‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 4)Chapitre 9 sur 61 · II · texte numérisé non relu

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UISTÜIHE

avaient jeté l’incertitude et le trouble dans les esprits. La complication qu’apportèrent dans la direction des aflaires les mésintelligences inévitables entre les commissaires généraux* et les commissaires particuliers, offensés de cette espèce de surveillance et de suprématie qui leur était imposée, enlevèrent au gouvernement sa plus grande part d’action et achevèrent de détruire le bon effet que l’établissement paisible de la République avait produit partout.

Le commissaire général nommé pour les quatre départements des Bouches-du-Rhône, du Var, des Basses-Alpes et de Vaucluse, M. Reppelin, avocat de Grenoble, appartenait à la fraction exclusive des républicains de la veille. A peine arrivé à Mai“seille, il se laissa circonvenir par les plus exagérés entre les révolutionnaires et blâma la conduite de M. Ollivier. La garde nationale, selon lui, était beaucoup trop bourgeoise ; il la fallait immédiatement dissoudre et reconstituer; le comptoir d’escompte était présidé par un réactionnaire qu’il fallait destituer; enfin, l’alliance avec les légitimistes et le clergé était une alliance adultère, et* la cmididature de M. Berryer, que M. Ollivier avait promis de ne pas combattre, devait être ouvertement repoussée.

A toutes ces prétentions d’un républicanisme absolu (jui n’avaient aucun point d’appui dans une ville où la révolution de Février n’avait pas trouvé plus de cent républicains,

w'ilc dos frav.'iillciii’s (jiii souffrent, bcaiicoiip de la suspension d'nn yrand nomliro d'usines. Los niallicuroux consentent à ajourner leurs prétentions jusqu’à r.\sseiuljléc constituante, mais à la condition qu’on n’ôloigncra pas cette époque désirée. Certes, les élections procliaines ne pernieltront pas à certaines pei’sonncs inconnues, qui tombent sur nous lie Paris comme des nuées de sautei’clles, de préjiarer leurs canilidaluros; mais, d’autre part, elles cmpéclieronl les partis vaincus de nouei' leurs trames. Les conservateurs du passé ont besoin de temps ■ pour préparer leurs intrigues; nous, pour faire consacrer nos principes, nous n'avoiis besoin que d ent liousiasme. » (/.oco/HW/m/rc gouvernement au tninislre de riiitcrieur, .Mai’seillu, le ‘i‘2 mars 1848./'

■M. Ollivier opposait : l’impossibilitô d’oporcr do vivo foro(‘ le désarineiTienl do la gardo nationale {pii, cortos, no so laisserait pas dissondro de l)onno grAco; les lionroux effets produits par les opérations du comptoir d’escompte (pii, u’élant point une institution politique, avait dû considérer, dans la nomination de son président, la probité et le crédit bien plutôt que le zèle républicàin; enlîn, il affirmait que la nomination de M" Berryer, impoliliiiuement combattue, n’aurait pour tout résultat, en rompant l’alliance antérieure' à la révolution des légitimistes et des radicaux, que de procurer l’élection de M. Thiers, considérée par le gouvernement comme infiniment plus dangereuse.

Des débats très-vifs entre les deux commissaires se renouvelèrent sur ces trois points pi incipaux, pendant une huitaine de jours ; après quoi, le mini.stre de l’intérieur ayant donné raison à M. Ollivier*, .M. Beppelin dut céder et quitter Marseille, non sans avoir singulièrement nui à la cause qu’il croyait devoir servir par des moyens incompatibles avec l’état des esprits.

