‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 258 sur 266 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

vote de fusion, reconstitué la république, rétabli le triumvirat sous la présidence de Manin, et qu’il se dispose à une défense désespérée.

La diplomatie autrichienne n’a garde en de telles circonstances de se montrer exigeante. Elle n’a en ce moment qu’un but, c’est de tromper par des négociations d une apparente bonne foi le gouvernement du général Cavaignac et d’empêcher à tout prix ou tout au moins de retarder indéfiniment l’entrée des troupes françaises eii Italie. Elle y réussit. La médiation de l’Angleterre acceptée par le général Cavaignac, les lenteurs inévitables des correspondances diplomatiques entre Vienne, Londres, Turin et Paris, achèvent ce que la campagne si mal conduite par Charles-Albert et \t capitulation de Milan ont déjà déplorablement compromis. L’opinion publique en

France, bien que très-attiédie et peu disposée à la guerre, se montrait cependant encore assez favorable aux Italiens. L’Assemblée nationale en avait tout récemment donné la preuve en rappelant, dans une de ses précédentes séances, le vote du 24 mai, par lequel elle imposait à la commission exécutive un programme de politique étrangère qu’elle résumait ainsi : Pacte fraternel avec V Allemagne, reconstitution de la Pologne indépendante, affranchissement de V Italie.

Si le général Cavaignac eût voulu exercer sur l’Assemblée l’influence qu’il lui convenait de prendre en une telle occasion, elle n’aurait pas reculé devant l’intervention. Dans le conseil des ministres, le général Lamoricière, ministre de la guerre, et M. Bastide, ministre des affaires étrangères, se prononçaient, l’un, avec une vivacité extrême, le second; avec

O. STKKX.

une grande persistance, pour que l’on secourût Venise. Un moment, celui-ci, croyant l’avoir emporté sur les résistances du ministre des finances et sur les scrupules du chef du pouvoir exécutif, annonçait au consul de France à Venise le départ de quatre bâtiments à vapeur, portant une brigade de trois mille hommes sous les ordres du général Mollière, et il expédiait à Marseille un aide de camp du général Lamoricière pour présider à l’embarquement. D’après les instructions qui étaient transmises à cet égard, le duc d’Harcourt croyait également pouvoir écrire à Manin : « Tenez bon jusqu’à l’arrivée des Français, et c’est par vous que viendra le salut de l’Italie.’» Mais malheureusement des considérations d’une prudence méticuleuse, auxquelles l’esprit du général Cavaignac était trop acces- ' siible, arrêtèrent tout. Dans une nouvelle réunion du conseil, on décida, à la majorité d’une voix seulement, d’envoyer à Marseille un contre-ordre. Les troupes embarquées depuis cinq jours revinrent à terre. On remit les destinées de l’Italie aux délibérations d’un congrès à Bruxelles, qui ne devait jamais se réunir, et l’Autriche, délivrée ainsi de la crainte d’une intervention contre laquelle elle était résolue à ne pas lutter (1), retira une à une toutes les concessions qu’elle avait offertes et tourna contre ses autres Etats la politique de ruse dont elle n’avait plus besoin en Italie.

Déjà, selon le système traditionnel de cette politique, elle avait cherché à regagner en Hongrie le terrain quelle avait cru devoir céder, non pas en attaquant ouvertement l’indépendance des Hongrois, mais en leur suscitant des ennemis qui les missent hors d’état d’en profiter et de la défendre. Cela n’était pas difficile. La Hongrie, comme on sait, se compose d’une agglomération successive de populations magyares , valaques , croates , serbes, saxonnes, très-diverses d’origine, de

(l) L’envoyé d’Autriche disait alors au cabinet anglais ; t Si les Français entrent en Piémont, nous ne nous ba^ .rons pas; nous nous retirerons derrière l’Adige d’abord, puis derrière risonzo. »

religions, d’idiomes, et que de fréquentes luttes à main armée et des persécutions réciproques pendant plusieurs siècles ont rendues excessivement hostiles les unes aux autres. C’était là l’obstacle principal à l’organisation du nouvel État hongrois, dont la diète de Pesth, qui représentait presque exclusivement l’élément magyar, avait, avant la sanction de l’empereur, posé les bases constitutionnelles. Entre ces nationalités jalouses de la prépondérance des Magyars, les Croates et les Serbes, de race slave, étaient à la fois les plus fanatiques, les mieux organisés militairement et les plus capables par leur énergie de revendiquer leur indépendance particulière.

Ce furent ceux-là que le gouvernement autrichien excita tout d’abord contre ce qu’il appelait l’oppression des Magyars. Par de nombreux émissaires que secondait, quoique dans des vues opposées, la propagande russe du parti panslaviste (1), il souffla partout l’esprit de discorde ; il s’assura, au moyen de faveurs et de promesses de tout genre, un soldat croate, distingué parmi les siens par sa haine contre les Hongrois, par son zèle pour le panslavisme, par son intelligence, son activité et quelques talents militaires, le colonel .Tellachich. Mandé à Vienne par le baron de Kulmer, qui l’avait désigné à la cour comme trèscapable de jouer un rôle, il s’était vu en moins de huit jours promu au grade de feld-maréchal lieutenant, nommé commandeur de plusieurs ordres et enfin administrateur civil et militaire de la Croatie, avec le titre de ban. Le comte de Fickelmont, l’archiduc Louis et l’archiduchesse Sophie avaient noué avec lui des négociations secrètes. Fort des promesses qui lui étaient faites par de si grands personnages, Jellachich se hâta de convoquer à Agram une diète croate-esclavonne, dont le premier acte fut d’annuler toutes les décisions de la diète de Hongrie. On y brûla en effigie l’archiduc palatin et le premier ministre Bat-

(1) Ce parti prêchait partout l’unité d’un empire slave, so'is le protectorat du grand czar moscovite, qui devait abattre la domination des Allemands et des ÎMagyars.

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