CHAPITRE YI
Aspect que présente la ville de Paris le leDdemain du combat. — Nomt)reux gardes oatioiiaax arrivés des provinces. -^ Vaste camp ntililairo. — Binistres traoes du ooM* bat laUstes sur tous les. points de la lutte —On croit voir une ville prise d*assaut. — Pèlerinage delà haute société vers ces lieux de désolation. — BsBaim de délalemi d éê fbires apparue après la l>aiaille. -* Recrudescence de dénonciations et d'amalatioos- — Nouvelles séries de faits odieux inventés par les réactionnaires. — Bruits d'empoisonnement et de tentatives d'en.poisonneroent. — Faits diés par les iBaiHes ooMu^ révolutionnaires. « Démentis formels et officiels oppo^ à ces calomnies. — Protai* tatieo de la Béformi, ^ Ces bruits odieox n'en eirealent pas moins partout el principalement dans les provinces. — Efforts nécessités pour faire surnager la vérité. «Gamei réelles de ces bmits. — Le rapport sur le projet de déportation est présenté wamh fiinvle infloence de œs calomnies. — Le projet de la commission est plus rlROiireaxqia celui du gouvernement. — Déclaration du général Cavaignacà ce sujet. — U a sontami las propMltf ons atténuantes. — Nécessité de flire plasienn catégories. *«• Le ptàjf^ il loi est fait en vue de xfengerlafMtrie. — Les réactionnaires veulent voter sans diseossien et sans désemparer. — Pierre Leroux repousse le projet oumme inbumain. — Lectures des articles rédigés par la cororoission. — Ils ne veulent pas qu'un seul dé* mocrate échappe. — Discours du citoyen Caussidière pour ramener la majorité à l'indulgence. ^ Vole du projet tel que l'a ag;{ravé la commission. — Horrible év^ ment de la place du Carrousel. ^ Cent vingt-cinq hommes tués ou blessés.
L'aspect que la ville de Paris, ou plutôt do cette partie de la ville qui n'a point pris part à T insurrection, offre le lendemain du combat, est à la fois étrange et désolant*
Disons d'abord que les sévérités de l'état de siège, k l'égard de la circulation des citoyens, sont déjà bien adoucies ; les rues se trouvent remplies de gardes nationaux des départements , qu'on dirait être venus à Paris pour y montrer les costumes semimilitaires et les soi-disant uniformes les plus excentriques que portent beaucoup de détachements sortis des petites localités pour accourir au secours de l'ordre. Il faut avoir vu ces uniformes, ou plutôt ces costumes de fantaisie, pour se faire une idée de ce pêle-mêle d'habits^ de tuniques, de vestes et.
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sartout, de blouses, les unes serrées à la taille par des ceintures de toutes les couleurs, les autres simplement pendantes et bordées de rubans, de franges de toutes les dimensions ; la plupart avaient encore sur leur tête les vieux bonnets d'ourson ; d'autres portaient d'énormes casques h crinières rouges, noires, tricolores, que surmontaient en outre des pl«fnets de tontes les dimensions : une grande pancarte, appliquée sur le devant de leur ooifTure, indiquait, en toutes lettres, les noms detlocalîlés auxquelles ces gardes nationaux appartenaient, ou hîen le numéro de la compagnie et du bataillon. Ajoutons que de nombreux gardes nationaux de Paris inscrits, mais n'ayant jamais paru dans les rangs, en uniforme, s'étaient trouvés dans It Héoessîté de s affubler également de leur bufQeterie sur l'habit bourgeois, sur la veste et la blouse, et d'orner leur chapeau ou leur casquette de la pancarte de rigueur.
