Histoire de la révolution de 1848
Une révolution faite au nom du droit de réunion, un gouvernement qui invoquait pour unique raison d’existence la volonté du peuple ne pouvaient ni limiter ni entraver aucun des modes d’expression de l’opinion populaire. Les organisateurs des banquets, les rédacteurs du National et de la Héforme étaient engagés d’honneur et contraints par la nécessité politique à reconnaître la liberté absolue de la presse et de l’association. C’est ce que fit le gouvernement provisoire en abrogeant les lois de septembre 1835, en abolissant l’impôt du timbre sur les écrits périodiques, le cautionnement des journaux, en laissant enfm s’ouvrir des clubs dans Paris et dans toutes les villes de France. En même temps, il ordonnait la mise en liberté des détenus politiques et rendait ainsi à l’agitation do la place publique des noms connus, des hommes considérés Il I
par le peuple comme les martyrs de sa cause, autour desquels allaient se jïroiiper et s’organiser les forces l’évolutionnaires qui, ne se sentant pas suffisamment représentées au pouvoir, aspiraient à s’en emparer à leur tour.
L’origine des idubs, le mot l’indique assez, est anglaise. Le nom de cité {massue) fut pris, au temps de la lutte des tâtes rondes et des cavaliers, par les premières assemblées populaires qui se formèrent dans le but de.Ie/riw.scr la monarchie. Plus tard, en cbangeant d’acception, le mot passa dans le vocabulaire de la royauté représentative, ly’engouement de la noblesse française pour les modes britanniques et l’admiration de nos hommes d’État pour Içs mœurs politiques de l’Angleterre préparèrent l’introduction des clubs en France.
Plusieurs clubs se formèrent spontanément à Versailles, en 1789, autour de l’Assemblée nationale' et la suivirent quand elle vint s’établir à Paris. Là, au sein d’une population efl'ervescente, les clubs crurent rapidementen nombre et en force ; ils rivalisèrent bientôt d’influence avec l’Assemblée et finirent, en se propageant surtout le territoire, par s’emparer presque absolument de la direction des affaires. Leur influence expira , comme on sait, le 9 thermidor avec la domination des jacobins qui leur avaient donné une organisation formidable*.
U serait hors de propos d’oxaminei' ici leur action dans ses détails; il convient seulement de remarquer que les clubs contribuèrent puissamment à répandre dans les niasses cette opinion funeste, beaucoup trop ac-
* Le premier duhavail été ouvert à Paris, par le conseiller Duport, dans sa maison au Marais. Il était composé de parlementaires. Il se. transporta à Versailles à rouverture de l'Assemliléc cl prit le nom de Club breton. Revenu à Paris, il s'établit dans l'ancieii couvent des Jacobins où il changea cmn]ilétcinont de caractère et de tendances, sous l’influence de Danton et de Camille Dc.smoulins.
* Il y eut, pendant le cours delà Révolution, jusqu'à 2,400 sociétés jacobines qui formèrent un gouvernement véritable, rendant des décrets, pronoiii;ant des jugements, etc.
Dt LA RÉVOLUTION DK 1848.
nvditée encore dans certains esprits, que la liberté se peut fonder par le despotisme et que la compression violente des adversaires de la révolution est une œuvre de raison politique. Le nouvel essai tenté pendant les trois premiers mois de 1a révolution de Février ne montre pas l’influence des clubs beaucoup plus favorable au progrès des idées, et l’organisation des réunions populaires demeure encore aujourd’hui, après ces expériences réitérées, une des difficultés tes plus considérables de l’établissement républicain*.
Le gouvernement provisoire avait conscience de ces dangeiï, mais il pensa que, manquant du temps nécessaire pour préparer une sérieuse et utile organisation des clubs, il agirait néanmoins sagement en favorisant leur propagation, afin que, par leur nombre et leur diversité même, toute action commune leur devint impossible. En conséquence, le maire de Paris mit à la disposition des réunions populaires des salles convenables dans les édifices publics*, et chacun des membres du conseil s’occupa d’avoir dans les clubs ses agents particuliers chargés de détourner les discussions dangereuses, de distraire, en les flattant, les passions révolutionnaires, de semer la division entre les meneurs de la place publique et surtout d’avertir à temps le conseil des entreprises concertées contre rilôtcl de Ville.
