‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 25 sur 31 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La Révolution de Février a donc échoué.

D'abord, depuis le jour quelle a éclaté jusqu'à sa fin, elle a mis la France dans un état de crise dont tous les intérêts ont souffert, principalement ceux des classes populaires qu'elle se proposait de servir. Elle voulait atténuer la misère, elle se flattait même de l'abolir : elle l'a aggravée. Elle aspirait à diminuer la somme des soulTrances injustes : elle l'a accrue.

Ses gouvernants étaient sûrs d'établir à l'intérieur une paix durable et de rapprocher les diverses catégories sociales. Ils ont abouti à la guerre civile et à l'émeute.

Ils croyaient doter la France dune Constitution définitive, qui garantirait ses libertés. Leur œuvre a été compromise dès sa promulgation et a sombré peu de temps après, en telle sorte que le pays s'est trouvé moins avancé au lendemain de la Révolution qu'il ne l'était la veille. Sous Napo-

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léon m, les Français seront moins indépendants et moins protégés par les institutions qu'ils ne l'étaient sous Louis-Philippe. Le droit public subit une régression.

Néanmoins la Révolution de Février n'a pas été stérile.

Elle a été une magnifique explosion d'idées généreuses et de sentiments humanitaires. Or, malgré les insuccès' et môme les faillites, il en reste toujours quelque chose ^ Elle est, à la lettre, la semeuse, l'auguste semeuse de pensées qui germeront et qui plus tard porteront leurs fruits ^. Par le suffrage universeP elle a donné naissance « à la démocratie et h l'égalitarisme, qui sont des faits avec lesquels il faut compter, qu'on le veuille ou non et quelle que soit l'opinion qu'on puisse avoir* ». C'est d'elle que viennent, en droite ligne, l'instruction primaire gratuite et obligatoire, le principe de la nation armée, la séparation des Églises et de l'Etat, l'interventionnisme d'État sous ses innom-

1. « Les problèmes sociaux qui se résument ainsi : trouver une organisation rationnelle et aussi juste que possible de l'humanité, ont été posés par la France en 1789 et en 1848; mais en général celui qui pose les problèmes n'est pas celui qui les résout >■ (Ernest llenan).

2. « 1848 a été le point d'aboutissement de la plus grande des Révolutions : la révolution psychologique » (Ch. Benoist).

3. « La République de Février a donné à la Révolution l'outil, le glaive, destiné à la rendre invincible : le sullrage universel • (Jacques Piou).

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