Partout oik les désastres du combat attiraient les curieux, on n'i^rcevait plus que des hommes ainsi affublés. Plusieurs d'entre eux avaient même amené leurs femmes. D était arrivé beaucoup de ces gardes n^itionaux 1* avant-veille et la veille, il en arriva encore le 26 et le lendemain ; il en arrivait toujours ; de sorte que ces secours, après avoir été d* une utilité incontestable, devenaient la cause des plus grands embarras pour l'as* semblée nationale et pour tous ceux qui crurent devoir implorer le secours des départements. On avait fait jouer le télégraphe pour les appeler ; il dut fonctionner encore pour faire retourner ehez eux ceux des détachements lointains qui étaient en route*
Pendant la lutte et les jours suivants, la plupart des gei^des nationales des départements, après avoir envoyé leun: pompiers et leuvs artilleurs pics des généraux, avaient servi à conduire les prisonniers pris clorrière les barricades et dans les maisons fouillées. La plupart des rues de Pftris où l'insurree» tûm s'était moabrée, ne cessaient d'être aillcMUiéeBd ar de Un^
gW8 fil» d'insurgés oa de prétendus insurgés, que ces gardes^ nationaux escortaient jusqu'aux lieux destinés à servir de d^ pots provisoires k ces mallioureux. On eu arsît rempli et oaan remplissait de nouveau, dès qu'il y avait de la place, les ea** veaux do rilùlel-dc- Ville, ceux des Tuileries, du Palai&National et du Luxembourg ; toutes les casernes en renfermaient par centaines, ainsi que Téglise Notre-Dame, la préfecture de po^ lice, la Conciergerie, T Abbaye et les autres prisons. C'était ua spectacle bien triste que celui de ces immenses troupeaux d*hommes du peuple, les mains attachées derrière le dos, tnd^ nés si ignominieusement dans la même villo où ces ouvrie» avaient été portés en triomphe peu de mois auparavant 1
Sous un autre aspect, la partie Est de la ville, et même plusieurs points des autres quartiers, offraient l'image d'un vaste camp, entouré de centaines de bivouacs, ob l'on voyait les soldats, couchés sur des bottes de paille, se reposer des fatigaes du combat; quelques tentes, dressées de distance en distance, indiquaient des abris pour les ofûcicrs. La place du Panthéon, celles du Luxembourg, dcSaint-Sulpice, du Pont-Saint-Michel, du Palais-de-Juirtice, de Motre-Dame, de la Bastille, des Vosges, de rUotel-de- Ville, les cours du Palais-législatif, du Palais- National, les jardins, et principalement les boulevarts intérieurs du nord, étaient littéralement couverts de soldats, de s^hevaux, d'artillerie, de caissons et de fourgons; partout les développements militaires leè plus considérables, partout l'image terrible de la guerre; on aurait cru avoir sous les yeux le triste tableau de Paris au mois de juin 1815. Si, dans le cours deces pérégrinations, au milieu do tant de faisceaux d'armes, on levait les yeux, on n'apercevait, h partir du boulevart Poissonnière et principalement des portes Saint-Ucnis et Saint- Martin, que des traces de dévastation et de ruine. Presque toutes les maisons qui bordent ce boulevart portaient les traces nombreuaei des balles, des biscaiens et des boulets. Les rues
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des Fauboui^ Poissonnière, Hauteville, St-Denis et JSt-Martin, présentaient un spectacle des plus tristes : les projectiles de toutes les dimensions y avaient fait partout des ravages que de nombreux ouvriers travaillaient déjà, par ordre, à faire disparaître. Il en était de même des rues transversales ; on voyait, de tous côtés, des débris de portes et de persiennes, les fenêtres étaient restées sans vitres, et Ton marchait sur les glaces brisées qui avaient servi aux montres et aux devantures des boutiques. Plus on remontait ces faubourgs, plus les mai*s attestaient la vigueur de la lutte ; les inurs des maisons situées au-dessus des barricades défendues, ressemblaient à des cribles, et plus d'un pan de mur renversé ou percé à jour, témoignait que les obus avaient été pointés contre ces maisons (').
Que si Ton avançait vers le faubourg du Temple, vers le boulevart de ce nom et celui des Filles-du-Calvaire, jusqu'aux abords de la place de la Bastille, les traces du combat prenaient un caractère plus sinistre; les maisons des abords du canal, et principalement les points d'intersection, depuis La Villette jusqu'à la dernière écluse, étai(înt, de port et d'autre, marquetées par la fusillade et percées par les gros projectile?. I^ rue dit Faubourg-du-Temple, depuis le canal jusqu'à Belleville, était complètement dévastée; la plupart des vieilles maisons de la partie élevée paraissaient plus ou moins ébranlées par les détonations autant que par les boulets; les rues d'Angotilème, Hénilmontant et Saint-Sébastien se trouvaient dans un état analogue aux combats incessants et acharnés que les troupes y avaient soutenus.
L'intérieur de Paris, à partir des rues Saint-Martin jusqu'à la Vîeille-Rue-du-Temple, témoignait encore, en cent endroits divers, que là aussi il y avait eu lutte souvent tenace. Le pai-
fn Voyei aux pièces justiGcatives de ce 3* volume, les curieux détails sur Vœ dévastations qui ont été publiées par un ofiBcier d'élat-mkjor.
Tom m. S3
flible Marais n'avait point été épargné ; mais c'était aartoat dans le neuvième arrondissement que les r^rds s'attristaient •n voyant les déplorables effets de la guerre intestine. Prenant pour point de départ les derrières de l'Hôtel-de- Ville, du côté de réglise Saint-Gèrvais, et suivant la voie directe qui conduit à la Bastille par la rue Saint-Antoine, cette longue me et tous ses nombreux affluents étaient littéralement labourés parles boulets. De distance en distance, aux angles des rues transversales où existaient des retrancbements défendus par les insui^és, on voyaitdes maisons percées à jour par les obus et prêtes à s'écrouler ; les volets, les persiennes, les portes* les enseignes gisaient sur le sol parmorceaux; pas une seule vitre n'était restée intacte dans ce quartier populeux , et les murs, jusqu'aux toits, attes^ taient des nombreux coups de fusil tirés contre les fenêtres.
