CHAPITRE XXXII
Premières barricades. — Dispositions militaires du général Cavaignac. — Positions prises par les insurgés. — Premiers . engagements. — Opérations du général Lainoricière. — La garde mobile. — Opérations du général Bedeau — Séance de l’Assemblée. — Rapport de M. de Falloux sur la dissolution des ateliers nationaux. — Aspect de Paris à la fin de la première journée. — Séance du 24. — Chute de la commission exécutive. — Le général Cavaignac nommé chef du pouvoir exécutif. — Paris mis en état de siège.
“ A. demain, ici, à six heures! « avait dit Pujol, en quittant, le jeudi 22 juin, à dix heures du soir, ses hommes fanatisés.
Le vendredi 23, à six heures du matin, sept à huit mille ouvriers, rassemblés sur la place du Panthéon, attendaient impatiemment sa venue. Du haut du péristyle il regarda pendant quelque temps cette masse agitée, fit
signe qu’il allait parler ; tout bruit cessa : « Citoyens, dit Pujol, vous avez été fidèles à ma voix; je vous en remercie. Vous êtes aujourd’hui les hommes d’hier. En avant! « Et la masse se range avec ordre à sa suite. Elle marche, bannières déployées, jusqu’à la place de la Bastille ; elle entoure la colonne de Juillet. Pujol monte sur le piédestal : « Têtes nues ! « s’écrie-t-il. Toutes les têtes se découvrent. « Citoyens, reprend Pujol, vous êtes sur la tombe des premiers martyrs de la liberté. A genoux! » Tous ploient le genou. Alors, au-dessus de ce vaste champ de têtes inclinées, au-dessus de cette multitude, frémissante tout à l’heure, mais soudain recueillie dans un silence religieux, on entend la voix grave de l’homme qui, en ce moment, commande à toutes les émotions et dispose de toutes les volontés : « Héros de la Bastille, dit Pujol, en levant les yeux vers le ciel, les héros des barricades viennent se prosterner au pied du monument érigé à votre immortalité. Comme vous, ils ont fait une révolution au prix de leur sang; mais jusqu’à ce jour leur sang a été stérile. La révolution est à recommencer. Amis, continue-t-il, en ramenant son regard sur la foule agenouillée, notre cause est celle de nos pères. Ils portaient écrits sur leurs bannières ces mots ; La liberté ou la mort. — Amis ! la liberté ou la mort ! « Et la foule, en se relevant sur un signe de sa main, répète à l'unisson : « La liberté ou la mort ! »
On voit alors une jeune fille, une marchande de fleurs, qui se détache de la foule et s’avance vers Pujol. Elle lui présente un bouquet; il l’attache à la hampe d’un drapeau. Puis le dictateur en blouse fait un geste de commandement ; la masse s’ébranle et se remet en marche avec solennité.
Le peuple de Paris a le culte des morts. Ce peuple, incrédule et railleur à l’excès, est possédé d’un instinct de personnalité si fort, qu’il lui tient lieu de toute autre croyance. Il voit et il veut la personnalité partout; il la restitue jusque dans la tombe. Ingénieux à