• Indépendamment des excellents résultats que je viens de rapporter, l’administration de M. Ollivier, à Marseille, fut marquée par un incident d’un singulier intérêt. I.e jeune commissaire, qui croyait le gouvernement républicain engagé d’honneur à réparer toutes les fautes et toutes les injustices du dernier régne, voulut avoir un entretien avec Abd-el-Kader, détenu au fort Lamalgue, et porter à l'illus-

' Dans une dépêche du iniiii.siére de l'intérieur, adrcs.sée le 18 in.iiN à M. Émile Ollivier, le secrétaire général, M. Jnles Favre, s'exprime ainsi, au nom du ministre : «.le partage votre opinion que vous ne devez apporter aucun obstacle à la réélection du citoyen Derryer, qui, légiiimiste seulement dans la forme, est au tond un patriote sincère, et dont l’éloquence, comme vous le dites avec raison, est une des gloires du pays. En principe, d'ailleiu's, je ne crois pas que le succès dos candidatures légitimistes, bien entendu toutefois à défaut d’autres, présente un danger réel. Les bommes les plus remarquables de ce |>arti, comprenant enfin qu'ils représentent des idées sans racines dans le pays, ont sincèrement adhéré à l’ordre de choses nouveau, les au- Ires seront sans action sur l'A.sscmbléo. »

tre victiine do la politiquo dynastique quelques paroles de consolation, si ce n’est d’espérance, au nom du gouvernement républicain.

11 voulait aussi voir par lui-même si la captivité que lefds de Mahi-Eddin s’obstinait fièrement à appeler l’hospitalité du fort Lamalgue, était adoucie par tous les soins et tous les égai’ds compatibles avec l’exécution des ordres militaires. 11 souhaitait enfin, tout en intercédant auprès du gouvernement provisoire pour que la liberté fût rendue à Abdel-Kader, persuader à celui-ci, en cas de refus, de demander ou, du moins, d'accepter une liberté relative dans (juelque belle résidence de l’intérieur du pays.

Abd-el-Kader se montra sensible h la démarche de M. Ollivier ; mais il se refusa constamment aussi bien à se plaindre d’une sévérité ou d’une négligence qu’à solliciter une faveur de ses geôliers. Dans l’étroite enceinte où le sultan du désert se voyait confiné, il n’oubliait pas qu’il avait conquis naguère et possédé un royaume sans limites. En tendant sa main délicate à ce jeune inconnu qui venait Lui offrir son appui, il se rappelait que cette même mainavait porté l’étendard triomphant du prophète, tracé à d’innombrables tribus les lois d’une civilisation nouvelle, reçu des présents de nos plus illustres chefs d’armée et signé avec le roi de France des traités superbes. Aussi ne voulait-il entendre parler que d’une seule chose : le maintien de la foi jurée. Le mot clémence blessait son oreille ; il n’en prononçait jamais d’autre que jttslice. « Vous n’avez pas blessé mon cheval, disait-il à M. Émile Ollivier en attachant sur lui son grand œil noir plein de douceur et de passion; vous ne m’avez pas pris les armes à la maîh. .l’ai envoyé volontairement mon sceau et mon sabre au général Lamoriciére, qui m’a envoyé le sien en échange. Je me suis rendu parce que j’étais fatigué de lutter avec des hommes que je méprise. J’ai goûté la mort. Aujourd’hui, l’on peut me rendre sans crainte à la liberté; je ne demande plus qu’à aller dans un pays où je puisse élever mes feni-

IT1PS et mes enfants suivant ma religion. Je ne souhaite autre chose que de suivre la voie de mon père et de mes aïeux, que de m’ensevelir aux lieux saints, dans l’adoration de Dieu, jusqu’à la mort. » Et à la prière de M. Ollivier, il signait le serment solennel de ne jamais reprendre les armes contre les Français'. Quant au séjour en France, « cela n’est pas possible, disait-il encore avec son inllexihle douceur. Nous sommes trop différents, rèpètait-il en faisant glisser entre ses doigts les grains de son chapelet ; vous montrez vos femmes et nous cachons les nôtres ; vous portez des vêtements étroits et nous en portons de larges ; •nous n’écrivons pas du même côté; nous n’avons pas la même religion ; nous ne pouvons pas vivre sons le même soleil. »

Cependant M. Ollivier fit de vives instances auprès du gouvernement provisoire pour obtenir la mise en liberté d’Abd-el-Kader, mais ses demandes restèrent sans effet. .\ la vérité, M. Arago écrivit à l'éiiiir une lettre pleine d’égards on il promettait d’examiner ce que le gouvernement était à même de faire; mais l’examen de M. Arago, jpas plus que les négociations de M. Guizot, ne devait apporter aucun changement dans la condition d’Abd-el-Kader. La République agit envers l’illustre captif exactement comme l’avait fait la monarchie.

