‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 259 sur 266 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

thiànyi ; puis, après avoir conclu une alliance offensive et défensive avec le comité central des Serbes réunis à Carlowitz, qui de son côté décidait de faire de la Serbie une voïvodie indépendante, on fit serment de ne pas remettre l’épée au fourreau avant d’avoir abattu la domination des Magyars. Sur ces entrefaites, Jellachich levait de nombreuses troupes et s’apprêtait à entrer en campagne.

A ces nouvelles, l’archiduc palatin, viceroi de Hongrie, court à Inspruck; il obtient de l’empereur un manifeste dans lequel le ban Jellachich est déclaré traître à la patrie, destitué de toutes ses fonctions et mandé à la cour afin d’y expliquer sa conduite ; puis l’archiduc, avec l’assentiment de l’empereur, convoque à Pesth une assemblée nationale élue selon la nouvelle loi, et, comme pour confirmer à l’avance la parfaite légalité de tout ce qui va s’y faire, il vient l’ouvrir en personne et paraît dans la salle en donnant le bras aux deux ministres hongrois : Louis Batthiànyi et Louis Kossuth.

L’un des premiers actes de cette diète qui se signala par tant d’énergie, de talent, de patriotisme, ce fut de pourvoir à la défense nationale, en votant, sur la demande de Kossuth, une levée de deux cent mille hommes. Le danger était pressant ; Jellachich venait de passer la Drave (11 septembre) à la tête de quarante mille hommes, et, forçant les lignes du faible corps d'observation hongrois que commande le comte Adam Teleki, il marchait rapidement sur Pesth. Le 20 septembre, on apprend qu’il est à Veszprim, sur les bords du lac Balaton (Plattensee) au cœur même du pays. Le cabinet de Vienne, rassuré par les succès de Radetzky en Lombardie, croit pouvoir lever le masque. Il désavoue le manifeste contre Jellachich ; les officiers de l’armée autrichienne restée en Hongrie, malgré les dispositions de la nouvelle constitution et les réclamations de la diète, accourant auprès du ban, se concertent avec lui, certains de se rendre ainsi agréables au gouvernement impérial.

Cependant la diète décide la formation d’un comité de défense, où Kossuth exerce l’influence principale et qui va bientôt devenir le véritable gouvernement du pays * elle offre le commandementgénéral des troupes hongroises à l’archiduc Etienne. Celui-ci feint d’accepter et se rend sur les bords du lac Balaton, afin, dit-il, d’entrer en conférence avec Jellachich et de le dissuader, s’il se peut, de la guerre ; mais le ban refuse l’entrevue ; l’archiduc, au lieu de revenir à Pesth, s’esquive, rentre dans Vienne ; presque aussitôt l’on apprend à Pesth qu’il abdique ; que le comte Lamberg, contrairement à la constitution, est nommé commandant en chef de toutes les troupes de la Hon- ° I grie et que sans doute il a mission de dissoudre la diète. A cette nouvelle, la diète indignée proteste contre les rescrits impériaux, se constitue en permanence et déclare la patrie en danger. Kossuth revient (27 septem.bre) des bords de la Theiss où, dans l’espace de trois jours, il a levé dix mille volontaires. i

Au milieu de l’agitation, causée par de si j graves événements, le comte Lamberg est ar- ' rivé à Bude (28 septembre), et il se dispose 1 à entrer en fonctions. Mais le peuple, dont le 1 patriotisme s’exalte de jour en jour, ne peut supporter la pensée qu’on va dissoudre la diète i

nationale. La vue de l’envoyé autrichien :

l’exaspère. Le comte Lamberg est massacré ,

sur le pont de Pesth dans un tumulte popu- j

laire. |

Au récit de ce meurtre, l’empereur, malgré une déclaration de la diète de Pesth, qui, en | déplorant l’événement, supplie encore Sa Ma- ■

jesté de faire cesser l’abus de son nom et la ! violation des lois, prononce la dissolution de l’assemblée, déclare la Hongrie en état de j

siège et proclame Jellachich son alter ego. j

Ce jour-là même, le ban entrait à Stuhlweis- j

sembourg ; il n’était plus qu’à une journée de i

Pesth.