L' immense place de la Bastille, presque entièrement dépavée, offrait un aspect encore plus lamentable. Les jeunes arbres qui l'ornaient étaient généralement décapités par les boulets, qui, ayant tour à tour porté sur toutes les maisons et principalement sur les angles de ces maisons, avaient brisé les pierres de taille, broyé la maçonnerie et mis en éclats, par leurs redoutables effets, tout ce qui tient à la boiserie.
Rien ne peut être comparé à Fctat où se trouvaient les premières maisons du faubourg Saint-Antoine placées immédiatement au-dessus des grandes barricades. L'une de ces maisons, celle qui formait l'angle de la rue de la Roquette, n'existait plus; elle avait été complètement incendiée et démolie par les obus lancés du coin de la rue de l'Orme. Toutes les autres façades, couvertes, comme un crible, des traces des balles, se montraient en outre percées en cent endroits par les boulets et les obus, qui, ayant fait sauter toute la maçonnerie, n'avaient laissé à nu que des charpentes brisées. Quoique la lutte da faubourg SaintrAntoine se fàt bornée à ce point de l'entrée, les projectiles détentes les sortes n'en avaient uas moins ta-
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toné la plupart des maisons de la grande me jusqu à la hauteur de la rue Trayersière*
Sur l'autre bord du fleuve, dans cette partie du onzième arrondissement qui commence au pont Saint-Michel et suit le faubourg Saint-Jacques en passant par la place du Panthéon, tous ces quartiers populeux et resserrés, témoins de la lutte la plus meurtrière et la plus opiniâtre, présentaient l'aspect désolé d'une ville prise d'assaut et saccagée de fond en comble. Les rues, entièrement dépavées, attestaient à droite et k gauche, en caractères ineflbçahlcs, que pas un coup de fusil n avait été perdu, et que chaque boulet avait porté. Beaucoup de maisons étaient abandonnées, leurs habitants s étant enfuis dans d'autres quartiers. Bien des rues du faubourg Saint-Marceau étaient dans le même état. Enfin le Panthéon lui-même, dont les portes de bronze avaient été enfoncées par les boulets, portait sur sa magniûque colonnade les traces profondément empreintes des gros projectiles, les balles n'ayant pu produire quelque effet que sur les cannelures et les sculptures délicates.
Le désastre fliateriel produit par la lutte, ce désastre, cent fois plus grand et plus déplorable qu'on ne peut le peindre, fat pourtant contemplé de sang-froid parle parti qui s'attribuait déjà les bénéûces de la victoire remportée sur une partie du peuple de Paris. On vit les calèches du faubourg Saint-IIonoré et de la Chaussée-d'Antin, mêlées h celles du faubourg Saint-Germain , conduire les nobles dames de ces faubourgs et les baronnes de la finance sur les points où les traces du combat étaient plus saisissantes, afin de procurer à l'aristocratie des émotions dont la pudeur publique fit promptement justice. Ce Longehamps h la colonne fut hué. Hélas! ceux qui cherchaient ainsi les récréations de la cour de Charles IX, en auraient trouvé de plus touchantes à la porte des hôpitaux et des nombreuses ambulances où se pressait éplorétf une foule de femmes et de filles du peuple, dans l'espoir de
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au milieu de la tourmente !
Quand, ce *j/i'on i^pelL^ les blutes danses d« la, vtfàélé doajiaient aJBU les eseipplea les plus penjicieuf d'iniKjnq'lHiiltfr et d'incUfférence snç lea.i|i4lheu^ pubUcs. U J\éit^ ^ ^ftftpr nantque lootce qui peo^itet agissait sous^leiiJr ijVLpF^J^ûîA^oQit ^ne loi, ^ 8« montra dur et impitoyable epxers,le8^vii^ijg^i;p4.9ii vit alors sovtii- de dessous tçrre, qo mine Im t/sq^^ ^P^^b. X^r rage. de& mUliera de^utien» de l' ocdre qu on, o,' k^ nulj/m^ i^pecçua durant la Ijvtle. Ces homiqea, habituée h, yjjhstijtyr i.la noble p^^on du Ij^içapu^Ucetde r^nroaoi^é Ijonr^ pii|- ^1(8 piiiyées, Içura \^ifge«pii^,persoAn^es, leur» jfiloifHâ^di» méti^eit.de.boutiq^ï), Ifluris va^Kânâs électorales,^ B4.p^pa|i4i^ Knt, cçmnie uq essai^ ipalfaisant , dans les. quA):tipn|, oif, i^ u'avaienlpaa osé Be.inoatnT Iftrstpe lescQupa dft&uîJLajiQth' saient entendre ; çt 14. gisant h la fois les ignobles métiers 4fi délateuics, de sbii;es, et| souvent de bourreaux, ils dopuèreot im nouvel élan aux dénpnciations, permises peut-être dans la chaleur du combat. Ces hoinnies, que les vrais braves n'avaient point vus à leurs côtés , en face des barricades ; ces hommes aussi làphes.que nuisibles commirent à eux seuls ou firent commettra cent fois pli^s. d'actes anhitraires, cent foisplusd'arrestations illégales, que no s'en étaient peomis ceux qui avaient TU Ip danger, de près, ..^i^)" fove.ur. de l'état.de siège, et lorsque le pouvpir, çntraJn^: PiU't '^ é^v^n^menf^, ne pouvait pas avoir 1,' œil, partput. plns.de dix, mille citoyen?, furent ain^ arrêtés par les. organisateurs, de \tçrreur blan^, et, jptés péle-méle avec ceiix-li que. le . gouvernement voulait seuls atteindre. Noos a^Aq9.Tuet^feqdM( de nps.propr^ yeux, de nos propres oreille, qit^lqpes-uns de ces braves du lendemaiD* de ces. riptJtlicaim li,QTmi(et etmodirét, exciter, les .gardes nationaux de leur cntorie, de Içur voisinage, aller reprendre, dans la. maiaoa 4'ai^t, dQnofobronifir'iWin'Ufn'^qiii s'y. trouvaient, pqur les