Le commissaire envoyé par M. Ledru-Rollin dans les quatre départements du Gers, du Tarn, de Tarn-et-Garonne et de Lot-et-Garonne, appartenait, ainsi que M. Reppelin, à l’école de la république dictatoriale. M. Jolly, avocat, député de l’Ariége eu 1831, élu à Toulouse en 1839, non réélu en 18A6, défenseur des accusés républicains dans le procès d’avril, était l'un des plus caractérisés entre ces républicains armés de toutes pièces auxquels, depuis la circulaire du 8 mars, on donnait, un peu ironiquement, le nom de républicains de la veille. Il possédait à fond la pra-

' Voir aux Doetiments historiques, à In fin (in voIiiitk^, n’ 8.

tiquoetle langage des anciens patriotes; il aimait l’appareil militaire; il croyait fermement ce (pie M. Lefirii-Rollin ne parvenait pas toujours à se persuader; que le gouvernement républicain devait se montrer jalousement exclusif, et qu’entrer en accommodement avec le temps, les hommes et les choses, C(! serait une trahison à la cause démocralique.

On se rappelle le triste procès intenté au frère LéJtade, dans le courant de l’année 1847. ha ville de Toulouse en était encore tout émue. Les passions religieuses s’étaient réveillées en cette occasion avec une ardeur qu’on ne leur croyait plus. Catholiques et protestants, nobles légitimisteset bourgeois libéraux se retrouvaient en présence, armés de tous leurs préjugés, de tous les souvenirs de leurs anciennes luttes.

M. Jolly, défenseur des parents de Cécile Combette, la victime de Léotade, était, le 26 février, à l’audience, où il se disposait à plaider, lorsqu’on lui remit une lettre qui lui apprenait les événements de Paris. D’autres correspondances, arrivées par le même couriTer, annonçaient à plusieurs personnes présentes au palais la régence de madame la duchesse d’Orléans et le ministère de M. Odilon-Barrot, he trouble causé par ces nouvelles fut si grand, qu’il fallut suspendre l’audience.

Les amis politiques de M. Jolly, qui l’attendaient à la sortie du palais, au nombre de quatre à cinq cents environ, décidèrent qu’il fallait faire la révolution à Toulouse et, sans attendre d’autres nouvelles de la capitale, proclamer, à leurs risques et périls, la république.

,\ussitôt cette résolution prise, une vingtaine d étudiants se répandent par les rues pour soulever le peuple. M. Jolly, à la tête d’une colonne de républicains, très-petite au départ, mais qui grossit en marchant, va droit à la place du Capitole, on la troupe, sans trop comprendre de quoi il est question, la laisse passer. Il entre dans la salle du conseil municipal qui, en l’absence du préfet, M. Duchâtel, admi-'

