PREMIÈRE PARTIE
malheurs plus grands. «Le peuple reste sourd à ces prières. Il demande à grands cris qu’on le soutienne, qu’on propage l’insurrection. Il veut des chefs armés pour le combat et non des harangueurs de l’ordre. Il s’éloigne irrité, recrute encore sur son passage des hommes résolus, qui font serment de mourir pour sa cause, et va chercher des appuis plus sincères à la Réforme, cet ardent foyer de la passion républicaine. Là, il trouve réunis des gens décidés à jouer leur vie, qui lui jurent que la journée du lendemain ne se passera pas sans que les égorgeurs soient châtiés. Après une courte halte, le cortège reprend sa route et s’enfonce dans les faubourgs. Arrivé sur la place de la Bastille, on dépose les cadavres au pied de la colonne de Juillet ;^les torches consumées s’éteignent, on se disperse. Les uns courent dans les églises et sonnent le tocsin ; d’autres frappent aux portes des maisons et demandent des armes. On aiguise le fer, on couje du plomb, on fabrique des cartouches, Les barricades se relèvent de toutes parts. Le fantôme de la République se dresse dans ces ombres sinistres; la royauté chancelle. Les morts ont tué les vivants. Le cadavre d’une femme a plus de puissance, à cette heure, que
la plus valeureuse armée du monde.