CHAPITRE XI
Suite de la troisième journée.
Il était dix heures. Louis-Philippe déjeunait, selon sa coutume, en famille, dans la
(1) Le cliiffre des soldats et des citoyens tués pendant les journées de février a été exagéré. D’après un relevé de lu situation au 1*‘'' mars, il y aurait eu 22 gardes municipaux, 4t> soldats et sous-officiers, 4 officiers tués.
'l'otal pour l’armée, 72 morts.
Les registres de l’état civil constatent la mort de 27.5 hommes et de 11 femmes.
galerie de Diane, lorsqu’on vint annoncer que MM. de Rémusat et Duvergier de Hauranne demandaient à parler à iM. le duc do Montpensier. « Qu’ils entrent, » dit le roi. Et aussitôt, avec une grande affabilité, il engagea ses nouveaux ministres à prendre place à sa table.
Ceux-ci s’en défendirent; ils semblaient très-agités; ils voulaient et n’osaient parler. Après quelques minutes d’une contrainte que tout le monde, hormis le roi, lisait sur leurs traits altérés, s’apercevant enfin qu’il s’agissait de quelque nouvelle grave ;
« Que se passe-t-il? « dit Louis-Philippe en emmenant M. de Rémusat dans une embrasure de fenêtre.
La reine, le duc de Montpensier et les princesses restaient muets à leur place, les yeux fixés sur les deux interlocuteurs.
« Sire, dit iM. de Rémusat en baissant la voix, il n’}'^ a pas un instant à perdre ; l’émeute triomphe sur tous les points; elle avance à pas de géant. Le poste du Château-d’Eau, qui tient encore avec un courage héroïque, n’en a plus peut-être que pour peu d’instants; avant une heure, il est probable que les Tuileries seront attaquées. La vie du roi est en danger.
A ces mots, entendus à demi, la reine se précipite vers le roi et se serre contre lui comme pour le défendre. Les princes et les princesses quittent brusquement la table.
« M. de Rémusat pense que les Tuileries vont être attaquées, « dit le roi avec une apparente indifférence. Sur ces entrefaites, plusieurs personnes attachées à la famille royale entraient pêle-mêle et sans être annoncées. IMM. Thiers, de Broglie, Piscatory, de Lasteyrie, Quinette, Baroche, Cousin, Gustave de Beaumont, Lacrosse, venaient confirmerpar leur témoignage les paroles de M, de Rémusat.
M. de Laubespin , capitaine d’état-major, apporte une nouvelle plus précise encore et plus désastreuse : la colonne du général Bedeau a mis la crosse en Tair.- Les insurgés ont pillé les caissons et se sont emparés de