‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 13 sur 38 · TOME IIL · texte numérisé non relu

TOME IIL

En écontant ce rapport, que les réactionnaires de ràssemnlée et des tribunes applaudirent vivement, un frisson mortel saisit les membres du côté gauche : ils virent la terreur blanche eih yeloppantla France entière. Quelques-uns demandaient la parole, lorsque le général Cavaignac se précipita à la tribune.

« Si j'ai bien compris le citoyen rapporteur, s écrîe-t-il , il semblerait que la commission s'est trouvée placée entre deux propositions extrêmes : l'une toute de modération, qui serait Ta sienne ; l'autre de rigueur, qui serait la mienne. Après les trois conférences qui ont eu lieu entre la commission et le poOfvoir exécutif, je m'étonne d'entendre émettre cette assertion ; f en appelle k tous les membres de la commission. L'assertion du rapporteur, que j'avais prescrit immédiatement des ordres sévères, m'étonne également. La résolution du pouvoir exécutif de traduire les insurgés devant la justice militaire n'est que I exécution stricte de la loi. Je ne comptais pas monter à cette tribune, mais, puisqu'on m'y amène, eh bien, je le déclare, une expression se trouve dans le décret qui y a été introduite après avoir consulté le pouvoir cx^cuf*/" (s adressant au citoyen MéauUe, rapporteur), et je dois m' étonner, citoyen rapporteur, qu'on me prête une opinion qui n'est pas la mienne.... Nous faisons deThisloire; chacun de nous y joue son rôle, et ne doit porter la responsabilité que de ses actes et de ses paroles. Je suis disposé à croire que la mémoire du citoyen rapporteur le sert mal ; mais je dois insister; car, dans l'histoire, une virgule mal placée a son importance.

« Je repousse donc de toutes mes forces, concluait le général Cavaignac, l'attitude que je déteste, l'attitude d'un homme qui se serait montré plus sévère que l'assemblée, que la nation tout entière. »

On devine l'effet qu'aurait produit dans toute autre circonstance une déclaration si explicite qui renvoyait aux impitoyables de la commission l'échelle ascendante de rigueur qu'offre

^D projet de décret. Le citoyen Héaulle se borna k répondre qu'on l'avait mal compris, qu'il n'avait pas attribué au chef du pouvoir ou k son influence les dispositions pénales aggravantes ; qu'il s'était attaché à indiquer les deux systèmes surgis au sein de la commission ; l'un légal, l'autre en dehors de la légalité.

— « Tout ce que j'ai proposé, interrompit brusquement le chef du pouvoir exécutif, a été atténuation. »

Or, il était facile de se convaincre que la majorité de la commission ne s'était nullement attachée à ces moyens atténuants; au contraire, elle s'était montrée d'une excessive sévérité, et le laconisme du décret proposé par elle ne laissait pas même la place pour l'un de ces amendements qui ouvrem toujours accès à ratténuatîon. Il n'était venu à la pensée d'aucun des rédacteurs de cette loi qui allait frapper en masse tant de pères de famille, tant de bons ouvriers, tant de citoyens français, qu elle pût être adoucie de plusieurs degrés lorsqu'on rappliquerait indistinctement et k l'insurgé qui avait gardé son fusil jusqu au dernier moment, qui s'en était servi sans discontinuation pendant toute la durée de la lutte, ou bien à celui qui l'aurait déposé à la première lecture do la proclamation du général en chef, et encore à ceux arrêtés parce qu'on les aurait aperçus portant, de gré ou de force, leur contribution de pavés à la barricade en construction. L'équité voulait qu'une loi de l'importance de celle dont l'assemblée nationale était saisie, fit elle-même la part de toutes les circonstances atténuantes qui se présenteraient en foule, et surtout qu'elle s'expliquât franchement à l'égard de ceux des insurgés qui avaient renoncé à continuer la lutte à la suite de paroles de conciliation qui leur auraient été portées, ou en conformité do conventions conclues sous la foi des proclamations. Tous ou presque tous les ouvriers et insurgés quelconques du faubourg Saint-Antoine étaient dans ce dernier cas. Malgré les bulletins

Iques chefs, personne ne ponTsit donter

atairement déposé les armes. Le vainqueur

nt se montrer équitable envers ces der-

I pas mériter le reproche d'avoir confondu,

Jilé également rigoureuse, tous lesdegrésde

nines que sa lui allait punir eïtrà-légalement.

wrleur l'avait avoué ; le projet do décret n'avait

I smir rien de légal , rien d'équitable ; il ne s'agis-

V jicJtce, il s agissait de vengeance ; et, sous prétexte de

àf«frtV. les réactionnaires, tous les ennemis du peuple

iOt à l'assemblée , voulaient ruiner à tout jamais la

I française, et, par elle, toutes les démocraties euro-

■ t|ael empressement les membres réactionnaires met- ^ ititcr cette loi, qui doit dépeupler les qunrtiersdémocra- ^ Ui capitale de la république, et laisser aux royalistes le plibre pour les prochaineséleclions ! « Le voted'urgencel ^Mvni'O ! ne cessent-ils de crier. — « Votons sans désempa- 1^, » elame le côté droit. » — Et lorsque le côté opposé deitAttiloqu'on ne saute pas à pieds joints sur toutes les prescrip- ^vH-i du règlement ; lorsqu'il demande, par l'organe de Martin JySlrasbourg, que le rapport soit imprimé et distribué, le ci- ^n^ii Barocbe déclare ia question tranchée par le vole qui a (i(4clé le renvoi dans les bureat\x. C'est vainement encore que les («loyens Pascal Duprat et Flocon supplient l'assemblée, au nom ^t leur conscience, qui n'est pas encore éclairée, de prendre le Kunps moral pour méditer une pareille loi,

a L'ordre social a été menacé dans toutes ses bases, leur répondent des voix de la droile ; il est nécessaire de donner aux iiabilonts de Piiris, aux gardes nationaux, à la France entière, un p^ë*^ "^'"^ sécurité ; il faut lo donner immédijtiement. n

Et la majorité vote le renvoi de la discussion^ une séance de nuit, qui commencera quelques heures après.