Le général Moga, à la tête des jeunes levées amenées par Kossuth, lui offre la bataille à Pakozd (29 septembre), le bat et le met en

fuite ; Perczel et Gœrgey, isolant et enveloppant à Ozora un corps de huit mille hommes commandés par les généraux Roth et Philippowitch, les forcent à mettre bas les armes (6 octobre). Mais Jellachich ayant passé la Laitha, qui marque la frontière autrichienne, Moga, encore plein de scrupules, n’ose le poursuivre.

Cependant la population viennoise applaudissait à la victoire de Pakozd et se passionnait pour la cause hongroise ; le 6 octobre, un bataillon de grenadiers italiens, qui avaient ordre de rejoindre Jellachich, refuse de quitter Vienne, mais placé entre deux régiments de cavalerie, il est contraint d’obéir et de se mettre en marche. En arrivant à l’embarcadère, les soldats y trouvent la légion académique des étudiants qui forme, depuis la révolution de mars, le noyau de tous les mouvements populaires, avec une masse d’ouvriers et de bourgeois rassemblés autour d’elle. Le combat commence ; les soldats, à demi gagnés, font volte-face. Le général Bréda qui les commande est tué. Le peuple se pousse en avant, chasse devant soi, de rue en rue, la cavalerie envoyée pour le disperser, prend l’arsenal, s’empare de l’église Saint-Étienne que défend la garde nationale, pénètre dans l’hôtel du ministre de la guerre, le comte de Latour, et le tue; puis enfin, après un combat sanglant qui dure trois jours entiers, il force le commandant militaire d’Auersperg à sortir de la ville.

Une partie de la diète autrichienne, qui siégeait depuis le 22 juillet et discutait un projet de constitution, quitte Vienne; l’autre, trèsaffaiblie, très-indécise, entame des négociations avec la cour réfugiée à Olrnutz (1). Le gouvernement, suivant sa coutume, traîne les choses en longueur, place à la tête de l’armée le feld-maréchal Windischgrætz, qui vient de

(1) La diète demande qu’on retire le resorit relatif aux affaires de Hongrie, qu’on révoque Radetsky et qu’on donne un gouvernement civil à l’Italie. Elle exige l’exil de l’archiduc Louis, de l’archiduchesse Sophie et de son mari, l’éloignement des tjoupes et un ministère démocratique.

réprimer l’insurrection de Prague, le charge de bloquer Vienne, de concert avec Auersberg, et appelle à son secours le ban Jellachich. Cet instant est décisif : à la prise ou à la délivrance de Vienne se rattachent les dernières espérances de la révolution en Allemagne. Partout ailleurs la réaction triomphe.

Le parlement de Francfort, qui envoyait en ce moment à Vienne quatre délégués, MM. Robert Blum, Moritz Hartmann, Frœbel et Trampusch, pour donner à la population viennoise un gage de sa sympathie, n’était déjà plus capable d’exercer aucune influence.

Il avait perdu beaucoup de temps en intrigues et en discussions stériles. Les radicaux s’y étaient trouvés en minorité et sans expérience des affaires; le parti monarchiqueconstitutionnel, où les Prussiens avaient la majorité et qui comptait de brillants orateurs, MM. de Vincke, de Radowitz, le prince Lichnowsky, déjà exercés par les discussions de la diète prussienne, s’était montré animé d’un très-mauvais esprit. Plein de haine contre la France, sans aucune sympathie ni pour la nationalité italienne, ni surtout pour la Pologne, un étrange orgueil germanique avait aveuglé ce parti. Il parlait hautement d’incorporer le grand-duché de Posen, Trieste, Tlllyrie et même Venise, à la Confédération. Il voulait, dans des vues de conquête, former une flotte allemande et ne s’intéressait en apparence qu’à une seule question : à qui donnerait-on l’empire d’Allemagne ? Le président de la diète, M. de Gagern, avait d’abord agi avec zèle en faveur du roi de Prusse ; mais bientôt les dédains de Frédéric- Guillaume pour le titre d’empereur par la grâce du peuple forcèrent d’abandonner cette combinaison. On se tourna alors vers l’archiduc Jean d’Autriche que sa longue opposition au prince de Metternich, ses goûts simples et ses idées démocratiques rendaient assez populaire et qui, ayant accepté le titre de vicaire général de l’Empire, fit Son entrée solennelle à la diète le 12 juillet. A partir de ce jour, l’Autriche reprit son ancienne influence sur les affaires.

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