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eonduire^ au bord de la riyière et les canarder sur la berge ! 1^ ces prétendus prisonniers otaieat de jeunes ouvriers, des artistes ino(refisi&, des hommes d'intelligence, les propres voisins , les connaissances de ces gardes nationaux , qui les avaient arrêtés de leur autorité, quelques heures auparavant, sous les préte&tcs les plus futiles; car ces prisonniers demeuraientdans un quartier loin de la lutte ; ils y étaient restés tout le temps du combat, et aucun d'eux n'avait ni pris le fusil comme insurgé , ni travaillé à élever aucune barricade ; seulement ils étaient connus comme républicains delà veille I Ajoutons à ce &it patent, qui serait aujourd'hui encore attesté par cent témoins . que si ces misérables eussent trouvé la moindre faiblesse dans l'autorité locale, les malheureux détenus eussent été impitoyablement immolés. Le lendemain, ces mêmes monstres 86 vantaient publiquement d'avoir fusillé et jeté dans le fleuve pendantla nuit quelques autres prisonniers. C'étaient ces bouri)eaux qjui répétaient encore, le 28 et les jours suivants, tous les odieux récits que la postérité lira avec douleur dans les feuilles réactionnaires ; c'étaient eux, leurs femmes, leurs portières, qui exagéraient encore ces mensonges si propres à exciter les vainqueurs contre les vaincus.
PT.oublions pas de faire remarquer que lorsque ces calomnies eurent été irrécusablement reconnues fausses à Paris, les mêmes voix qui les avaient publiées dans la capitale, ne les firent pas moins circuler dans les départements. Là, les moyens de contrôle manquant presque toujours, il devenait d'une extrême facilité de faire adopter comme vraies par les hommes simples des campagnes ces relations infernales , quoique la plupart fussent absurdes. Aussi, combien n a-t-il pas fallu de temps pour que la vérité se fit jour dans les départements! Et n'est-ce passons l'influence de ces calomnies que 83 firent les. déplorables électioAS que la France subit enoona.!
Les hommes qui cherchaient à déshonorer le parti républicain nous montrèrent alors toutes les ressources de les imagination, et k défaut de délicatesse, ils firent preuve d'une déplorable habileté.
C'est ainsi qu'après avoir successivement usé la fable de IVnr et des billets de banque trouvés chez la plupart des insurgés» les royalistes passèrent & un autre ordre de caloninies, tonjours plus odieuses les unes que les aulres. On avait vu, criaient-ils, des ouvriers, des insurgés, décapiter les prisonniers, couper les poignets & tel officier, scier entre deux planches tel mobile, verser de l'huile bouillante dans le gosier de tel capitaine, pendre par douzaines les soldats de tels corps, enduire de résine et mettre dans un four tels autres; on avait vu sur les barricades de la Bastille des tètes coupées éclairant, en guise de lampions, par les matières grasses répandues dans la bouche des victimes ; on avait vu des femmes mutiler les prisonniers de la manière la plus barbare et la plus indécente ; on avait reçu les aveux les plus complets de Yhœrihle homme babillé en femme et de ïinfemale femme déguisée en homme, lesquels avaient pris ces déguisements pour mieux exercer les vengeances les plus barbares sur les mobiles : que n'avait-on pas aperçu, entendu, vu, en détournant les yeux et en se cachant le visage? On avait vu encore dix mille, six mille, trois mille forçats libérés, dignes auxiliaires des ouvriers insurgés, se livrer sans aucun frein è l'assassinat, au pillage, au viol, è Tincendie, au sacrilège; et lorsque les effets que les meneurs attendaient de ces abominables inventions, eurent dépassé leurs espérances; lorsque, par ces calomnies, ils eurent amené tout à de si déplorables représailles; lorsque enfln un cri général d'indignation Gt recourir aux investigations les plus minutieuses ; lorsque ce cri eut forcé certains journaux h reconnaître qu'ils avaient été trompés, on vit alors les falnrioants de ces horrifalea nou-
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f elles recourir h d'autres moyens de même nature et les propager avec la même impudeur.
