1830 : « Déchirons-le! déchirons-le! à bas les traîtres! » s'écrie-t-on. — « Attendez, je vais le fusiller, >> dit un homme du peuple armé d'un fusil double : deux coups de feu éclatent à ces paroles et les balles vont frapper le portrait de Louis-Philippe, au milieu du grand cordon de la Légion d'honneur. Alors un brave ouvrier s'élance à la tribune, et d'un ton ferme, avec un accent d'autorité qui impose : « Respect aux monuments ! dit-il, respect aux propriétés! Pourquoi détruire? pourquoi tirer des coups de fusil sur ces tableaux? Isous avons montré qu'il ne faut pas malmener
le peuple; montrons maintenant que le peuple sait honorer sa victoire. »
D'unanimes applaudissements répondent à cet appel. On s'empresse autour de l'ouvrier. On lui serre la main. On lui demande son nom. 11 déclare se nommer Théodore Six, ouvrier tapissier.
Cependant, renonçant à dévaster la salle, la foule se disperse, l'enceinte de la Chambre des députés est bientôt complètement évacuée. 11 est un peu plus de quatre heures. L'Hôtelde-Ville est désormais le centre unique où vont aboutir, pour se combattre avec acharnement, tous les principes, tous les intérêts, toutes les passions révolutionnaires.