‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 45 sur 81 · INTRODUCTION. LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LV

opérer immédiatement, sans transaction ni conciliartion, par la violence s'il le faut, l'abolition de la propriété qui, dans Ylcarie de M. Gabet, subit de lentes transformations, à mesure que l'opinion y donne son assentiment. Vagues aspirations d'une sensibilité exaltée, ébauches confuses d'une société chimérique, les théories icariennes n'auraient nulle valeur si elles ne se présentaient comme un caractère symptomatique de la maladie morale qui mine la société moderne.

Toute protestation, si aveugle qu'elle paraisse, s'attaque à un vice réel. Le vice de la bourgeoisie parvenue, c'était, nous l'avons constaté, l'étroitesse du cœur, l'oubli du droit, l'indifférence religieuse et politique. Ce vice invétéré devait provoquer une réaction violente. Tout excès suscite inévitablement l'excès contraire. Le jour où l'indifférence égoïste de la bourgeoisie, personnifiée dans Louis-Philippe, parut triomphante, le fanatisme de la fraternité communiste eut sa raison d'être.

Sans grande action sur la population des campagnes où la propriété, devenue un fait presque universel depuis 1789, est inatta^juable, les doctrines communistes furent avidement recueillies par les ouvriers des villes. Les plus intelligents employèrent leurs loisirs à l'étude et à la discussion des lois sociales. Encouragés par des écrivains célèbres qui vinrent se mêler à eux, ils fondèrent des écrits périodiques où pour la première fois on les vit poser eux-mêmes leurs principes, développer leurs idées, peindre en

LVI INTROBUCTION.

des essais littéraires imités des poètes contemporains, leurs douleurs physiques et morales ^. Le Bon Sens, sous la direction de MM, Cauchois-Lemaire et Rodde, ouvrit, dès cette époque, une large place dans ses colonnes aux travaux littéraires des ouvriers.

Ij& Fraternité et le Populaire, en 1833, traitèrent les questions d'avenir au point de vue communiste. D'autres feuilles également populaires, mais rédigées dans un esprit un peu différent, leur répondirent ^. Un débat régulier s'engagea, où les lois de l'industrie et de la politique étaient confondues. Dès lors il devint aisé de comprendre qu'une force nouvelle surgissait dans le pays, que la direction de l'esprit public n'appartenait plus au pouvoir officiel, et que l'avenir de la France échapperait tfit ou tard aux mains de ceux qui la voulaient retenir à mi-chemin de sa carrière révolutionnaire.

En dehors du communisme proprement dit, on vit Iiaraltre vers la même époque, sous des noms différents, plusieurs systèmes dont le communisme était

1 . Une da leurs premières tentatives eut pour but de moraliser iiïi réunions du dimanclie dans les guinguettes, en substituant au\ chansons obscènes qui égayaient ces réunions, des chansons il'uii caractère plus élevé et d'une tendance socialiste. La société dite det infa-naux s'y employa activement. Vin^ard, Pierre Lacliambeaudis, Carie Supermann, Ëlisa Flcury, Turent les pofites les ]>IU3 goûtés de la guinguette ainsi renouvelée.

!. Voir la Ruche populaire, V Atelier, rédigé par MM. Peupin, Carbon, Oangny, Pascal, etc., en 1839.

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