Lorsque la délibération fut reprise au milieu de la même affluence de gardes nationaux, le président venait d'apprendre la mort de F archevêque de Paris et du représentant Charbonel, blessés tous deux, comme on sait, F avant- veille à la Bastille. L'impression que produisit cette communication fut telle que bien des membres ôtèrent la parole au citoyen Sarrans, qui commençait à parler sur le décret : « Pas de discussion ! » s écrientils. — <( Puisque l'assemblée ne veut pas m'écouter, dit alors l'orateur, je renonce à la parole. » — ut En présence de ce qui vient d'arriver à notre collègue, ajoutèrent d'autres membres du côté gauche, nous renonçons aussi à parler. »

Déjà l'on demandait que la délibération fût close, lorsque le citoyen Pierre Leroux parut à la tribune : on le laissa parler par curiosité plutôt que pour s'éclairer; car le côté droit avait ses convictions formées* à l'avance, et. pour rien au monde il n'eût voulu laisser perdre une aussi belle occasion de frapper ses ennemis.

a Depuis trois jours, dit Pierre Leroux, nous vivons dans une sphère d'agitation. Des passions, toujours des passions, et pas un mot de religion, pas un mot d'humanité 1 Ce n'est pas ainsi qu'une assemblée peut délibérer ; l'âme humaine ne saurait tenir à de pareilles émotions. Vous voulez faire des révolutions précipitées? Permettez-moi de vous le dire, vous n'étudiez pas les questions.... Il n'y a pas moyen de parler sérieusement au milieu d'une assemblée qui ne montre pas de sagesse dans ses délibérations. )»

 ces derniers mots, les réactionnaires se considèrent comme insultés, et insistent pour que l'orateur soit rappelé à l'ordre.

a Soit ! répond Pierre Leroux, la conscience n'a donc qu'à se taire.

a II eût été cependant plus logique, que la commission d'en-j quête fit son rapport avant la présentation du décret ; car on a^ parlé de bonapartistes, de légitimistes, de bien d'autres encore.

et nous sommes obligés de nous prononcer sans connaître ha causes dé cette terrible insuréctioni

« n y a urgence, dit-on, soit ; mais du moins invoquons Dieu, et prions-le de nous guider en l'absence de la logique. Nous sommes obligés de délibérer sans savoir les causes. La commission d*enquéte n'a pas fait son rapport, et nous sommes obligés de délibérer I Oh ! citoyens, songez-y, songeons-y tousl

« Voyez combien ces questions sont graves. D s'agit déjuger sans juger. Mais au moins jugeons de la manière la plus démente. JTai lu dans la salle des conférences de belles paroles d'un monarque clément pour son peuple. Que lA république ne se montre pas au-dessous d'un roi : l'Evangile vous commande la douceur, la mansuétude !

« On invoque toujours la nécessité; il faut, dit-on, une mesure qui protège la société. Mais il faut que cette mesure soit un remède, et non pas une chose nuisible. Voyez cette Vitalité qui pousse F esprit humain I voyez où en est la vieille Europe, et demandez- vous où est l'homme assez fort pour mettre un frein à la fureur des flots. Dieu seul le peut, et Dieu est miséricordieux I i>

Le côté droit, qui avait déjà interrompu maintes fois ce qu'il appelait le sermon de Pierre Leroux, ne put plus contenir son impatience, lorsque cet orateur , abordant les questions politiques , se permit de dire que la république française devait durer, si on ne voulait pas retomber dans le chaos. Â ces mots, la droite éclata avec tant de violence que l'orateur fut obligé de renoncer a la parole. La clôture ayant été prononcée, on passa à la discussion des articles. Le premier de ces articles était ainsi conçu :

a Seront transportés, par mesure de sûreté générale, dans a les possessions françaises d'Outre-Mer, autres que celles de « la Méditerranée, les individus actuellement détenus qui ont

DE LA RÉVOLliTIÔN DE 1848. 199

« pris part à F insurrection du Î2 juin et jours suivants. »

La loi primitive , telle que l'avait proposée le chef du pouvoir exécutif , se trouvait toute dans les dispositions de cet article. Mais, ainsi que nous venons de le dire, la commission y avait ajouté un second article de la plus haute importance.

4( L'instruction commencée devant les conseils de guerre, « avait-elle dit, suivra son cours, en ce qui concerne ceux que « cette instruction désignerait comme chefs, fauteurs ou insti- « gateurs de l'insurrection, comme ayant fourni ou distribué « de l'argent, exercé un commandement, ou commis quelque « acte aggravant leur rébellion. »

On voit, par celte rédaction si simple, combien de précautions ceux à qui la transportation pure et simple ne suffisait pas, voulaient prendre pour qu'aucun insurgé influent ou réputé chef quelconque n'échappât aux douceurs de la juridiction militaire. Tout fut prévu par les réactionnaires, même le cas de la levée de l'état de siège. Ils se souvenaient qu en 1832, la levée de l'état de siège avait sauvé plus d'un républicain. Ce fut donc pour qu'un pareil scandale ne se renouvelât plus, que le citoyen Leremboure fit ajouter au texte de ce second article, ces mots : « Nonobstant la levée de l'état « de siège, x> après ceux-ci : « L'instruction devant les conseils « de guerre suivra son cours, etc. »

La loi de déportation ne fut point discutée sérieusement; le citoyen Caussidiè; c seul eut le privilège de parler contre les traitements réservés aux fondateurs de la république. Il le fit longuement, quelquefois avec bonheur, souvent en faisant crier les réactionnaires, qui demandèrent plus d'une fois le rappel à l'ordre de l'orateur.

Le citoyen Caussidière pensait qu'on devait aborder la question franchement, simplement, et sans se préoccuper des passions de telle ou teUe lésion qui avait souffert.

é Moi aussi je me rappelle avoir souffert» s*écria-t^u ; n ai -je

SOO HISTOIRE

pas en un frère percé de soisanle-quatre coups de baïooQetteet ' blessé de trois coups de feu ? on est venu s'acharner sur lui. Ai-je donc évoqué ces souvenirs? n'ai-je pas vu mon pauvre père souiTrir aussi toutes les douleurs de l'existence d'un honnête homme? Eh bien ! je viens dire ici, en deux mots, qu'il est de la dignité de la haute législation que nous représentons, de ne pas faire droit aux passions effervescentes. Vous auriez tous des mécomptes. Ne nous bâtons point de voter, je vous en conjure, citoyens, respectons

— « Quoi I » lui crie une voix.

