PREMIERE PARTIE
KICUMON REFORMISTE CHEZ M . DE LAIIAKTIN'E (P. 55;.
agitée la question de savoir si, dans le cas où le rappel serait battu le lendemain pour la garde nationale, on y répondrait. Après une discussion animée, on décida de sortir en armes, au premier appel, et d’appuyer par des manifestations significatives les mouvements populaires.
Aux mêmes heures, le comité électoral du deuxième arrondissement rédigeait une note qui parut le lendemain dans les journaux pour exprimer, au nom du peuple, son étonnement de la décision prise et demander la démission en masse des députés, seule mesure capable de donner en ce moment satisfaction d l'opinion publique. Le parti républicain délibérait dans les bureaux de la Réforme. Là , deux avis s’ouvraient et se combattaient. L’occasion était une des plus favorables qui se fussent offertes depuis longtemps; il fallait la saisir et
I tenter une prise d’armes, disaient les uns. i j C’était l’opinion de MM. Ledru-Rollin, Étienne j I Arago, Caussidière, Lagrange, Baune, Grand- | ménil, Thoré. Les autres, MM. Louis Blanc et Flocon, redoutaient le conflit, jugeant les chances trop inégales. On se sépara sans avoir j rien conclu. Les plus déterminés se rendirent dans les faubourgs et au milieu des sociétés secrètes pour s’assurer, par des communications directes, de la disposition du peuple.
Pendant ce temps, on était plein de joie au I
Château. Aux pressants avertissements que ' Louis-Philippe avait reçus, il n’avait opposé que le sarcasme. «Vendez -vous bien vos tapis? « avait-il dit à M. Sallandrouze, qui attendait que le roi lui parlât de son amendement. M. de Rambuteau, préfet de la Seine, qui lui communiquait des rapports alarmants, était ajourné à une semaine pour confesser en ;
D. STERN"
toute confusion, disait le roi, qu’il s’était abandonné à des terreurs d’enfant. Le maréchal Gérard (1) et M. Delessert recevaient un semblable accueil.
Peu après, et comme pour lui donner raison, des personnes bien informées de ce qui se passait dans les conciliabules de l’opposition faisaient connaître au roi que, dans la crainte de compromettre le gouvernement dynastique, M. Odilon Barrot et ses amis renonçaient au banquet. En apprenant cette nouvelle, MM. Duchâtel, Trezel, Delessert, Sébastian!, Jacqueminot, réunis au ministère de l’intérieur, décident que le déploiement de la force armée devient inutile et se chargent de donner le contre-ordre. Dire l’effet que cette nouvelle produisit aux Tuileries ne serait pas chose facile. Les courtisans se pâmaient d’aise. La reine était transportée. Le roi ne se contenait plus ; il serrait la main de ses ministres avec une effusion inaccoutuméé. Il complimentait surtout M. Duchâtel. Depuis longtemps il n’avait montré tant d’esprit, tant de jovialité, tant de verve. 11 ne s’oubliait pas luimême dans les louanges qu’il adressait à son gouvernement. Il l’avait toujours pensé, toujours dit : cette opposition si pleine de jactance ne se composait que de beaux parleurs, de poltrons. Sa faconde à ce sujet était intarissable.
Quelques personnes essayaient bien de parler de l'agitation des rues ; mais c’était peu de chose, ce n’était rien, disaient les courtisans : une vingtaine de gamins, portant des chandelles, lisaient ironiquement les affiches contre les attroupements et le banquet. Les passants s’arrêtaient, ne sachant ce que cela voulait dire, mais les groupes se dispersaient aussitôt après avoir lu (2).
(1) Le mardi matin, 22 février, le roi écrivait au maréchal un billet pour le rassurer et lui annoncer que les événements prenaient la tournure la plus heureuse.
(2) Les rapports de police ne donnaient point à ce fait son j véritable caractère. Si, dans les quartiers habités par la bourgeoisie, les groupes qui se formaient autour des affiches ne présentaient rien de menaçant, il n’en était pas de même dans les faubourgs. L’attitude, la physionomie, le morne silence des ouvriers qui lisaient les affiches sous les yeux des ser¬
On se réjouissait donc aux Tuileries sans la moindre arrière-pensée. Jamais on n’avait eu si fort sujet de s’applaudir. On estimait que, grâce à la fermeté et à l’habileté d’une politique supérieure, tout était fini; on se renvoyait avec modestie les félicitations et les louanges.