Après la lutte et durant plusieurs jours^ on ne lut dans les journaux contre-révolutionnaires et on n'entendit raconter que des empoisonnements ou des tentatives d'erapoisonnoroentsur des soldats et principalement sur des gardes mobiles. Ces jeunes gens étant tout à coup devenus les idoles des royalistes, hommes et femmes, les feuilles de ce parti se plaisaient à enregistrer les attentions et les ovations dont ils étaient Tobjet. « Mais ils doivent se métier d'abominables tentatives, ajoutait le Constitutionnel. Des bruits d'empoisonnement ont couru, et la police a fait prévenir les bataillons, par l'organe de leurs che& , d'avoir à se méfier des verres de vin qui leur sont offerts par des inconnus. En les acceptant imprudemment, nos jeunes défenseurs courraient le risque de succomber sous l'infernale méchanceté de$ barbares qui nont pu le$ vaincre » .
— « Une vive émotion régnait au coin de la rue du Temple, à six heures; raconte encore la même feuille dans la journée suivante. La pharmacie située à l'entrée de cette rue était entourée et cernée par la garde mobile : un soldat de cette garde venait d'être amené chez le pharmacien, où l'on espérait lesauvcrd'unempoisonnemcntdontcejeunemilitaireclait victime. Des recommandations ont été adressées à tous les chefs de la mobile pour prévenir les cruelles vengeances que l'on attribue aux vaincus échappés des mains de ces courageux enfants de Paris. »
— <( n est malheureusement indubitable, ajoutait le journal ayant pris pour titre le mot Providence, que de l'cau-devie empoisonnée a été vendue sur plusieurs points à la garde nationale, à la garde mobile et aux troupes. Déjà des journaux ont signalé des faits de œ genre sur le Carrousel et dans les environs de faaBemblée nationale. Hier, dans les environs do
PantiiéoD, nous avons yu trois gardes mobiles tomiier^ {irbde convulsions et de souffrances horribles^ après avoir bu def eaa"» de-vie qui leur avait été vendue par une femme en neîr qu'on n'a pu retrouver. »
Ecoutons encore, à ce sujet, la feuille intitulée le Drapera national , proche parent de feu le Drapeau blanc ; rien ne manque aux faits qu elle raconte et aux détails dont elle les accompagne :
« Les empoisonnements se joignent aux autres genres d'assassinat. On a déjà signalé plusieurs de ces crimes; chaque joor on en annonce de nouveaux. De misérables femmes vont vendant du vin ou de l'eau'-de'-vie empoisonnés. Hier, dalis la me Saint-Dominique , au Gros-Gaillou , une de ces odieases créatures insistait tellement en offrant sa marchandise k des gardes mobiles, que ceux'-ci en conçurent des soupçons : le vin fut anal)^ ; le poison y fat reconnu en forte dose. La mégère se mit alors à vomir d'affreuses imprécations, è se vanter de son crime ; tel était son paroxysme de rage, qu il fallut la lier (^).
« Par malheur d'autres ont mieul réussi. Plusieurs mobiles et autres militaires ont péri de la sorte. On cite aussi un pauvre tambour des gardes nationales d'Indre-et-Loire.
« L'empoisonnement se pratique aussi avec des dgaren, que des marchands vont offrir aux soldats et aux gardes nationaux. A peine ces cigares sont-ils dans la bouche que leurs effets meurtriers se font sentir.
« On frémit à cet épouvantable excès de scélératesse! »
(') Le fait annoncé comme ayant eu lieu au Gros-Caillou fut l'objet de plusieurs versions racontées tour à tour par la Patrie, le MessageryCic; mais comme les. mcntcui'soiit de la peine à se mettre d'accord, chacune do ces versions se trouve être Itillcnienl difi'érente qu'on no sut plus au juste quelle étsiit la vrnio ou auj moins l'originale. Suivant la Pairie^ c'était un homme qui empoisonnait les miii4 tuires avec de l'eau-de-vie. Lo Messager uflirniait que la fi'mme uinenoo a l'as-' geml)lée nationale était une vminc/<Vre armée de dtMix pisU)l<»L*j. Nous allons voir oomment une note officielle en a [>arlé en dernier ressort, '
— - tcTiB fait de tentatives d'empoisonnement par quelques can^ '; tinières, affirmait à son tour Y Univers religieux, parait malheureosement hors de doute. On cite, par exemple, un des gardes nationaux arrivés deClermont-sur-Oise, M. Pouillade, de Pont- Saint-Maxenee, qui, après avoir bu un petit verre d* eau-de-vie, aétéprisde vomissements offrant tous les symptômes de Tempoisonnement. Nous sommes heureux de pouvoir ajouter que de prompts secours ont mis ce citoyen hors de danger.