— « Quoi ! reprend Caussidière, respectons la justice. Nous avons à trier ; il y a des coupables ; mais il y a aussi des hommes que vous frapperiez trop rigoureusement par les termes du décret proposé. Eh bien ! une bonne parole ce soir. Je se vous demande pas l'amnistie ; elle est impossible. Je ne vous demande pas que justice ne soit point faite ; je vous demande, au nom de l'humanité, qu'on ne puisse pas dire : « Si voua « ne déportez pas ces hommes, on les assassinera I »

« Citoyens, écoutez, reprenait Caussidière, après une vive interruption : Dans quinze jours, dans un mois, il n'y aura plus des insurgés ; il ne restera plus que des veuves, des orph» lins qui se plaindraient : il y aura des pères de famille qui manqueront.

(c Je ne veux pas faire pencher la balance, non plus, vers la clémence trop abusive peut-être, je le reconnais; mais, citoyens, qu'on se rappelle qu'il y a quatre mois le peuple était omnipotent; que celui qui pouvait avoir des vengeances à exercer était i la léte de ce peuple : il a tout mis, le peuple, dans le sac aux oublis ; il a tout précipité dans le fleuve du Léthé. ... Ce n'est point en agissant sous le coup de la passion, fébrilement, injustemeot, stupidement qu'on recommande sa mémoire. Il est impossible, citoyens, d'aToir de la logique lorsqu'on est monté par la colère Notre mission n'est pas i coups de

fasfl ; elle est législative, vigoureuse. Rappelez-vous qu'il y aura des femmes, des enfants sans soutiens, livres à toutes les horreurs de la misère ; rappelez- vous qu'il y a des hommes égarés. « Dans tout ceci, concluait Caussidière, il y a une haute question de moralité. Après une victoire remportée énergiquement, vigoureusement, remontez aux sources ; prenez quarante-huit heures, s'il le faut, mettez ces hommes en sûreté;

personne n'ira les délivrer; personne n'ira les assassiner. Ne croyez pas. qu'il soit besoin de gardes; il y a trop de loyauté dans la garde nationale ; il ne faut que le cœur des citoyens. Je ne me détie pas le moins du monde de telle ou telle légion ; les hommes de commerce , les hommes intelligents ne peuvent pas devenir féroces à un jour donné; ils peuvent être colères, frapper dans la chaleur du combat, mais voilà tout....

« Je conclus en demandant qu'une commission émanant de rassemblée nationale, soit constituée; que chaque homme soit examiné dans ses œuvres; qu'il puisse répondre catégoriquement s'il a été de son chef dans l'émeute, ou s'il y a été en-

trahié Nommez au moins parmi vous des délégués qui

viennent assister à la déportation que vous voulez prononcer; formulez un décret qui garantisse aux citoyens restants qu'il n'y aura pas une injustice, comme qui dirait un tas d'hommes jetés péle-mèle sur des navires ; car ils ne sont pas tous coupables. )>

Ce que le citoyen Caussidière demandait par la dernière partie de son discours était sans doute peu de chose; mais c'était encore beaucoup trop pour les contre-révolutionnaires; ils ne lui répondirent qu'en criant : Aux voix! aux voix! Cinq minutes après, le projet de loi était voté dans son entier.

A l'heure même où cette loi de vengeance était sanctionnée par la majorité de l'assemblée nationale, un événement affreux V sinistre augure du sort réservé aux vaincus , épouvan-*

tait la place du Carrousel en l'inondant de sang.

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Mtt HISTOIRE

Dki bttaillon de gardes nationanx d'Orléans et dn Loiret' chargé de garder les prisonniers entassés aux Tuileries, venait de recevoir Tordre de conduire à la caserne de la rue de Tournon un détachement de ces prisonniers. On forma aussitôt une escorte de quatre cents hommes , parmi lesquels se trou* vèrent des gardes nationaux de Lille, de Cambrai, et même du département de l'Eure, dort beaucoup portaient la blouse : les prisonniers que Ton devait transférer étaient au nombre de deux cent-vingt. La supériorité de l'escorte armée fit. diton, négliger la précaution image^ celle d'attacher les mains derrière le dos aux insurgés. On se mit en route entre onie heures et minuit. La grande grille étant fermée, le convoi fut obligé de sortir par le guichet du pont National, et rentra sur la place du Carrousel après avoir remonté les quais jusqu'i l'autre guichet. La colonne marchait silencieusement : elle se dessinait au milieu des lumières, comme une masse noire, compacte, propre à attirer l'attention des nombreux postes de gardes nationaux. Â la hauteur de Thôtel de Nai^tes , un coup de feu que suivirent immédiatement plusieurs autres, parut dirigé sur la colonne ; des balles sifflèrent en l'air. Le convoi fit halte ; les coups de feu continuèrent. On riposta par un feu de peloton. Mais les coups sont mal dirigés au milieu de l'obscurité; bien des hommes de l'escorte tombent péle-méle avec les prisonniers. Pour comble de confusion, les CQups de feu de l'escorte atteignent aussi les postes de g&rdes nationaux des Tuileries et du guichet de l'cchclle; ceux-ci se croyant attaqués ripostent; les fenêtres du pavillon de Flore • se remplissent d'hommes qui fcnl feu dans la direction du détachement d'escorte, qui de son côté se défend comme s'il était assailli d'ennemis. Cette luKe horrible dura assez lonstemps pour faire de nombreuses victimes ; et quand on vint reconnaître le lieu de la scène, on marchait dans le sang, on foulait aux pieds des cadavres et des blessés. Ceux des

prisonniers qui n'avaient pas été frappés s'étaient enfuis.

Mais ra]arme ayant été donnée à tous les postes des alentours, une centaine furent repris et conduits, avec les blessés, h l'ambulance ou dans les caveaux du Palais-National : deux ou trois furent même fusillés dans la cour de ce palais (*).