J’ai raconté comment s’improvisa, le 25 février au soir, autour de M. Blanqui, le premier club. Le lendemain, M. Xavier Durrieu, rédacteur en chef du Cotirrier français, pu-
‘ R Rien n’est plus mal combiné, dit madame de Staël [ComidératioHS sur la Révolution française], dans un temps où les esprits sont agités, que ces réunions d’hommes dont les fonctions se bornent à parler; on excite ainsi d’autant plus l'opinion q\i’o» ne lui donne point d’issue. » C’était aussi l’opinion de Carnot, « d’accord avec Rousseau dans la pensée que les clutis agitent plus qu'ils n’éclairent.» [Mémoires, t . 1, 1* partie.)
Le i4 mai suivant, les établissements de l’Ktat furent fermés aux clubs.
bliait une note par laquelle il imitait à se constituer en association et à s’entendre dans un but commun tous les hommes d'intelligence et de dévouement consacrés par dixsept années de lutte contre la tyrannie. Un grand nombre d’écrivains de nuances diverses répondirent à cet appel, ün vit à la réunion préparatoire de la société, qui prit le nom de Société centrale républicaine, MM. Vidal et Toussenel, économistesdc l’écolesocialiste, M.Renonvier , M.Thoré, publiciste, ami de M. Barbés, M. Lachambeaudie, fabuliste populaire, ancien saint-simonien, etc. Mais beaucoup, soit qu’ils devinassent aussitôt que l’organisation de la Société centrale avait, sous une apparence de libre discussion, un dessein secret et qu'elle subissait déjà la loi d’un homme, soit par d’autres motifs particuliers, ne suivirent point M. Blanqui quand celui-ci transporta les séances dans la salle du Conservatoire de musique; 'ils rejoignirent M. Barbés qui, de son côté, ouvrait au Palais national le club de la Révolution.
La Société centrale, appelée bientôt, du nom de celui qui en était l’âme, le club Blanqui, devint ainsi la réunion à peu près exclusive des communistes matérialistes. Présidé par Blanqui, ou quand l’épuisement de ses forces le retenait chez lui, par l’un ou l’autre de ses plus fanatiques adeptes, le docteur Lacambre ou le cuisinier Flotte, ce club attira une affluence considérable, non-seulement de prolétaires, mais aussi de bourgeois, curieux de voir de prés l’homme qui passait pour le plus terrible des révolutionnaires et flattés dans leurs secrets penchants par les critiques acerbes qui se faisaient là de toutes les personnes et de tous les actes du gouvernement provisoire.
La société parisienne, après le premier mopient de consternation, trop troublée encore pour reprendre ses réunions et ses plaisirs accoutumés, mais trop avide de distraction pour rester chez elle, courait de club en club et se donnait, comme elle l’eût fait à un spectacle mélodramatique, une excitation de nerfs qui la tirait de son abatte-
incnl. Entre tous les clubs, le club Blanqui avait la faveur des curieux de cette trempe. Les loges et les galeries où, dans les années précédentes, une société d’élite venait entendre avec recueillement les chefs-d’œuvre dcl’art musical, la Symphonie pastorale, le Requiem ou l’ouverture d’Euryantlie, étaient chaque soir envahies par un public singulièrement mélangé et tapageur. Les femmes du monde, sous des vêtements plus que modestes, s’y glissaient furtivement, protégées par la lumière crépusculaire des quinquets où l’huile était parcimonieusement mesurée. On se reconnaissait de loin, on se saluait d’un signe rapide, perdu qu’on était dans cette foule en blouse et en veste que l’on croyait armée et qui s’amusait souvent, dans ses harangues et ses apostrophes, à qualifier les riches d’une façon peu ftatteuse, à les menacer, à leur prédire, s’ils osaient lever la tête, un châtiment exemplaire.
Le club de la Révolution avait un caractère tout différent. M. Barbés attirait à lui, non par art ni par effort de volonté, mais par l’ascendant naturel d’une âme honnête, ce qu’il y avait dans la Révolution de mieux intentionné et de plus droit. Des hommes plus doués que lui de talent et de capacité rendaient hommage à sa supériorité morale. 11 était en vénération au peuple. Le rare accord de ses actes et de ses paroles dans tout le cours d’une vie jetée à la tourmente révolutionnaire, la dignité parfaite qu’il avait su garder toujours dans les échecs de ses tentatives, dans les dissensions de son parti, devant ses juges, devant ses geôliers, devant la mort qu’il vil de près en plus d’une renc.onlre donnaient à Barbés une autorité toujours croissante dans le déclin d’une fortune de plus en plus contraire. On ne lui demandait pas compte de ses doctrines. On ne s’inquiétait pas de savoir s’il avait ou non de la prudence et du (liscernement. Là pureté de ses intentions, la candeur et le dévouement qu’il portait dans des entreprises nuisibles à sa propre cause, lui tenaient lieu de tout dans l’esprit des masses et forçaient au respect ses rivaux et ses adversaires.