« Ce soir même, disait encore la même feuille, les compagnies de garde nationale qui se trouvaient sur le quai d*Orsay ont été averties que des cigares qui venaient de leur être vendus paraissaient empoisonnés. »
Enfin, et pour compléter dignement cette nouvelle série de crimes imputés aux insurgés ou à leurs amis politiques, la Patrie racontait un trait propre à mettre le sceau à ces calomnies placées à Tordre du jour par les royalistes :
« On nous annonce un fait que nous ne voudrions pas croire, disait cette feuille le 3 juillet : c'est qu'on a trouvé des traces d* arsenic dans quelques paquets de charpie envoyés aux ambulances. »
Quelques jours avant, le même journal la Patrie et les autres feuilles réactionnaires affirmaient que les balles extraites des blessures reçues par la garde nationale , la garde mobile et la troupe, étaient ou fondues avec des morceaux de cuivre mêlés au plomb, ou d'une conformation qui les rendait mortelles; ou enfin empoisonnées.
Comme on le voit, rien no manquait à ces odieux récits tant circonstanciés et si impudemment affirmés. La population, l'autorité ne purent faire à moins de s en etfrayer. Des juges d'instruction furent chargés de commencer les informations les plus minutieuses; des chimistes en renom s'occupèrent d'analyser les matières dénoncées comme coutenant du poison.
TOMl w. fi
vit dans la nécessité de porter sur ces bruits alarmants pour la cité, on lut dans tous les journaux de Paris la note sni* vante, qui leur fut communiquée officiellement :
« Quelques journaux ont annoncé que plusieurs femmes avaient été arrêtées au moment où elles vendaient aux soldats de r eau-de-vie empoisonnée. Il est vrai que les arrestations dont il s agit ont eu lieu; mais il faut ajouter que 1* analyse à laquelle il a été procédé par M. Pelouze, a constaté de la manière la plus formelle qu^il n'existait aucune substance vénéneuse dans Teau-de-vie saisie.
« On a aussi annoncé que, le 27 juin, on avait arrêté une vivandière accusée d'avoir vendu de Teau-de-vie empoisonnée dans le quartier du Gros-Caillou ; que cette vivandière a opposé la plus vive résistance; qu'on ne lui avait pas laissé le temps de faire usage d'un pistolet, etc.
« Cette femme, ajoutait la même note, n'était pas une vivandière; elle ne vendait pas de Teau-de-vie, elle était ivre.
« Il est faux aussi que depuis la fin de la lutte il y ait eu un seul prisonnier fusillé.
4( Les derniers jours que nous venons de traverser ont été signalés par trop de douloureux événements pour qu'on ne soit pas heureux de démentir de pareils faits. y>
Nous trouvons encore dans un rapport extrait du Moniteur et adressé à M. le maire de Paris par le chirurgien en chef délégué à l'ambulance de l'Assomption, les démentis suivants donnés aux journaux réactionnaires :
€ Dès les premiers jours de l'insurrection, des accidents fréquents et souvent très-graves, survenus après l'injection d'alcool distribués dans les rues par des marchands ambulants, ont éveillé l'attention, et bientôt la rumeur publique les a iait attribuer à des tentatives d'empoisonnement.
« Un grand nombre de blessés nous sont arrivés dans un état d'exaltation étrange ou de prostration simulant une
I ivresse dont les caractères iasoHles nous ont frappé. Quel-
ques-uns offraient tous les symptômes d'une attaque de cho léra; d'autres étaient en proie à un délire dont la durée et la Ihito des idées simuluient l'aliénalion mentale.
« Toute noire attenlion s'est alors porlée sur les llquennvendues dans les rues. IVous avons reconnu que les boissnas désignées sous le nom d'eau-de-vie ne contenaient qu'une trèa» petite quantité d'alcool, étendue d'eau, mélangée avec oSm liquide acre et inodore, et colorée par une décoction de Iw ou de tabac.
« C'est à cette dernière substance, agissant sur des individo» plus ou moins privés de nouniture et sureicilés par l'ardeup du combat, qu'on doit attribuer l'étrange fureur de quelque! combattants et les actes de barbarie dont Paris a été atlristéb. C est là, sans doute aussi, une des principales causes de ces déplorables accidents, de ces morts subites dont la population, s'est émue et qu'elle a crues le résultat de crimes sauvagflt et prémédités.
« Nous appelons l'attention de l'autorité sur les falsifications qu'on a fait sabîr à des boissons dont la consommation s'est considérablement accrue, et dont l'usage, même modéré, qu'en peuvent faire des personnes qui n'y sont pas habituées, n'est pas sans danger. Nous serions heureux, citoyen maire, que notre mission temporaire nous ait mis i même de concourir i détraire d'odieux soupçons que, nous le répétons, lien n'est venu justiQer.
Paris, 29 juin 1848.