Quand le soleil éclaira ce sombre tableau, il fut reconnu que ce triste épisode des journées de juin avait coûté la- vie à six gardes nationaux, parmi lesquels se trouvait le commandant de Meung; que quarante-sept gardes nationaux avaient encore été ble.iscs plus ou moins grièvement par des coups de feu ; ]u'il y avait eu en outre cinq adjudants du palais ou militaires attachés h 1 etat-major tués. Quant aux prisonniers, le nombre des moits dépassait de beaucoup celui des blessés connus; quarante-huit cadavres, la plupart achevés h coups de baïonnettes, furent enlevés du sol sanglant. Il y eut en outre dixneuf blessés; soixante-dix environ avaient pu se sauver.

Pendant toute la journée, il ne fut question dans Paris que de Taflaire du Carrousel : elle fut complètement dénaturée par le parti contre-révolutionnaire. On accusa les prisonniers de s'être révoltés contre Tescorte . d'avoir terrassé la plupart des hommes qui la composaient en leur donnant des croc»^n-jambes, d'en avoir désarmé plusieurs et d'avoir ensuite tiré sur les imprudents qui, par humanité, avaient laissé aux insurgés la liberté de leurs actions. Les journaux de ce parti eurent une nouvelle recrudescence de fureur : les autres, ne pouvant démêler la vérité, se turent. Le National seul rendit un compte k peu près exact de ce lugubre événement, que Ton peut considérer comme l'épilogue du grand drame de juin. '

(*) Il laut lire les articles publiés dans la Vraie RépubliqM par le citoyen Perdigoii. l'un des blessés du Cirrousel, pour se faire une juste idée de a'ile horrible boucIxTie d'IiomnieSyCt dos traitements barbares auxquels turent ex* posés les prisonniers repris.

châpitrjs vil

I^ gteéral GiirBigiiM te démet de m IbseCionB de dietateor. — Intrigues pour poorrolr . M fOQTfreenienL -- La nnimoe da iVofiofiai lut de nouveau oonfl tif i oe général. — Conditions qu'y Aiettent les réactionnaires. — Démission en masm do ministère nommé par le eommission ezéootive. — * On Jette le Hnoeul sur les restes dn gouvernement provisoire et de la commission. — Le général Cavaignac, la garde netionalet l'armée, la mouUe et les autres généraux ont bien mérité de la patrie. ^ La gM du pouvoir exécutif désigne son ministàre. ^ H est formé d'hommes du NaiumaL

— Les réactionnaires veulent repousser le fils de Csmot. » Remaniement. — Le dloyen Marie élu président de l'assemblée en remplacement du citoyen Sénard. — Proolamatton au peuple français. ^Qualifications que Tony donne aux insurgés. — La terrible réalité. — Causée diverses de cette formidable insurrection, -r* Millions vo> tés focilement le lendemain de la victoire. ^ La démocratie,, saignée aux quatre meml)re8, se montre encore vivace. — Un se dispose à renvoyer chez eux les girdss nationaux accourus à Paris.^Revues du 28 juin et du 2 juillet.— Réflexions sur la présence de ces gardes nationales à Paris. — Vues qui dirigeaient le parti réactionnaire en les appelant. — Langage des feuilles royalistes des provinces. — Haines que ces feuilles portent à la ville de Paris. -~ Article furibond du Courrier de la Gironde contre cette ville. — Les royalistes travaillent à détacher les départements de la métropole.

— lis comptent sur les conseils généraux des départements. — Le gouvernement fiût avorter ce complot.

A la fin de la longue et triste séance de nait da 27, et au moment où fut votée la loi de déportation, aggravée par le renvoi devant les conseils de guerre de tous les insurgés exclus du bénéfice de la transportation en masse, le général Cavaignac, fidèle h ses engagements, était monté à la tribune pour s'y démettredes fonctions de chef du pouvoirexécutif qu'on lui avait confiées pour la crise.

« Uest indispensable, avait-il dit, qu'au moment où les cir-

constances qui avaient motivé votre confianee viennent de dis^ [Mtraltre, l'assemblée, dans une situation calme, pourvoie à une lituation calme eDe-mème.

« En conséquence, j'ai l'honneur d'informer l'assemblée que, demain matin, h l'ouverture de la séance, je remettrai en ses mains les pouvoirs qu'elle a bien voulu mqiconfier.

« Citoyens représentants, avait ajouté le général après avoir entendu quelques murmures bienveillants, mon opinion est qu'il faut qu'une république soit jalouse de son pouvoir, et il est sage que chacun témoigne ici d'une manière bien nette et bien précise qu'il n'est pas jaloux de le retenir. )^

Des applaudissements nombreux accueillirent ces paroles désintéressées et vraiment républicaines; mais quelques voix avaient fait entendre ces mots : « C'est trop tôt, général. »

Une foule de membres, parmi lesquels se firent remarquer quelques vieux républicains, entourèrent le chef lorsqu'il se disposait h sortir, et l'engagèrent è retarder de quelques jours la remise de ses pouvoirs extraordinaires.

En effet, bien des représentants sincèrement démocrates se sentaient séduits par le noble langage que ce général avait fait entendre dans ses proclamations, et, ne pouvant faire prévaloir les grands principes à l'égard du gouveriicMiient républicain, ils eussent encore mieux aimé avoir le lils du conventionnel pour chef provisoire du pouvoir exécutif, que courir les chances d'une élection que les opinions connues do la majorité eussent pu rendre plus dangoreus^^j pour la cause de la démocratie et pour les libertés publiques.

Comme on le pense, le reste de la nuit ne se passa point sans intrigues à co sujet. La nuance in^publicaine du National, le parti semi-girondin dont nous avons fini connaître les actes, et qui comptait diriger les affaires publiques sous le manteau du général, fit aboutir complètement dans son sens ce qu'on appelait la crise des portefeuilles. Il fut décidé que le général don-

206 HISTOIRI

neraît sa démission pour la forme ; mais qu'aussitôt après l'assemblée lui confierait de nouveau le pouvoir exécutif, avec le droit de nommer ses mmistres, en dissimulant cette autorités! étendue sous le titre modeste de président du conseil sans po^ tefeuille.