L’enfance d’Armand Barbés avait été sans joie. Il était le fruit d’une union qui fut pleine d’amertume. Son père, d’une famille aisée de Carcassonne, était entré jeune dans les ordres. Aux premiers jours de la Révolution, il quitta l’habit ecclésiastique, passa à la Guadeloupe, y pratiqua la médecine pour vivre. Une jeune fille, sauvée par ses soins d’une maladie mortelle, s’éprit de lui et l’épousa. Lorsqu’elle revint avec lui dans sa ville natale, elle y appiil ce qu’il avait eu la faiblesse de lui cacher; elle connut qu’elle avait contracté un lien réprouvé par l’Église. Sa piété s’épouvanta. L’énormité de son sacrilège involontaire chargea sa conscience d’un poids accablant. Elle languit dans les larmes et mourut bientôt, laissant deux fils et deux filles aux soins d’un homme atteint aussi et troublé par le remords. La fatalité acharnée contre Barbés ne devait pas s’arrêter là. Sa fille ainée inspira à un jeune homme trésdistingué, appartenant à une famille honorable du pays, une passion qu’elle partagea. Le mariage était convenu quand le père du jeune homme apprit qu’il allait recevoir dans sa maison la fille d’un prêtre marié. Il rompit aussitôt avec éclat. L’infortuné Barbés, déjà fortement ébranlé par la mort de sa femme, ne put supporter ce nouveau coup; il se donna la mort.
Ces événements sinistres et peut-être l’influence du sang imprimèrent de bonne heure à l’âme d’Armand Barbés un caractère d’abnégation et de tristesse religieuse. On eût dit qu’il se sentait prédestiné au martyre. Il adopta avec une ferveur concentrée la cause de ceux qui souffraient. Héritier de biens considérables, il professa les doctrines communistes dans ce qu’elles ont de plus absolu *. La compassion, en pénétrant dans son cœur, absorba toutes scs autres facultés. La pensée incessante des douleurs du peuple fit sur
* Il comparait la sociélû actuelle, défendant ce qu'il appelait l’idole du capital contre les communistes, au jiaganisme défendant Jupiter et Mercure contre te Christ qui venait apporter au monde une religion nouvelle.
lui l’effet de ces vœux intérieurs qui consacraient les chevaliers du moyen âge à une entreprise héroïque. Une douceur et une égalité d’âme parfaites parurent constamment, depuis qu’on le vit mêlé aux troubles politiques, dans toute sa personne. Quand il revint à Paris, après neuf années passées dans les prisons d’État, sa belle tête, devenue un peu chauve, semblait encore plusfiére; sa démarche, avec plus de lenteur, avait pris plus de dignité ; son œil voilé et son visage pâli décelaient la souffrance, mais son sourire gardait une sérénité inaltérable et sa voix touchante n’avait pas perdu dans l’isolement le don de la persuasion.
Le jour même de son arrivée, M. Barbés, après avoir entendu ses amis et sondé avec chagrin la profondeur des dissentiments qui séparaient l’un de l’autre les membres du gouvernement provisoire, résolut de tenter une conciliation. Comme M. de Lamartine lui paraissait, ainsi qu’à presque tous les chefs du parti populaire, l’homme le plus propre à réunir sous le drapeau républicain les différentes opinions du pays, ce fut lui qu’il alla trouver. 11 lui offrit un concours désintéressé, s’engagea à soutenir le gouvernement provisoire dans la tâche qu’il s’était donnée de traverser sans effusion de sang les jours qui devaient s’écouler jusqu’à la convocation de l’Assemblée, promit de modérer l’impatience des prolétaires et de veiller sur les hommes suspects, dont il voyait déjà poindre les mauvaises menées. Il témoigna à M. de Lamartine une grande confiance et, satisfait de ses entretiens avec lui, il ouvrit son club par une adhésion explicite à la politique du gouvernement' provisoire.