iiistre le département. Après avoir destitué de sa propre autorité les membres présents, il parait an balcon, harangue le peuple qui, dans cet intervalle, s’est rassemblé en grande foule sur la place, proclame la république et ordonne aux officiers, qui le regardent tout ébahis, de faire rentrer les troupes dans les casernes. A la préfecture, M. Jolly ne rencontre pas plus de difficultés, la* secrétaire général, apprenant ce qui se passait au Capitole, avait jugé prudent de s’éloigner en laissant les clefs à un garçon de bureau. Trois cents hommes du régiment d’artillerie, qui occupaient l’hôtel, ne firent pas mine de le vouloir défendre. Du 26 au 29 février, où le télégraphe apporta à M. Jolly la nouvelle officielle de l’établissement d’un gouvernement provisoire et sa propre nomination aux fonctions de commissaire, la ville de Toulouse demeura dans le plus singulier état qui se puisse imaginer. La république était proclamée, à la vérité, mais elle n'avait qu’une existence tout à fait abstraite, car, en cas de lutte, la petite minorité de la population' qui l’aurait soutenue était .sans armes et sans organisation. Depuis sept ans la gardé nationale était dissoute; tandis que le parti conservateur, .s’il avait eu la moindre velléité de combat, disposait de 6,000 hommes de troupes régulièi’cs dans la ville et de 12 à 15,000 dans les environs. Les républicains eux-mêmes ne pouvaient croire à un si facile succès. Plus tard, quand les royalistes se vengèrent du dédain qu'on avait trop laissé paraître pour eux, ils oublièrent qu’ils devaient surtout s’en prendre à eux-mêmes de tout ce qui les avait blessés, et qu’une attitude plus ferme eût rendu les procédés dont ils se plaignaient absolument impossibles chez yn peuple où le courage tient le premier rang entre toutes les vertus dans l’estime publique.

Cependant M. Jolly se trouva bientôt dans une situation embarrassée entre le ministre de l’intérieur, qui désapprouvait formellement les destitutions, les suspensions, toutes les mesures conformes au vieux programme de

la politique jacobine, et le club communiste par lequel il se voyait traité de réactionnaire.

Les défiances en étaient venues à ce point, parmi les ouvrière qui fréquentaient ce club dirigé par un partisan de M. Blanqni, que, le 9 avril, ils se portèrent à la préfecture dans le dessein de s’en emparer et d’en chasser le commissaire; mais M. Jolly avait été prévenu. La garde nationale, accourue à sa défense, eut aisément le dessus dans la lutte qui s’engagea, malgré l’extrême animation des ouvriers, parce que ceux-ci, au nombre de neuf cents environ, étaient très-mal armés et que leur chef se laissa prendre dés le commencement de la lutte. Le lendemain, le club communiste fut fermé, son journal suspendu; la garde nationale vint féliciter le commissaire de la victoire que le parti de l’ordre, comme on disait déjà, avait remportée en sa personne.

Cette mesure, cependant, était beaucoup trop complète aux yeux de M. Jolly, car elle rendait aux royalistes, à la veille des élections, une force qu’ils n’avaient jamais perdue en réalité, mais dont ils avaient perdu le sentiment, et qui, par conséquent, leur était devenue inutile. M. Jolly ci-ut donc devoir, sans plus tarder, combattre leur influence, et il s’attaqua, sans beaucoup de prudence, à l’im des hommes les plus considérables du parti orléaniste, M. Charles d’Arragon, qui devait à ses relations personnelles avec M. Garnier-Pagès sa nomination au commissariat d’Alby et le patronage presque officiel du gouvernement pour sa candidature. M. Jolly tenta d’autorité, sans aucun motif sérieux, presque sans prétexte, de révoquer M. d’Arragon; il installa (jii avocat, nommé Boguel, à sa place; mais la force morale de l’opinion publique l’emporta sur la volonté cependant très-énergique de M. Jolly. On écrivit de tous cotés, à Paris, pour protester contre la révocation de M. d’Arragon, et bientôt, à la grande surprise du commissaire, il se vit désavoué par M. Ledru-ltollin qui réintégra M. d’Arragon dans ses fonctions.

