TROISIEME PARTIE
lurent pas rester sous le coup des accusations du philosophe socialiste. Ils avaient à cœur de laver le gouvernement, dont ils avaient tait ou dont ils faisaient encore partie^ des reproches si graves ({ui venaient de lui être adressés. Ils poussent en quelque sorte M. Goudchaux à la tribune. Le ministre des finances des premiers jours de la République venait d’être élu représentant. Il avait la faveur de l’Assemblée parce qu’on le savait adversaire prononcé des théories communistes. On n’i- * gnorait pas non plus son opinion invariable ; sur la question des biens de la maison d’Or- • léans ; son opposition constante à tout projet d’émission de papier-monnaie. Il est accueilli I avec une bienveillance marquée.
M. Goudchaux s’attache à relever, dans le [ discours de M. Pierre Leroux, d’assez nomf breuses erreurs de chifires ; il dit qu’à son
avis on a beaucoup exagéré le péril, que l’on va chercher un remède inouï pour un mal auquel il est très-facile de porter remède: ce remède, affirme M. Goudchaux, il est très simple, il est dans V organisation d'n travail.
A ce mot, qui avait si fort offusqué l’Assemblée quand M. Louis Blanc l’avait prononcé pour la première fois, on se regarde avec une surprise extrême. M. Goudchaux explique sa pensée. « Sous Louis-Philippe, dit-il, les travaHleurs qui sont le nerf, la vie du pays, étaient dans une situation insoutenable; ils ne jouissaient pas de l’égalité; ils l’avaient en droit, pas en fait; ils manquaient des choses nécessaires pour sortir de la position dans laquelle ils se trouvaient. Un conseil de prud’hommes les jugeait; ce conseil était composé d’une manière partiale et rendait des jugements partiaux. Les lois du pays étaient
D. STERX
également défavorables aux ouvriers. A cette époque, la grève avait toutes mes sympathies. «
« Ce qui manquait aux ouvriers, continue M. Goudchaux, ce qui leur manque encore aujourd'hui, c’est l’instruction gratuite à tous les degrés; c’est une part au crédit, qui jusqu’à ce jour n’a existé que pour une certaine classe de la société. Il faut aussi les décharger des impôts trop onéreux. Il faut réformer enfin toutes les lois destinées à protéger le travail. Vous avez déjà réformé la loi des prud’hommes; d’une loi injuste vous avez fait une loi juste. Vous ne pouvez pas donner immédiatement l’instruction et le crédit, mais vous pouvez prendre l’engagement immédiat de les donner, et porter dans votre budget des sommes suffisantes pour réaliser ce que vous promettez. »
M. Goudchaux confesse qu’on a trop différé, qu’on n’a pas exprimé d’une manière assez complète ce qu’on voulait faire pour la classe des travailleurs. A toutes ces propositions, que l’Assemblée écoute avec quelque étonnement, il ajoute une conclusion qui rachète aux yeux de la droite tout ce qui précède. « Il faut, dit àl. Goudchaux, que les ateliers nationaux disparaissent immédiatement a Paris ainsi qxC en province. Il ne fautqms qu'ils s'amoindrissent^ répète-t-il, comme s’il craignait qu’on ne le comprit pas assez, il faut qu'ils disparaissent . »
Il demande enfin que cette question soit portée sans retard devant la commission exécutive. et qu’une proclamation, adoptée par l’Assemblée entière, établisse, dans des termes clairs, positifs et très-formels, ce qu’on fera pour les ouvriers.
« On a trop cru, dit en terminant M. Gôudchaux, que l’on pouvait ajourner la solution. Il fallait la résoudre immédiatement. On a perdu du temps, il n’en faut plus perdre. Il faut résoudre, aujourd’hui même, la question des ateliers nationaux. Si vous ne la résolvez pas, la République périra, et la société passera par un tel état de choses que je ne veux pas vous le dépeindre. Le sol sous mus est main¬
tenant tres-miné. J’ai jeté la sonde et je pourrais vous en dire la profondeur ! >»
Cette conclusion du discours de M. Goudchaux, si contraire à son intention qui était de combattre ce qu’il avait appelé les exagérations de M. Pierre Leroux, augmente les terreurs de l’Assemblée. Elle ne s’attache pas à ce qu’il propose en faveur des ouvriers, elle ne retient qu’une chose, c’est qu’il faut dissoudre immédiatement, anjourdlmi même, les ateliers nationaux. En vain M. Trélat vient demander un peu de temps, promettant d’apporter. dans quinze jours un ensemble de projets de colonisation, de défrichements, qui occuperont les ouvriers sur tout le territoire. On reut en finir. La presse royaliste continue de représenter les ateliers nationaux comme un réceptacle de monstruosités, où vingt mille forçats et quatre-vingt mille ouvriers, comparables à tout ce que les bagnes vomissent de plus abject, attendent en frémissant le signal du meurtre, de l’incendie, du pillage. Il faut en finir : jamais les mauvaises passions qu'enfantent les guerres civiles ne trouvèrent dans la peur publique une aussi déplorable crédulité pour de plus tristes mensonges.
Pendant que l’on parlait ainsi des ateliers nationaux, ils envoyaient incessamment au ministère des travaux publics des députations qui apportaient les propositions les plus justes et les plus raisonnables.
Les ouvriers demandent que l’entrepreneur ne pèse plus sur eux comme par le passé ; qu’on les aide à s’associer ; qu’on leur fasse une part légitime dans les bénéfices. Ils ne refusent pas de rentrer dans les ateliers privés, pourvu qu’on les y protège contre la puissance sanS' contrôle du patron.
Voici en quels termes ils répondaient, le 18 juin, par une affiche, posée sur tous les murs de Paris, au discours de M. Goudchaux :
Les travailleurs des ateliers nationaux