Dans une des premières séances du conseil, M. Barbés avait été fait gouverneur du Luxembourg ; peu de temps après, on le nomma colonel de la 12* légion de la garde nationale. Malgré les instances de M. Louis Blanc, il refusa la première de ces fonctions, la jugeant une sinécure, e( n’accepta qu’avec peine le commandement de la légion.
Sa simplicité et sa modestie répugnaient à toute distinction. Barbés était, entre les démocrates, l’un des plus sincèrement pénétrés du sentiment de l’égalité et le plus conséquent avec ses principes dans les habitudes de la vie. Son club, moins exclusif que d’autres, assidûment fréquenté par un auditoire sérieux, réunit un grand nombre d’hommes influents sur le peuple. MM. Pierre Leroux, Bac, hibeyroUes, Martin-Bernard, Proudlion, Lamieussens, 'Greppo s’y rendaient chaque soir. On y traitait avec beaucoup d’animation les questions politiques et sociales. Le communisme y eut des orateurs passionnés ; mais pendant très-longtemps on écarta toutes les propositions hostiles au gouvernement provisoire, et les discussions les plus vives se terminaient toujours par des paroles do conciliation, par des conseils de prudence.
Le club des Amis du peuple, ouvert par M. Raspail au Marais et qui rassemblait chaque soir environ six mille personnes, n’avait pas, dans l’origine, un caractère plus agressif que celui de M. Barbés. M. Raspail y parlait à peu près seul et ramenait le plus possible les délibérations à l’examen des questions de doctrine. Bien qu’il fût d’une nature soupçonneuse à l’excès et que le langage du gouvernement provisoire lui inspirât peu de confiance M. Raspail était un esprit capable de politique, et il comprenait mieux que personne la nécessité, d’accoutumer peu à peu, par un gouvernement sans violence, les classes bourgeoises à la République. Il pensait aussi que le nom et la personne deM. de Lamartine devaient rallier tous les partis et qu’aucun chef populaire, pas plus lui-même que Barbés ou Blanqui, Louis Blanc, Pierre Leroux ou Gabet, ne pouvait sérieusement prétendre imposer à la nation
* En pass.nnt, le 20 février, tlevanf une afficlie du gouvernement où le mot citoyen avait fait placé à une M majuscule, M. Raspail signala à l'uii de ses amis cette substitution qu’il œnsidérait comme un premier acte signilicatif de réaction contre l égalité démocratique.
lin gouverneraent dictatorial et des institutions communistes.
Quoique ses doctrines, fortement liées dans un système de philosophie panthéiste, allassent à un communisme radical et qu’il considérât le droit de propriété comme une illusion de l’ amour-propre, il s’élevait en toute occasion contre la pensée d’une réforme immédiate et violente; il combattait la loi agraire, qu’il appelait une chimère de répartition,uneidUe absurde. « Ceux qui rêveraient la réforme sociale par le bouleversement subit de la propriété, disaitil, seraient plus que des coupables; ce seraient des insensés; ce seraient des sauvages qui se vengent de leurs ennemis en dévastant leurs moissons, et qui couronnent de leur propre mort le succès d’une stupide vengeance. L'égalité des droits est une loi immuable, l'égalité des biens ne durerait pas deux heures. »
Ce qu’il y avait d’absolu dans l’expression même de ses idées les plus sages, son caractère ombrageux, son austérité isolaient Haspail des partis et des coteries. Il exerçait un ascendant personnel très-grand .sur la population des faubourgs. Son savoir médical le mettait à même de secou rir efticacement, à toute heure, des maux et des souffrances que les rhéteurs des clubs se contentaient de peindre et que lesambitieux savaient exploiter; inaisc’était une action morale, isolée, secrètement jalousée et contrecarrée par les chefs de parti, et qui n’eut jamais l’initiative dans le mouvement révolutionnaire. A l’exception de M. Kersausie, noble breton ‘, son inséparable compagnon dans la lutte et dans lacaptivité, on ne voyait autour deM. Raspail que les soldats obscurs de la démocratie. Les membres les plus ra-
' Kci’sau.sie -(Tliéopliile-raiillard de I.a(our-d’.\uverpne), était capitaine de hussards en 4830. 11 donna sa démission et entra bientôt dans les sociétés secrètes. Condamné à la déportation, en 1835, il revint en France après l'amnistie, alla combattre en Espagne contre les carlistes et passa de là en Italie, où il apprit, dans les premiei-s joui’s de mai-s 4848, la proclamation de la République.