« Signé : Docteur HËRAU. »
Tant et de si positifs démentis officiels ou autres forcèr^U le journal la Providence k revenir sur la plupart des noavelles qu'il avait fait circuler au sujet des prétendus empoisonn»ments. La vérité lui arrache les désaveux suivants :
rv
€ Nous avons annoncé hier qu'une instruction se poursui- Tait au sujet des bruits d'empoisonnement qui ont été répandus dans le public. Déjà de F eau-de-vie analysée par M. Pelouze s'est trouvée aussi pure que de 1* eau-de-vie ordinaire. Des matières de vomissement de deux gardes mobiles analysées par MM. Flandin, Chevalier et de Morlac, chirurgiens de la garde mobile, ne contenaient aucune trace de poison. Les deux jeunes gens, du reste, qui avaient éprouvé ces vomissements, étaient rétablis peu de temps après. On ne peut trop se mettre en garde contre tous les bruits que Ton fait courir. Le juge d'instruction Filhon est chargé de continuer l'enquête qu'il a commencée. L'opinion publique sera donc bientôt complètement éclairée, et justice sera faite ou des coupables, ou de soupçons trop odieux. y>
Voici maintenant le journal la Réforme, que l'indignation arrache enfin à un mutisme trop justifié par les circonstances.
c On fait, depuis quelques jours, dans certains journaux, un commerce indigne de chroniques hideuses, s'écrie-t-il. Ainsi le pistolet et le poignard sont des expédients déjà trop vulgaires; l'empoisonnement joue un rôle plus varié; il se multiplie sous toutes les formes. Ici, ce sont des femmes vendant de l'eau-de-vie empoisonnée ; là, des marchands de vin qui veulent faire périr par le poison les défenseurs de Tordre; là encore, des inconnus offrant aux soldats des cigares vénéneux, dont ils éprouvent instantanément les effets meurtriers. Mous ne parlerons plus des mutilations, des têtes coupées, vengeances atroces, dont la fréquente répétition doit peu étonner de la part de gens qui avaient organisé le pillage et le t;toI.
« Sur chaque prisonnier, qui ne le sait? on a trouvé des preuves de cet acharnement impitoyable. Avant toute chose, dit-on, les insurgés voulaient tuer. La balle simple, la balle mâchée elle-même, projectiles ordinaires, ne donnaient pas la mort assez sûrement. Des morceaux de cuivre oxidé, ou.
qui avaient le fusil à la main s'étaient si facilement habitués. Tant de jouraux affirmaient ces faits en les amplifiant, en les revêtant de toutes les formes que pouvait leur prêter T imagination des rédacteurs; tant de gens avaient intérêt à répandre ces bruits, à leur donner toute la consistance nécessaire pour pouvoir être considérés comme vrais, qu'on ne doit pas s étonner des déplorables succès qu'obtinrent encore les ennemis du peuple. Soit par méchanceté intéressée, soit par faiblesse d'esprit ou autre cause inhérente à la crédulité humaine, on ne rencontrait que des citoyens et des femmes affirmant avoir vu tomber des mobiles empoisonnés, certifiant les avoir relevés, secourus, conduits aux hôpitaux. La moindre indisposition naturelle que quelqu'un de ces jeunes soldats ressentit après avoir bu du vin ou de l'eau-de-vie (et ces vainqueurs en burent beaucoup trop après leurs fatigues] , la moindre nausée d'indisposition , le moindre étourdissement que leur procurât l'excès du tabac, étaient aussitôt considérés comme des empoisonnements irrécusables ; la foule entourait aussitôt ceux qui tombaient et ceux qui se tordaient u la moindre colique, et alors malheur à la vivandière ou au débitant qui leur avait versé le dernier
(1) Dans cette circonstance si critique pour elles, ces malheureuses vivandières furent en butte à toute sorte de mauvais traitements ; toutes les feuilles de la réaction, y compris V Univers religieux^ les ayant accusées d'une foule d'empoisonnements. L'autorité elle-même les avait mises en état de suspicion légitime» et plusieurs chefs de corps avaient mis à l'ordre du jour la méfiance générale contre ces pauvres femmes. Tout le monde connaît l'histoire de cette Tivandière accusée de vendre de l'eau-de-vie empoisonnée, et qu'on allait passer par les armes, lorsque deux représentants du peuple la sauvèrent en lui appliquant la loi du talion. L'un de ces représentants, le citoyen Sarrut, ne poudrant dompter rexaspération de la foule, dit à cette malheureuse : c Si tu as empoisonné les défenseurs de la patrie, tu n'es pas digne de périr par le for, mais parle poison I Avule ta liqueur! » Et la pauvre vivandière, dit un journal pea suspect, saisit avec empressement ce moyen de salut. Mise en liberté, après