C'était exorbitai^ pour une république; mais cela allait pa^ faitcment aux habitudes monarchiques que bon nombre de représentants avaient contractées. Les républicains de la nuance du National devaient eux aussi trouver ces combinaisons excellentes ; car ils se montrèrent satis&its d* un arrangement qoi leur assurait la prépondérance dans les aCEaires publiques jusqu'à la proclamation de la constitution. Quant au parti révolutionnaire, il se sentait déjà impuissant au milieu de rassemblée, à cause des défections qui l'avaient amoindri ; les circonstances dans lesquelles il se trouvait, ne lui perraer taient pas d'ailleurs de s'opposer rigoureusement à ce qu'il pouvait à bon droit considérer comme une intrigue réaction* naire, comme un empiétement sur la souveraineté du peuple, de qui devait émaner tout pouvoir.

En eflet, à ce dernier | arti revenaient, au fond, tous le bénéfices de la transaction : il voulait bien appuyer le gouvernement du général Cavaignac et de ses amis, mais c'était à une condition qui aurait dû paraître fort dure aux anciens républicains de la rue Lepelletier : c'est qu il ne serait plus question de la république démocratique fondée par le peuple et acclamée parle gouvernement provisoire, qu'on lui substituerait insensiblement la république honnête des modérés, et que l'on déban*asserait les abords du pouvoir de tous les vieux républicains dont s'était entouré ce dernier gouvernement, et surfont des agents de l' ex-ministre de l'intérieur, Ledru-Rollin.

Ce pacte honteux, conclu à quatre mois de distance de la révolution démocratique de février, fut accepté, assure-t-on, sans trop de répugnance par les hommes qui avaient déjà in-

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trigué pour supplanter la commission executive (^). On fit entendre an général Cavaignac que l'ordre ne régnerait jamais en France tant que les démocrates exaltés et leurs amis politiques auraient un pied dansFetrier pour remonter au pouvoir; on lui prouva que la république qu il fallait h la France n était pas celle de l'anarchie, mais bien celle de Tordre, et qu'il élait urgent de remplacer les hommes trop avancés, les exjKjérés^ les utopistes, par des hommes d'ordre, par ceux qui se désignaient eux-mêmes comme les meilleurs républicains possibles, comme des républicains honnêtes et modérés. Le général , h qui l'on montrait la sédition permanente chez les hommes aux doctrines perverses, aux doctrines tendant k détruire la propriété, la famille, la morale des nations; à qui Ton faisait peur des nouveaux barbares, consentit à ouvrir la porte aux anciens serviteur de la monarchie, et à repousser du pied ceux qui avaient renversé le trône et fondé la république de 1818. Cest là la faute capitale qu on lui fit commettre, etquil commit sans répugnance, ne se doutant pas qu'il allait remettre tout on question, même la forme de gouvernement qui convient aux hommes libres, aux hommes de cœur et d'intelligence, le gouvernement qui l'avait lui-même tiré de la foule des généraux africains.

Quand tout fut ainsi arrangé contre la révolution et les révolutionnaires, sans s'inquiéter de l'avis jle ces derniers, que Ton considérait comme les vaincus, on fit dire aux ministres

(■) On lisait dans la Réforme du 30 juin les ligtit^s suivantes extraites du jour- Dcl V Union : elles étaient propres à jeter un grand jour sur les manœuvres de ^'flôicl-de- Ville contre le Lu\en)l>ourg. «

c Une dépùche télograpliique < > Paris, publiée par un journal algérien, VAk' ftar, annonçait, en catedu 15 juin, la démission de la commission executive, et •ou remplacement par MM. Marrasl, Bergirei Cavaignac. La lecture de cette dépêche, ajoutait VUnioti, a produit une certaine sensation k l'assemblée, et il pamit qu'elle doit être le sujet d'interpellations. •

BISTOIRE

lés par la commission executive que l'on allait se passer ur concours. Une démission on masse , fut donc en- , lemalin, au général Cavoignac, qui parut & la tribunedès

jverturo do la séance.

« Citoyens représentants, dit-il. conformément  ce qoejai l'honneur. de faire savoir hier k rassemblés nationale, je viens déposer entre vos mains les pouvoirs qu'elle avait bien voulu me confier.

« Il y a deux faits distincts ici : l'état de siège, qui doit être consen'é, car il est encore indispensable, — ^ et le pouvoir exécutif.

• 11 fautque la direction de l'état de siège soit confiée & un

)uvoir choisi après dé mûres réflexions. — « Oui ! oui I n ^é-

e-t-on.

— « Xoubliais d'ajouter, reprit le général au moment o& il descendait de la tribune, qne le ministère m'a remis sa démission. »

C'était on ne peut plus cavalier. C'était presque enterrer tout vivant ce qui restait de la commission executive et des débris du gouvernement provisoire. Mais le citoyen Flocon protesta contre cette façon d'a^r par quelques paroles qui, pont sentir le dépit, n en furent pas moins dignes.

« Le ministère nommé pftr la commission executive, dit-il. se retirait avec elle, lorsque vous avez investi d'un poavoîr dictatorial le général Cavaignac ; il a demandé à rester parce qn'il pensait poavoir rendre quelques services auprès de lui dans une crise dont le dénouement ne pouvait se prévoir alors, mai» notre démission avait pi-écédé celle du général Cavaignac. »

Et le linceul fut jeté sur le gouvernement provisoire, sor la commission executive et sur son ministère. Les vainqueurs avaient autre chose k faire que des compliments de condoléance i ceux qui sortaient. N'étaient'ils pas tous intéressés k connaître les heureux héritiers des derniers ministres?

Le citoyen Sénard, qui présidait encore en attendant qu'il f&i remplacé au fauteuil/ comiifièn^i' albjps par se r^ùdre'T organe de rassemblée en exprimant aii général Cavaignac toute la reconnaissance que sa conduite avait inspirée. « Moi, ^ui l'ai vu à l'œuvre, ojouta-t-il, je sais avec quelle haute intelligence il a veillé aux grands intérêts quilui avaient clé confiés.»

Toute la' salle ayant applaudi , le président proposa de (lédarer que le général Cavaignac avait bien mérité de la patrie ; proposition qui fut accueillie par acclamation, ainsi que celle faîte piar le général lui-même dt comprendre dans le décret Tarmée , la garde nationale et les autres généraux dont les noms, disait il, étaient dans toutes les bouches. Il fut décidé qo^un décret formulerait le sentiment de l'assemblée à ce sujet, et quon n'oublierait pas la mémoire du digne archevêque de Paris (^). L'assemblée avait hâte d'arriver h la réorganisaticHi qui intéressait tant de monde.