Hicaiix du "onvcriiPiiriont, MM. Ledru-Rollin et Louis Blanr, le jugeaient dangereux. M. Caussidière, qu’il alla trouver le jour de son installation pour avoir corninunication des registres de la police et connaître ainsi les noms de ceux qui avaient trahi dans les sociétés sedrétes, se refusa obstinément à cette confidence *. Peu de jours après, le journal de M. Raspail, l’ylwît du peuple, fut enlevé des mains des crieui-s et déchiré par une troupe d’étudiants à qui l’on avait su le rendre suspect. Le brait se répandit, on ne sait trop comment, que Raspail prêchait, comme l’avait fait Marat, l’extermination des riches *. Alors, profondément hleSsé, jugeant la République perdue puisque le plus convaincu des républicains était persécuté et calomnié, il s’enfonça plus avant dans sa retraite, ne garda plus de ménagement et se mit à dénoncer au peuple les actes du gouvernement provisoire, inspirés, disait-il, par l’esprit de réaction et funestes à la cause démocratique.
Un homme d’une valeur scientifique bien moindre que M. Raspail, mais infiniment plus propre au gouvernement du vulgaire, préparé de longue main à jouer un rêle dans la révolution, M. Cabet, ouvrit dans une salle publique de la rue Saint-Honoré, pour ses adeptes, au nombre de 6 à 8,000, un club qu’il conduisit avec une autorité et une habileté remarquables. M. Cabet tenait par sa naissance au
‘ .Insque vei-s lè milieu du mois de mai, M. Raspail ne cessa d’insister dans son journal Vitmi du peuple, sur la putilicitd des dossiei-s et du livre rouge de la police.
* On trouve dans le n° 3 de l’/tmf du peuple, 12 mai's, le passape suivant ((iii montre .suffisamment comliien ces assertions étaient calomnieuses ; « La terreur de 93, aujourd’lmi, en 1848 ! elle n’a plus de sens; elle ne serait plus qu’une atroce folie, un di’amc à la Néron, un incendie de Rome, pour traduire en action l’incendie de Troie. La terreur contre qui? Contre nous-mêmes donc, puisque noiis pensons tous de même.. .
<t Depuis quinze jours je vois des Français partout et des ennemis nulle part. ,\u milieu de ce peuple de frères, promenez donc la guillotine, si vous l’osez 1 on vous conduira vous et elle h Bicêtre, le dernier jour du carnaval. »
prolétariat dont il avait embrassé les intérêls et dont il servit la cause avec zèle et persévérance. 11 était fils d'un tonnelier de Dijon. Élevé pour la inaffistrature, il fit connaître son nom au peuple par la publication d’une Histoire universelle populaire, par celle d’une Histoire de la Hévolution française, que la presse démocratique appela le Manuel des patriotes, et par la fondation du journal le Populaire. Le parti démocratique le porta à la députation en 1831. En 1834, un procès politique l’obligea à s’éloigner. Il passa cinq années en Angleterre. C’est là qu’il entra en relation avec le célèbre Owen et qu’il étudia ses doctrines. A l’e.xpiration de sa peine, M. Cabet, de retour à Paris, en 1839, désabusé des conspirations par l’expérience, eirnemi par tempérament des luttes à main année, se proclama communiste. Comme il était doué de l’esprit d’apostolat, il entreprit de prêcher ses nouvelles théories, les rattacha à l’Évangile et en composa un système d’organisation sociale dont il décrivit dans un ouvrage d’imagination (Voyage en Icarie) les lois, les mœurs, les coutumes et surtout les plaisirs. Des publications multipliées, une polémique trés-vive contre le National, la création, sur de nouvelles bases et dans un esprit ouvertement communiste, du journal le Populaire, groupèrent autour de M. Cabet des esprits simples, des hommes honnêtes qu'attiraient la morale bienveillante, le ton paternel d’un enseignement qui n’empruntait rien à la science ni à la philosophie. M. Cabet possédait à un haut degré le talent de l’organisation; il cachait sous les dehors d’une bonhomie communicative l’instinct et même les habiletés du pouvoir. Il sut plier à une discipline aveugle des hommes d’une grande énergie, les fanatisa doucement par insinuation, et prit en peu d’années, sur la secte particulière du communisme qui retint le nom d’icarienne, une autorité dont la nature et les moyens, petits en apparence, mais forts par leur multiplicité et leur unité, tenaient du despotisme clérical plutôt que de l’ascendant d’un chef populaire.
