‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 64 sur 81 · La suite de la discussion sur la banque de Bordeaux · texte numérisé non relu

La suite de la discussion sur la banque de Bordeaux

S. Presque au même moment, M. Dupin, ce rude et zélé serviteur de Louis- Philippe, Tenait jeter l'alarme dans son esprit. Il osait prononcer le mot de réTolution. — > Vous croyez qu'ils peuvent songer à me renverser? lui dit le roi en l'inlerrogeant d'un regard scrutateur ; mais ils n'ont personne à mettre

lippe parut soucieux. La défection de la garcj^ nationale portait un coup inattendu à sa sécurité. Sa foi en lui- môme recevait un premier mais violent échec. Sa raison et son jugeinent en furent comme étourdis. Les rapports qui arrivaient de tous côtés lui firent entrevoir que Fémeute prenait, en quelque sorte, un caractère légal ; il douta alors de l'issue de la crise. Ce prince, quoique personnellement très-brave, était ennemi des luttes à main armée. Aussi peu croyant à la force matérielle des baïonnettes qu'à la force idéale du droit, il mettait toute sa confiance dans la légalité ; il était, si Ton peut s'exprimer ainsi, d'un tempérament parlementaire, et n'imaginait pas qu'aussi longtemps qu'il demeurerait dans les limites tracées par la constitution, et qu'il marcherait d'accord avec le pays légal, son pouvoir pût être ébranlé par une insurrection des rues. Le peuple proprement dit ne lui inspirait pas plus d'appréhension que d'amour; son immixtion séditieuse dans les affaires politiques valait à peine qu'on s'en occupât. Mais l'intervention hostile du pays légal par la garde nationale, qui en était l'expression armée, c'était là, à ses yeux, une révolution tout entière, la destruction de tous ses plans, le renversement complet de ce savant équilibre auquel il travaillait si laborieusement depuis son avènement au trône. Louis-Philippe s'assombrit à cette pensée. Sa volonté s'affaissa. 11 n'opposa plus qu'une résistance molle aux influences contradictoires et aux inspirations confuses qui se disputèrent les derniers actes de son règne.

M. Duchâtel était dans le cabinet du roi quand y arrivèrent les premières nouvelles de la défection des légions. Comme il essayait d'atténuer la gravité de ces rapports, probablement exagérés, disait-il, la reine entra. Émue, agitée, elle s'exprima avec une vivacité qui ne lui était pas

à ma place. » — « Non, sire, personne en effet, répondit M. Dupin, mais une rhose peut-être : la république. • .

habituelle sur l'impopularité de M. Guizot. Devinant sa pensée et supposant qu'elle était l'écho de la pensée intime du roi, M. Duchâtel s'empressa d'assurer que, si le président du conseil pouvait croire un seul instant sa présence aux affaires nuisible, il n'hésiterait certainement pas plus que lui à déposer aux piçds du roi sa démission ; heureux, ajouta-t-il, de donner ainsi une preuve de son dévouement à la dynastie*. Louis-Philippe n'accepta ni ne refusa positivement cette démission, selon la coutume de son esprit cauteleux ; mais il fit demander M. Guizot, et, après une courte entrevue, il fut entendu que M. Mole, qui siégeait en ce moment à la Chambre des pairs, allait être appelé aux Tuileries. C'est alors que le ministre déchu se rendit à la Chambre des députés et répondit, comme on l'a vu, aux interpellations de M. Vayin.

On dit que la dissimulation du roi et son penchant pour les voies obliques donnèrent à son entretien confidentiel avec M. Mole un caractère ambigu, bien peu fait pour inspirer à celui-ci la hardiesse d'initiative nécessaire en de pareilles extrémités. Dans une sorte d'épanchement très- composé, Louis-Philippe, assure-t-on, se représenta comme abandonné par MM. Guizot et Duchâtel *; il se plaignit amèrement de leur ingratitude et termina en demandant à M. Mole de former au plus vite un cabinet conciliateur. Celui-ci écouta longtemps en silence. Il ne se dissimulait pas, et il ne dissimula point à Louis-Philippe les difficultés qu'il allait rencontrer. 11 ne pensait pas que ' le mouvement dût s'arrêter à lui. M. Thiers était peut-être déjà l'homme indispensable ; en tout cas, il faudrait se ré-

1. Depuis ce moment, jusqu'au jeudi matin S4, le roi demeura sans ministère légalement formé. Les combinaisons, à partir de M. Mole jusqu'à M. Odilon Barrot, nommé président du conseil, se succédèrent sans jamais arriver à une formation officielle. Personne n'étant plus responsable, personne ne donnait d'ordre positif. On n'opposait que des conseils, des avis, des projets, à l'en- Tahissement rapide des forces révolutionnaires.

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