Ce fut d'abord le contre-révolutionnaire Bonjean qui proposa I rassemblée de nommer elle-même le pouvoir executif, ou bien, ajouta-t-il, àe prier le général de vouloir bien le conserver i^. — Oui! oui! s'écrîc-t-on. — Encourage par la majorité, le citoyen Bonjean proposa donc formcllemont de décréter que le général CaVaignac était nommé président du conseil des ministres, et qu il nommerait lui-même son ministère.

(•) Celte doriiière proposition fut, le soir mûino, forn.ulée ainsi : « L*QssiMnbIéo iialiofialt» rrgardoœnmic un dovoir do proilurr.cr les sentiments de rotigiouse douleur que lui ont fiout éprouver le dévoùmcniet h mort hérdïque de 11. rurclievèque de Paris. >

(^ Lorsque les girondins pro'^^osèrcnt à la Convention de prier le ministre Roland de conservorson portcriuiilo, ils excitèrent une violente t'^ni^^^te. Les conventionnels, qiii sentaient leur dignité, se rernsèrent à celte invitillon; et Roland, compromis ainsi i>ar la mala(lre>so de st^ convives habituels, se vit obligé d'opter entre le portefeuille de l'intérieur et sa place à la Gon?ention. Sa femme, qui s'était habituée à avoir autour d'elle uue aorte de cour» ne put ae décider à sortir du ministère.

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Quelques voix ayant dit aion que la proposition éuil tli- TÎsible , le président invita œe Hiembres à expliquer leur opinion.

« La proposition est, selon moi, très-dïvistbie, s'empressa de répoD<]rc le citoyen Porlalis. Tons les membres de celte assemblée pensent qn'il faal conférer an générai Cavt.ij^nac 1r pi>uvoîr dont il a si Qoblemeot osé ; mais ce que nous demandoDs c'est une consécraCion qui rende le pouvoir du général Cavaignac pins Tort. On nous a dit que nous faisons de l'histoire; raisons aussi du gourernement. Vooa ne voulez pas saos doule qn'il y ai» dans huit jours une opposition sur nos bancs. Il faul donc faire on ministère durable, et par conséquent consolider la république. ■

Ceux qui avaient tout arrangé continuèrent k s'opposer à la division, dans la crainte que la seconde partie de la proposition Bonjean ne fût repoussée. Cependant ils furent obligés de w Boumettre A ce double vole, le citoyen Du&ure et le président lai-mème ayant déclaré que la division était de droit. Mais leurs craintes furent chimériques, car ces deux paragraphes furent Votés à la même UDanimilé.

Les choix da général Gavaignac De se firent pas attondie longtemps ; dès la reprise de la séance il les fit connaître k rassemblée. Le citoyen Sénard était nommé ministre de l'inlérieur, te citoyen B.vstide était chargé des affitires étrangères, le citoyen Tourhet prenait le portefeuille do commerce, le citoyen Rboirt passait aux travaux publics, le général Lano- BiciÈRE avait le ministère de la guerre, l'amiral Leblanc celui -,de la marine, le citoyen BRinuoNT remplaçait l'ancien ministre 'de la justice, le citoyen Goudchaux acceptait pour la seconde fois le portefeuille des finances, et entin le citoyen CâBNOT conservait l'instruction publique et les cultes.

Le ministère était donc formé d'hommes du National ou k peu près de la même nuance, ce qui ne âatistit que bien médio-

crcment les réactionnaires ralliés; la conservation du portefeuille au fils du conventionnel Garnot leur paraissait surtout une monstruosité contre laquelle ils s'élevèrent de toutes leurs forces ; peu s* en fallut qu'ils ne clierehassent à contester au chef du pouvoir exécutif le droit qu'on venait de lui conférer. Et comme le citoyen Sorrans fit observer que ce droit n'admettait point de contrôle, on entendit des voix du côté droit s'écrier que l'assemblée ne s'était point désaisie delà faculté d'exprimer son opinion. Un autre genre de guerre fut fait encore à ces nominations : le citoyen Vezin mit en question s'il était pernâs d'aller chercher un ministre hors de l'assemblée; il soutint qu'une pareille manière de procéder n'était pas dans les habitudes du parlement. Ainsi on en revenait déjà aux usages monarchiques. La séance fut tellement agitée que le président dut suspendre très-longtemps la délibération.

liC lendemain , il fallut opérer un nouveau remaniement ministériel. L'amiral Leblanc n'ayant pas voulu accepter l'honneur que lui avait fait le général Cavaignac de le placer dans son conseil, il devint nécessaire de transformer en ministre de la marine le citoyen Bastide et de remplacer ce dernier aux affaires étrangères par le général Bedeau ; mais ?a blessure de ce général ne lui ayant pas permis de remplir ces fonctions délicates, OP les laissa à l'ex-rédacteur en chef du National. Ainsi furent réglées ces affaires de ménage, comme disait un journal démocrate, en faisant observer que cette fois du moins les avocats n'avaient pas tout pris, puisqu'on trouvait jusqu'à trob épées africaines dans ce ministère.

C ne restait plus qu'à remplacer le nouveau ministre de l'intérieur au fauteuil de la présidence. Le citoyen Sénard, de l'aveu même de la Réforme, avait rempli ses fonctions de président non-seulement avec intelligence, mais même avec impar^ tialité, ce qui est beaucoup plus rare encore dans les oiauvaia jours. Q allait donc laisser un vide. Son fauteuil, convoité par

les hommes influenls des deux partis en dehors de la molli gne, fut doDoé, par une majorité composée Je la nuance do National et des anciens libéraux, à M. Marie, non pas précisément comme k Vun des membres 1rs moins révolu lionnnircf du gouvernement provisoire et de la commission exècutiré, mais toujours comme apparlL'oanl h ce qu'on appelait la Dijnaslie du National. « Si la vicloiie de M. Marie sur son coneurrenl, H. Dufaurc, n'est pas f^andc, disaîl à ce sujft un journaliste républicain do la veille, elle n'en a pns moins une rcrlainB sîgniGcalion. » Elle expli<)uait ilii moins comment hors du giron du Ncùonal on n'était plus rien dans la république do février.

