CHAPITRE XX
Ministère de» finances. — M. Goudchaux. — M. Garnier- Pagés.
A toutes les difficultés soulevées brusquement par la Révolution de Février venait encore s'ajouter l'embarras des finances. Soit que le gouvernement provisoire voulût arrêter ou précipiter la révolution politique, soit qu'il voulût refouler ou favoriser la réforme sociale, faire ou non la guerre, organiser de grands travaux publics ou mettre sur pied une armée, il avait besoin d'argent et de crédit; or l'état économique de la société lui ouvrait à cet égard les perspectives les moins rassurantes.
Sous le règne de Louis-Philippe, iactivito
de l'industrie, surexcitée par l'immense entreprise des chemins de fer, la passion de l'agiotage et le goût efi'réné du luxe qui s'étaient répandus partout, avaient poussé les classes riches à des extrémités touchant à la ruine. Les établissements de crédit s'étaient engagés dans des opérations démesurées. Des affaires à longue échéance et pleines de risques étaient entreprises avec une légèreté incroyable. Les marchandises s'accumulaient dans les entrepôts et dans les magasins des producteurs; les actions encombraient la place. La multiplication désordonnée des billets dans les transactions commerciales, l'exportation de numéraire nécessitée par l'achat des blés étrangers en 1846, avaient amené une crise métallique qui aggravait encore la crise financière. Le petit commerce ne pouvait plus suffire aux frais de maison accrus dans une proportion qui dévorait les bénéfices. Les particuliers, entraînés par une rivalité onéreuse de dépenses, vivaient d'expédients et d'anticipations. Tous les grands financiers prédisaient une catastrophe générale, si l'on ne parvenait au plus vite à rétablir le mouvement naturel de l'industrie et du commerce (1).
Du 1" janvier 184G au 15 janvier 1817, la réserve de la Banque de France avait diminué dans une proportion considérable. Elle était descendue à 172 millions et se voyait fort menacée, quand l'empereur de Russie la releva momentanément, en se rendant acquéreur de rentes pour une valeur de 50 millions.
Suivant le rapport de la commission du budget sur les dépenses de 1817, les finances de l'État étaient engagées pour onze ans et les engagements pris ne pouvaient être éteints dans cet espace de temps qu';\ la condition d'une paix ininterrompue et d'un budget ordinaire qui ne présentât plus aucun découvert; c'était, en d'autres termes, supposer l'impossible (2). Le gouvernement avait abusé de
(I) Voir au ^orn7«ur le» discours do ,M.M. Foiild, I.<^on Kuuchcr, Tliior», Bigiion, il la Clinnibie dos di^imté», pendant lo mois do janvier 18'18.
{2] Tour <\Ho le» ressource» cumulic» de Temprunt et de» rc'scrvci de ramortis:ement lussent suriisautcs ^ la lia de