IIISTUIKE
M. Cahet avait eu pendant qu’il était député des relations bienveillantes avec M. de Lamartine. 11 avait confiance dans ses intentions et souhaitait de prendre de l’influencé sur lui pour le soustraire auxintriguesdu A^attonaiqu’il jugeait funestes à la République. Il ajournait de lui-même l’application des doctrines communistes. Les proclamer prématurément ce serait, pensait-il, effaroucher l’opinion et ruiner l’établissement républicain. Aussi se montra-t-il sincèrement disposé à soutenir le gouvernement provisoire. Le jour qu’il ouvrit son club, il fit afficher dans tout Paris une déclaration de principes, où il disait explicitement que les Icariens entendaient ne porter aucune atteinte ni à la famille ni à la propriété'. Pendant toute la durée du gouvernement provisoire, M. Gabet demeura fidèle à ce programme et, malgré son mécontentement et sa défiance, il contribua en plusieurs circonstances à sauver la majorité du conseil des complots qui se tramaient contre elle
Indépendamment de ces clubs principaux, il s’en forma une multitude d’autres* dans tous les quartiers populeux de Paris. Le directeur des ateliers nationaux institua, le 2 avril, un club central composé de délégués élus par les travailleurs et qui se réunissaient sous sa présidence plusieui-s fois la semaine. Les rédacteurs du National organisèrent le club ou comité central des élections, sous la présidence de M. Recurt.
• Les phalansiériens, présidés par MM. Considérant, Cantagrel, Laverdant, Hennequin, continuèrent, sans y mêler beaucoup de politique, l’enseignement de l’école. Le club de YA7senal et le club des Quinze-Vmgts, très-violents, mais trés-surveillés, attiraient chaque soir les prolétaires. Les étudiants du quartier du Panthéon se rassemblaient au club de la Sorbonne et au club du 2 Mars.
Quelques clubs conservateurs ou légitimistes, le club ré-
‘ Voii- aux DocumenU historiques: à la liu du volume, u» 1 ’ Voir aux Documents historiques, à la Un du volume, n" 2,
publicain pour la liberté des élections, sous la présidence de M. Vieniict, le club du dixième arrondissement, présidé parM. de Vatisménil, essayaient aussi, mais timidement, de tempérer le mouvement révolutionnaire. Enfin, l’un des fondateurs de la Hcforme, M. Grandmesnil, ami particulier de M. Ledru-llollin, réunit, le 2 mais, dans les combles de la préfecture de police, sous les auspices de M. Caussidiére, un certain nombre d’hommes énergiques qui constituèrent, sous le nom de club des droits et des devoirs, une société organisée militairement, dont le but seci-et était de faire passer aux mains de M. Ledru-Rollin le gouvernement dictatorial de la République. Ce club se fondit plus tard avec la Société des droits de l’homme^, présidée parM. Villain, et tint ses séances au Palais-National où il se prépara sans beaucoup de mystère au combat à main armée.
Bientôt tous les clubs sentirent le besoin de s’entendre et de centraliser leur action pour agir sur les élections qui approchaient et dont on pressentait le caractère peu révolutionnaire. Le clid) des clubs fut organisé dans ces vues par un nommé Longepied, et s’installa dans la maison qu’occupait M. Sobricr. Il se composait de trois délégués de chacun des autres clubs. Le ministre de l’intérieur lui alloua un crédit de 120,000 fr., alin qu’il pût envoyer dans les départements des agents secrets, chargés de surveiller l’action des commissaires officiels, de les seconder ou de les dénoncer suivant l’occasion*, de f^e une propagande active dans les villages, dans les régiments, dans
' La Sociitc des droits de l’homme, (|iii lut un grand sujel de terreur pour les Parisiens, et <iue l’on croyait forte de 30,000 liomiues, n'eut pas d'existence réelle et ne coiniita jamais ((ue ceux qui prétendaient en être les chefs
“ 11 ii’y eut pas moins de 430 agents envoyés par le club des clubs. Ils reçurent tous des instructions imprimées et louchèrent une solde de 5 fr. par jour. 11 y avait parmi ces agents des soiis-ofliciers chargés sixicialement de désigner aux soldats les chefs suspects. (Voir le [(apport de la commission chargée d'examiner les comptes du gouvernement provisoire.)