Ces conflits entre la population des villes et l’autorité officielle n’étaient pas les seuls qui agitassent le pays. Dans les campagnes, des niouveinents où la politique n’eutrait pour rien, éclatèrent sur plusieurs points à la fois, et l’on eut quelque peine à les apaiser. Les départements de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées, de l’Ariége et de l’Aude sont couverts de forêts magnifiques. L’État, dans le seul département de l’Aude, en possède pour une valeur d’environ 20 millions. Par une anomalie qu’a créée, de restriction en restriction, un pouvoir plus jaloux de ses droits qu’intelligent de ses intérêts véritables, les populations, pour lesquelles la proximité de ces richesses naturelles devrait être un accroissement de bien-être, souffl ent des privations très-dures et sont en butte à mille vexations intolérables de la part de l'administration forestière. Le droit des communes qu’on appelle rivei'aines et le droit de l’État, perpétuellement contesté et- interprété, donnent lieu, sous tous les gouvernements, à de sanglants conflits, et tiennent les paysans de ces contrées, trés-braves et trèsbons tireurs, en état permanent d’insurrection, insurrection étrangère, comme je l’ai fait observer, à la politique, sous une forme particulière, locale, n’est autre chose que la protestation aveugle de la misère du peuple contre la mauvaise gérance et le- gaspillage de la fortune publique.

En t830, après de graves émeutes, le gouvernement rendit aux communes riveraines la plupart des droits anciens qu’elles avaient réclamés vainement sous la Hp.stauration; mais les concessions qu’on s’était cru forcé de faire en principe, on les retirait de fait, eu mettant pour condition à l’exercice de ces droits des formalités telles qu’elles les rendaient plus onéreux que profitables*. I/esprit

• Il arrive ainsi que les arbres des forêts l’e l'État pourrissent sur place, lamlis que les paysans manquent de bois à briller Durant les liiveis rigoureux, il y a eu des exemples de personnes mort es de froid, dans des communes tout environnées de forêts.

MK HISTOIRE

fie rébellion qui anime tonies ces campagnes ne pouvait manquer d'éclater de nouveau à la première occasion. Celte occasion fut la révolution de Février. Trois à quatre mille paysans, intrépides chasseui’s d’ours, se répandirent dans le pays en commettant toutes sortes de dégâts. Le château de M. de Goulard, noble légitimiste, et quelques auti'cs habitations furent brûlés; il fallut envoyer deux régiments de troupes de ligne pour réduire les séditieux.

Entre toutes les villes importantes de. France, c’est à Bordeaux que la révolution de Février devait rencontrer les dispositions les moins favorables. Ces dispositions se manifestèrent tout d’abord par une résistance passive, mais Iré.s-prononcée, à la proclamation de la République. L’opinion orléaniste était prépondérante à Bordeaux dans les classes aisées; les ouvriers ne s’occupaient aucunement de politique. Us avaient formé entre eux des associations de secours mutuels qui sirffisaient, le travail n’ayant pas manqué depuis bien des années, à parer aux nécessités pressantes; c’est à peine si l’on aurait pu réunir, à Bordeaux, une cinquantaine de républicains très-ignorés et dont l’influence était nulle à ce point qu’ils n’étaient pas même parvenus à avoir dans la presse un organe de leurs opinions.

Les autorités de Bordeaux, le préfet M. Sers, le maire M. Dufour-Duvergier, tous deux attachés à la dynastie d’Orléans, ne mirent aucun empressement à proclamer la république; comme le peuple ne les y poussait pas et que la garde nationale était avec eux, ils demeurèrent en monarchie jusqu’à l’arrivée assez tardive de M. Ch. Chevalier, commissaire officiel du gouvernement provisoire.

M. Chevalier, publici.sle as.sez peu connu, républicain de fraîche date, s’entoura des hommes de l’ancienne administration qui étaient ouvertement hostiles au pouvoirnouveau. Sa conduite alarma le petit nombre d’hommes qui composaient à Bordeaux le parti républicain. Ils adressèrent leurs plaintes à M. Ledru-Rollin et le déterminèrent à envoyer un commissaire général, M. Latrade.

ÜE LA REVOLUTIUN DE 1 848.