4it -^ ****■ oùli^ti de l'exaspération produite par tons ces r6- ^^a^MUi^ [Mr li>ule» ce< horribles accusations lanoées contrfi ■ kl citoyen Méaulle parut à la Irihuoe pour préttào la commission désignée ad koc, le ropport A attendu par le parti de la rigueur, sur le pmjet •itkiiÀ ili ■iepurtdtion. Toutes les tribunes publiques et privées liteini' '.ii.-lusivemenl remplies de gardes nationaux et de miliiMN»- ^ \uuWs armes. Les vainqueurs étaient doue louii prér^ttU^"* ^^^ siéance qui allait décider du sort de tant d'hommes tlpiwMvs à b cause de la révolution, du sort de dix mille famil- ^^iM-vMiu« toutes infortunées : les vaincus y trouver >nt-iU quel- .|mi.- tL-Lt-i anik ! scra-t-i) permis de parler de miséricordel IIkImI Ia commission a déjà cru devoir être plus rigoureuse iMj^fe Mouvoir exécutif: le projet du gouvernement a subi, m^lK mains de cette commission, de graves modifications ('^
V^at ^ |>uiMn, olle rejoignit le régiment île dragons auquel elle appaneoul -• iLucaiiiiiiiiire Louise Davenne, qui avait accompagné le délachetneni de ■WnV nitliuiiele île Buaiivaig, racoDtail bumî In journal la République, raillitein yuiWuv ili'ii bruits cl'empoi&oriricrnent répand us, par la ma Iveil lance. Euvuyéf par ^gik lAïuipairiulm cUez uu uihivIihuiI lie fiijueuns liuul 'h uiuiVju cuut uccupec par ^ ^nle iiatiouale de Paris, el qui offrait ainsi toute sécurité pour le renoanlkMWwl de sa provision, elle tomba entre les mains d'autres gardes nationam «j^ttai^nS* p»' I^B récits qui circulaient. L'uo d'entre eux lai posa te pistolet aar tk |H>iiriiie. Heureusement pour cette femme, elle portait inscrit sur aou chapeaa V4V« le uoni de la ville de Beauvaû. Un maréchal des logis du 2* de dragooi tV)<vrvut lorsqu'elle se déballait entre quatre hommes qui voulaient lui Taire m tMWi> psrti : ce niililaire s'élança au milieu de ces Turieui, en criant : < le VwnuaM cette Temme-là, elle est de Beauvais, je m'en charge. » Et il larecMidaint ^•nn dùlachemenL
Ou pourruit citer une inGnité d'aulrea eiemples des dangers que coururent la HUl»l>rauKs cantinières à la suite dea troupes. Et pourtant on u'a jamais pa |ltrveniri> préciser un cas d'empuiaonnemcutqui n'ait été irrécusablement di-
UH-llli.
(■) La commission saisie du projet de loi sur la déportation des insurgé>,ia oonipotaiidea citoyens Stourm.Baroche, Bavoux, Vivien, Coratli, Héaulle, Juki fwyn, Lignier, Billaut, Detouche, Nachet, Gusuve de Beaumont, Laboitsièrt, lUtuber, Laboulie. La grande majorité y était évidemment réactionoaira.
elle a pensé qu*il fallait établir une différence entre les insurgés qui avaient été entraînés et ceux qu'on reconnaîtrait coupables au premier chef. Mais ne la félicitons pas, au nom de T h amanite, d'avoir établi ces catégories! La sévérité du projet primitif n'y perdra rien; la commission propose toujours la déportation, dans les possessions françaises autres que celles do la Méditerranée, pour tous les individus pris les armes à la main dans les derniers événements; seulement elle distrait de ce commun des martyrs tous ceux qui auraient distribué de T argent, exercé quelque commandement en un mot, qui seraient. reconnus avoir eu une influence quelconque sur l'insurrection ou sur les insurgés. Pour ceux-ci la déportation outre-mer est considérée comme une mesure trop douce ; ils devront être jugés par les conseils de guerre, qui, en vertu du code pénal, pourront les condamner aux peines infamantes les plus dures, depuis la détention jusqu'aux travaux forcés à perpétuité, jusqu'à Féchafaud ; car les conseils de guerre s'arrogeront le droit de rétablir la peine mort pour cause politique, si cette peine, abolie par la révolution de février, leur parait avoir été encourue par quelques-uns des insurgés.
a Nous avons cru que dans une période révolutionnaire, dit le rapport, il fallait faire taire la légalité pour sauver la patrie, pour sauver la république ; nous avons cru qu'il fallait que la loi se tût, et que tous ces hommes qui ont déclaré la guerre à l'ordre fussent expulsés de là capitale dans l'intérêt de l'ordre, sans lequel il n'y a pas de liberté. Mais nous n'avons pu perdre de vue qu'il y a plusieurs degrés de criminels parmi les combattants: ceux qui n'ont été que des soldats ne doivent pas être traités comme chefs. Nous avons donc traduit devant les conseils de guerre ceux qui avaient commandé, et surtout ceux qui avaient distribué de l'argent. En cela nous avons accompli un devoir ; autrement on aurait dit : Vous n'avez pas le courage de venger la patrie. »