Avant do quitter le bureau, lo citoyen Scnard soumit h l'assemblée te projet de proclamation au peuple Trançais dont elle lui avait con<îé la rédaction . Ce projet, qui Tut acoi'oilli avec "ntbousiasme et voté d'emblée, ne différait pas essentiellement di? la première proclamation aJicssée aux ïnsurjjés, proclamalifin que le général Cavaignac avait dA a(Ioufir jiar les siennes. On y retrouvait jusqu'aux mêmes qualifications : cela se conçoit; on parlait maiateaaDt à des battus.

■ L'anarchie ost vaincue, y disait-on ; ^aris est <)ébout et « justice sera faite, noaoeor au courage et ati patriotisme de

■ la garde nationale de Paris et des départements ; honneur V

■ noire brave et toujours glorieuse armée, h notre jeune et « intrépide garde mobile, à nos écoles, à la garde républicaini^'

■ et è tant de généreux volontaires qui sont venus sur la brè^ « che pour la défense de l'ordre et de la liberté.

« Tous, an mépris de leur vie et avec un courage snrhn- « main, ont refoulé de barricades en barricades et poursuivi « jusque dans les derniers repaires ces forcenés qui , sans prin- « eipc», tant drapeau, semhinient ne s'être armés que pour le moi- « aure et le pilbge.

« Familles, iostStutionsi liberté, patrie, tout était ljra|ip$JLl^

DE LA RÉVOtUTION DE 1948. M»

€ c<£nr, et sous les coups de ces nouveaux baTbafeSi'la'eiTiK^i c sation'du xii* siècle était menacée de périr.

« Mais non, la civilisation ne peut point périr I Non; la répiln'blique, œuvre de Dieu, loi vivante de Thumanité; la répuc biique ne périra pas. Nous le jurons pour la France tout « entière, qui repousse avec horreur cet doctrines sauvages, où la c famille n* est qu* un nom et la propriété le vol. Nous le jurons c par le sang do tant de nobles victimes tombées sous des c balles fratricides.

« Tous les ennemis de la république s étaient ligués contre « elle dans un eflbrt violent et désespéré. Ils sont vaincus, et € désormais aucun d'eux ne peut tenter de relever leur san- € glant drapeau

n Français, unissons-nous donc dans le saint amour de la* c patrie ; effaçons les dernières traces de nos discordes ctvilei^; * « maintenons fermement toutes les conquêtes de la liberto-et c do Ih démocratie ('). »

La majorité, ou plutôt Funanimité, car le côté gauche 98 trouvait alors paralysé, accueillit cette proclamation avec enthousiasme, quoiqu'on y parlât de la république comme delà

(>) Pour donner une idée de la manière dont le côté qui se considérait comme Taihqueur ciitendail maintenir toutes les conquêtes de la liberté et de lu démocratie, nnns rappellprons que, dans la même séance où cette proclamation fat foe et ai1opt4;e, un député du nom de Rémilly, proposa à l'assemblée de demander à son comité de législation :

1* Un projet de décret contre les sociétés secrètes ; â* Un projet de décret pour réglementer les clubs; S» Un projet de décret contre les barricades; 4* Un projet de décret contre rafBchage;

5* Un projetdedécrctsur les journaux poli tiques et sur la liberté de la presse; 6* Un projet de décret contre le non armement des citoyens qui ne faisaient pas partie do la garde nationale, etc., etc.

Tout Cela paraissîait bieni innocent; mais on aurait racilemem ftSx dire à Cd$ décrets beauooop plos qu'ils ne semblaient comporter-

«4 niSTOÏRR

loi vivante et immurlelle *\v riiumanité; les réaclionoaires, semblables aux jésuites, savaienl bien m petto A quelle république ils appliquaient celte pbrasc, Pour te public à qui s'adressait celle pièce oflicielle, celait parler un langage de convention que de qualifier les insurgés de nouveaux barbara, ne primant les armes, comme les sauvages, que pour massacrer, piltcy et incendier. Mats à côté de CfS grands mois, ressassés par touH Ceux qui détestaient les travailleurs, les révolutionnaires, !<• peuple de Paris, il y avait, pour les bommes capables d'apprépinlinn. la terrible réalité, et cette réalité, que rien ne pouvait oliiingcr, 8e présentai! comme un immense élan de l'énergie populaire, élan criminel, sans doule, puisqu'il avait été dirigé contre le gouvernement issu du sulTrage universel et contre la représentation nationale qui en émanait également, mais qui oAt, h coup SÛT, changé de caractère et obtenu d'autres résuJiata «■jln wî fiH produit contre un gouvernement imposé par la ruse ou par la force, comme l'élan d'affranchissement et de fraternité qui accomplit d' un souffle la révolution de férrier.

Que si nous remontions aux causes de cette formidable infinrro<:tion, nous les trouverions exposées en peu de lignes dant un écrit que les journées de juin ont fait éclore.

« Oui, s'écrie l'auteur de cet opuscule, c'est parce que la révolution de février fut k la fois politique et sociale, et peut- Atre encore plus sociale que politique dans ses profondeurs populaires ; c'est parce que le programme de cette révolution n'a pas été réalisé ; c'est parce que s'est produite une réaction des vieilles idées économiques contre les vivifiants principes do la solidarité, de l'égoïsme contre la fraternité, du chaos dans la prmluclion contre l'ordre dans l'industrie, du monopole des infttrumcnlsdu travail contre l'équitable répartition du savoir ttt da pouvoir ; c'est parce que, dans les essais de réformes soeiates tentés par la révolution, tout n'a été qu'impuissance et léceptions, qu'un jour est enlîa venu on qoelques-nns dea

étements révolutionnaires de février se sont levés pour revendicjner cette partie méconnue, suivant eux, du contrat synallagmatique de l'Hôtel-de- Ville »

Nous ajouterons que d'autres causes non moins puissantes déterminèrent cette formidable insurrection qui restera dans Tbistoire comme le monument de la plus audacieuse résolution qu'un peuple ait jamais puisée dans lui-même.