L’état liiiaacier de la ville était meilleur qn’oii ne devait l'espérer en une telle crise. La banque, ayant fait spontanénient une souscription considérable pour fomb'r un comptoir d’escompte, vint en aide aux maisons dont le crédit était menacé. Un trouva sans peine assez d’ouvrage pour faire vivre les ouvriers dans un pays on les denrées sont à trèsbas prix. La secousse commerciale et industrielle fui donc, comparativement à beaucoup d’autres points du territoire, fort peu ressentie .à Bordeaux.

M. Latrade, avant d’avoir pu se faire connaître à la population bordelaise par aucun acte administratif, fut signalé par les partis royalistes comme un révolutionnaire de 93. On sema le bruit, on affirma qu’il venait établir la guillotine sur la place [lublique. Ces propos trouvèrent des oreilles crédules; on s’ameuta dans les mes; un rassemblement entoura la préfecture en menaçant de mort le commissaire. M. Latrade n’essaya pas de résister i\ rémeule. Quelques amis l’aidèrent à s’évader par les toits, le cachèrent dans une maison particulière et le firent partir le lendemain matin pour Paris. M. Llément Thomas, l’un des rédacteurs du National, le remplaça et parvint sans de grands efforts à calmer une agitation qui n’avait rien de sérieux. Rappelé à Paris par sa noinination au grade de colonel d’une légion de la garde nationale, il fut reinplacéà son tour par M. Henri Ducos, qui présida aux élections.

Les hostilités entre la garde nationale et les commissaires se produisirent dans plusieure autres départements et partout restèrent impunies, parce que M. Lodru-Rollin, quand on lui faisait connaître les maladresses politiques do ses agents, les blémait et les désavouait. D’ailleurs, les pouvoirs illiinilés qu’il leur avait conférés ne pouvaient, en cas de résistance, se faire obéir (|n’au moyen de la garde nationale; du moment que la garde nationale se tournait contre les commissaires, il n’y a^ail plus d’autre recours que l’appel aux passions ullra-révolutionnaires, le gouverucnienl des clubs, la terreur. Je crois avoir monlié

surabondamment que M. Ledru-Hollin ne voulait, pas plus que M. de Lamartine, de ces moyens extrêmes. Il redoutait la domination des clubs. Nous venons de le voir, à Marseille, à Lyon, à Toulouse, repousser presque constamment les dénonciations qui lui arrivaient contre les commissaires accusés de tiédeur politique. Il y avait donc contradiction flagrante entre ses paroles officielles et ses actes, entre les pouvoirs illimités qu’il proclamait et l’autorité absolument nulle qu’il donnait en réalité ; il en résulta cet effet déplorable, qu’il fournit à ses ennemis mille prétextes d’accusation contre ses agents, en même temps qu’il ôtait à ceux-ci la force avec laquelle ils auraient pu triompher.

La négligence était aussi grande au ministère de l’intérieur que l’indécision; la plupart du temps les demandes des commissaires demeuraient sans réponse’; souvent le télégraphe apportait dans l’espace de quelques heures des ordres et des contre-ordres, des révocations et des réintégrations qui jetaient le plus grand trouble dans les affaires. Entre les deux partis que le gouvernement provisoire avait à prendre, administrer doucement, prudemment, sans secousse, ou gouverner avec une énergie toute révolutionnaire, il ne sut se tenir fermement ni à l’un ni à l’autre, et l’on vit pendant deux mois entiers, dans le pays le plus centralisé du monde, l’étonnant spectacle d’une multitude de tirailleinents partiels et de rébellions locales; l’opinion tantôt refoulée, tantôt emportée sous la main d’hommes divisés entre eux ; la nation entière agitée vainement d’un mouvement confus, contraire à ses instincts, et qu’elle ne parvenait pas à s’expliquer à elle-même.

' A Desaiiçon. par excinplo, où, sur une question d'éliquetle entre les eoiiiinissaires et le général Uaraguay-d’llilliei’s, une émeute de la garde nationale avait forcé les commissaires à quitter la place, le commissaire général, M. J. Demoniry, ayant adressé un rapport (8 avril) au ministre, ne reçut aucune réponse.

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