PREMIERE PARTIE
Nous venons d’être chargés parle roi de composer un ministère. La Chambre va être dissoute. Un appel est fait au pays. Le général Lamoricière est nommé commandant en chef de la garde nationale. i\LM. Odilon Barrot, Thiers, Lamoricière, Duvergier de Hauranne sont ministres.
« Liberté, Ordre, Réforme.
« Sis’ué : Odilon Barrot, Thiers. »
Des copies de cette proclamation furent immédiatement portées aux imprimeries de la Presse, du Constitutionnel et du ISlational, par MM. de Girardin, Merruau et de Reims. Une heure après, on essayait de la placarder sur les murs; mais rien ne pouvait plus arrêter le peuple. Les républicains épiaient d’ailleurs et déjouaient tontes les concessions du
gouvernement. La proclamation du ministère Barrot fut partout déchirée et l’on mit à la place, au même instant, ce placard laconique rédigé par jM. Flocon et composé à l’imprimerie de la Réforme par INI. Prdudhon, ancien ouvrier typographe :
« Louis-Philippe vous fait assassiner comme Charles X; qu’iraille rejoindre Charles X! «
R n’y avait plus à s’y tromper : le parti républicain levait la tête et s’emparait du mouvement. De son centre d’action, le bureau de la Réforme , ViWQ, impulsion unique, transmise par des hommes audacieux , se communiquait de proche en proche, de barricade en barricade, à toute l’armée insurrectionnelle. MM. Flocon, Banne, Marc Caussidière, Lagrange, Etienne Arago, Sobrier, Ribeyrolles, Fargin-Fayolle, Tisserandot, etc., excitaient les combattants, envoyaient les mots d’ordre, distribuaient les
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munitions, fanatisaient la multitude en faisant courir, dans ses rangs, des bruits sinistres, des imprécations, "des anathèmes contre le roi ; en hasardant, quoique avec précaution encore, le mot de llè'puhUque.
A vrai dire, le peuple n'avait rencontré nulle part de résistance bien sérieuse. Presque partout la garde nationale, s'interposant entre les combattants, avait jeté l'hésitation dans la troupe. Quelques décharges isolées sur le boulevard du Temple, et principalement dans le faubourg Saint-Antoine, sur la place de la Bastille, avaient tué ou blessé de part et d’autre un petit nombre d'hommes. Mais ces engagements partiels avaient tous fini par le désarmement des soldats et par une fraternisation au cri de Vite la ligne iT) !
Cette armée si brave, et qui n’en était pas à faire ses preuves, subissait, depuis vingtquatre heures, tous les contre-coups d’une politique vacillante. En dernier lieu, l’ordre de suspendre le feu, expédié à tous les chefs de corps, avec la singulière injonction de garder leurs positions, acheva de déconcerter officiers et soldats. Au point de vue militaire, ces deux ordres simultanés et contradictoires trahissaient une telle impéritie qu’ils furent le signal d’une entière défection morale. Abandonnée du pouvoir, l’armée s’abandonna ellemême et livra le champ de bataille au peuple. Bient(3t il n’y eut plus dans tout Paris qu’un seul point qui .défendît encore les abords des Tuileries : c’était le poste du Château-d’Eau, sur la place du Palais-Royal. Le peuple s’y précipita.