Le peuple parisien, avec son admirable instinct et sa haute intelligence, voyait depuis quelque temps les immortels prin cipes des droits de l'bomme compromis par les divisions intestines du gouvernement provisoire et par ia faiblesse de la commission executive ; il avait parfaitement apprécié le résultat des élections générales, et la marche rétrograde que la réaction imprimait impunément à la révolution, était devenue T objet de son attention la plus constante. L'abandon de la Pologne et des autres peuples levés contre leurs oppresseurs à l'exemple et à l'instigation de la France, lui paraissait une détermination pusillanime, honteuse et indigne de lui-même : il ne comprenait pas comment, après avoir stigmatisé si vigoureusement la politique égoïste du vieux roi Louis-Philippe, les anciens libéraux semblaient prendre à tAcbe de l'imiter quand la nation était devenue libre de ses mouvements sympathiques au dehors. Ne sachant à qui s'en prendre de tant et de si poignantes déceptions, ce peuple, essentiellement démocrate et socialiste, s'était cru trahi , et avait retiré sa confiance aux hommes qui, s'étant placés à la tête de la révolution pour activer son cours naturel, semblaient faire cause commune avec ceux qui voulaient l'enrayer. Voyant grandir le mal chaque jour, et n'espérant plus trouver le remède dans l'exercice régulier du suffrage universel et direct, depuis que T ignorance et la calomnie avaient tourné la plupart des habitants des campagnes contre la sainte cause de la liberté, le peuple de Paris ne prit conseil que de lui-même ; et mettant à profit les douloureusaa ciroan-

.«tta«a^rqqi.a«c«l^(AifiiU.l9aitrasaiUeura«.ii,roiiUiL wiawl'MKa- ,$iuu quelles rôvpli(WAoîr^de.r.assembIéenaUoDAte lui fournissaioni eux-mèuies pour renverser ou gouvernement q*ii, sçion . lui, laiti^il.{)crLr la téjiubliquc, Iur>-(|u'il avail cjicotc la [losïi' .,l>i]il0i]ula sauver^ Le (it^ufilc savait que les itioincQtâ donnes iidans<l Itistuireiiu uionile puiir réj^uncrcr la société sunl rai'es; que , si on ne saisissait pai> d'un bris vigoureux ]es rones^e ]a,rcv4^Iulifia de Xuvricr, cinquante années de tyrnnnio elda ,guerres^ci\ilus<désulecHicut de nouveau la Fiance : ilvuulutlcs piittndre dauBses mains ; e(, pour y arriver, il leccuuineni^a la lulte de juillet; 1830 et, de février 184S. Jlabilué à, accompUr .feejluqient les.révolutions qui n'exigeaient que du courage, .^Iifdiilué à repvereer les gouvernenienlg qui ne tienoeut à la laatiunquepyjrlu.GrjiiQtequ'ils inspirent, le pei^ple parisien ue iCMHprit pue que le succès devenait .impossible contre le gou- ..s^nenieat insu da suirrjigti universel, contre des logiiins dél'ployanl, conimu lui, le vieux drapeau de la libellé, conlru des ^dat8stide%(d)e{fiCQDil)atlaq,t;Rus^iiauj)oai,<il«ULré(M^lique. I tiK««'BU«aûl-'Ji^ lait ces .rÉdie-xioiis que.âon.parli a'en.etUfws -•BUliMr-éléiirrévQCabte : la corde, wuin)&.OA,ditn élût. Irop nte>iliiQ& ]fti»tMatiuii.D'«la(t,[)ltK„teDable. pour. les démocrates «ALm om^ùers ji , De pouvant. plus .vivre en. travaillant^ ils. se «iûwnlfà,(:>icRl: dxMftain oudu^plvmblL^.s^n.hut étaot refusé .fwneeux qui poussaient & la dissolution iiniuédiale des^ afelion .MilioneuKt'lfi peuple se rôtira derrière les.l}arvicades et y, jGondit trfies balles fratricides l

uoAhil sL.Ies réact>0DDaire& , dont la conduke fat, ainsi que -npusrii'M'pns -flémoniré «uraboodanuDent ot irrécusabJeuieut, M|iroT0ealric6.et fitiupable de lèse- humanité, avaient voulu conttsaorer auisoulagameat delà uùsère du peuple, la rcnûèine parfitioidee milUoQ» que va.coàter h l'État te^r .victoire de juin; i <s' ils eussent, faiisentendr^ eu rtetnpsk^pportun ^uelques-unet^i idesboones paxol«6>«tlse9sées,trop.tardAttx insui-gé6,:jiul doute

DE LA RÉVOLUTION DE 1848. JlT

que les rues de Paris n eussent jamais été arrosées de tant de sang français, de sang citoyen (').

Le lendemain de la victoire, ces mêmes comités de rassemblée qui se sont montrés si parcimonieux lorsqu il s'agissait de voter quelques centaines de mille francs si nécessaires pour sustenter les cent mille travailleurs forcément embrigadés dans les ateliers nationaux, ces comités qui, pendant la lutte, ont voté d'urgence trois milliom de secours publics à ceux qui manquent de pain, s'empressent, le lendemain, de donner de nouveau trois millions, dont deux millions destinés à secourir les gardes nationaux blessés en combattant l'insurrection, et tin million pour faire face aux dépenses de nourriture pour les gardes nationaux que leur dévoùment a poussés h Paris ; et ce, sans compter un million accordé par anticipation aux gardes mobiles. Bientôt il faudra voter des millions pour les dépenses des casernements provisoires de l'armée de cinquante mille soldats qui doit garder Paris ; puis viendront les millions pour remplacer les munitions de guerre consommées ; puis encore, les millions pour les conseils de guerre, leurs prisons préventives et la nourriture de 12 à 15,000 citoyens qui y jéjourneront plus ou moin& longtemps ; puis encore les millions que va coûter le transport des déportés jusqu'aux ports de mer, et les millions destinés à les empêcher de mourir de faim ; puis enfin les autres millions que le ministre de la guerre demandera pour une autre déportation, celle des colons que l'on va jeter en Algérie, toujours pour en débarrasser la ville de Paris. Le calculateur qui pourra compulser les divers budgets ordinaires et -extraordinaires de tous les départements ministériels

(») Nous hasardons ici cette expression qui n ^ sera aux yoiix des puristes, qu'un barbarisme. Nous dirons cependant que nous l'avons trouvée on grauJ uage paroii Us bous auteurs italieus. Palamède dit à LysiUidro : « Nos iuiiriers, tctnti de Miig citadin (tèspiità noefroutsrt nous remlont li«ui(cu.\. •

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