‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 68 sur 266 · PREMIERE PARUE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARUE

Arago ;

Lamartine;

Ledru-Rollin.

Les protestations recommencent contre les noms de Garnier-Pagès, Crémieux et Marie. En entendant le nom de Garnier-Païès : « // j

est mort, le Ion! « dit naïvement un homme du peuple.

— Crémieux, mais pas Garnier-Pagès ! dit un autre .

— « Que ceux qui ne veulent pas lèvent la main, ” dit Ledru-Rollin.

Les clameurs et la confusion redoublent.

« Messieurs, reprend Ledru-Rollin, le gouvernement provisoire qui vient d’être nommé a de grands devoirs à remplir. On va être obligé de lever la séance pour se rendre au sein du gouvernement et prendre toutes le^ mesures nécessaires pour que l'effusion du sang cesse, afin que les droits du peuple soient consacrés.

— « Vice la Ré'imhlique î vice Ledra-Rot lin! Ne nous laissons pas tromper comme en 1830! A r Ilôtel-de-Villel ” s’écrie-t-on. Et M. Ledru-Rollin quitte la salle, entouré d’un bruyant cortège. MM. Dupont de l'Eure), Crémieux, iNIarie, l’ont quittée déjà.

Un jeune homme monte à la tribune et s’écrie : « Plus de royauté ! plus de liste civile ! ’•

A ce moment, un ouvrier ayant attiré l’attention sur le tableau qui représente la prestation de serment de Louis-Philippe à la Chambre de 1830 : « Déchirons-le ! déchirons-le ! à bas les traîtres! s’écrie-t-on. — « Attendez, je vais le fusiller, « dit un homme du peuple armé d’un fusil double : deux coups de feu éclatent à ces paroles et les balles vont frapper le portrait de Louis-Philippe, au milieu du grand cordon de la Légion d’honneur. Alors un brave ouvrier s'élance à la tribune, et d’un ton ferme, avec un accent d’autorité qui impose : “ Respect aux monuments ! dit-il, respect aux propriétés! Pourquoi détruire? pourquoi tirer des coups de fusil sur ces tableaux? Nous avons montré qu’il ne faut pas malmener

le peuple; montrons maintenant que le peuple sait honorer sa victoire. «

D’unanimes applaudissements répondent à cet appel. On s’empresse autour de l’ouvrier. On lui serre la main. On lui demande son nom. Il déclare se nommer Théodore Six, ouvrier I tapissier.

Cependant, renonçant à dévaster la salle, la foule se disperse, l’enceinte de la Chambre des députés est bientôt complètement évacuée. Il est un peu plus de quatre heures. L’Hôtelde-Ville est désormais le centre unique où vont aboutir, pour se combattre avec acharnement, tous les principes, tous les intérêts, toutes les passions révolutionnaires.

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