TOME m
de né^'ocieruQ nouvel ompruat par l'émission de 13,13l,ô00 francs de rentes 5 pour 100, au taux de 75 francs 25 cenlimes.
a Je voulais te dégrèTcmeol des impôts, dit le ministre; et pourtant je suis obligé d'ajourner ce dégrèvement jusnu'en 1S50... En m'accordaol ce que je viens vous demaadur, voua me donnez une grande force ; vous m'accordez un appui que je ne puis trouver que dans cette enceinto. »
L'emprunt fut accordé d'assez bonne grâce, et volo séance tenante.
Deux jours après, le 26 juillet, le citoyen Tbiers se présealail à la tribune pour y lire, au aom du comité des finances, le rapport tant attendu sur la proposition liiiancière déposée par le citoyen Proudbon (eml&Dt à relever le crédit public et le crédit privé.
Cette :proposition importante, dont nous rappellerons seulement le» princi[>ales dispij&ilioas, avait été considérée par les nus curame une panacée au& maux qui désolaient le trésor et le pays, tandis que d'autres la retordaient caïuue use spûUalîon ébontée, conseillée par ta folie.
Le citoyen Proudbuo deruandaitque les fermiers et locataires fussent dispensés de payer le tiers des termes écbus ou à écbuir de leurs fermages ou loyers; que les débiteurs de créances Lypolhccaires ou chirograpbaires fussent également dispensé^ d' acquitter le tiers des intéréls résultant de leurs contrats, et tjue l'État, à son tour, fût dispensé de servir le tiers des rentes ins:;ntesan grand-livre i il n'acquitterait même qu'une partie des pensions ou salaires dus par lui, en suiTant dans cette réduction, une progression qui s'élèverait depuis 5 pour lOOjusqu'à 50 pour 100. Mêmes dispositions auraient liea pour les actions industrielles, au détriment des pMieim d'actions, au proQt de ceux qui en doivent le dividende.
D'après le plan du citoyen Proudbon, le tiers retenu devait être divisé en deux sixièmes, dont l'un serait abandonné aux
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DE LA KÉVOLQTIOIf DB 1848. 469
locataires, fermiers, débiteurs de tont genre, à titre de crédit que se feraient entre elles les diverses classes de citoyens ; l'au^ tre sixième serait versé dans les caisses de l'État h titre d'impôt sur le revenu.
L'auteur du projet soumis an rapport du comité, évaluait à 1,500 millions la part qui serait ainsi abandonnée aux locataires, fermiers, débiteurs ; et à 15,000 millions la part qui reviendrait à FËtat. Au moyen de cette doublé ressource, 1,500 millions iraient vivifier l'industrie et le commerce, en même temps que l'État, prenant l'autre sixième, pourrait non-seulement faire face aux dépenses courantes, mais encore supprimer certains impôts onéreux et impopulaires, et créer de grands établissements de crédit.
Tel était, en résumé, le fond de la proposition du citoyen Proudhon. II nous serait impossible d'analyser de mémo le rapport du citoyen Thiers. Nous dirons seulement que ses calculs sur ce que pourrait rapporter la mesure proposée par Proudhon, différaient essentiellement de ceux de ce dernier. Suivant M. Thiers, tout ce que l'on aurait pu tirer de la part (les loyers, fermages, créances hypothécaires, retenues sur les rentes de l'Etat et actions industrielles, no pouvait s'élever au delà de 320 millions, au lieu de 3 milliards. Par ces seuls calculs, qu'il assurait se rapprocher autant que possible de la vérité, le rapporteur tuait la proposition et l'anéantissait à tout jamais.
Mais M. Thiers ne fit pas précisément un rapport; il dressa bien plutôt un acte d'accusation contre Proudhon et contre tous les innovateurs ep matière de finances, y compris le ministre Goudchaux, coupable d'avoir soumis à l'assemblée un projet de décret relatif à l' impôt progressif.
Le citoyen Proudhon demanda h répondre.
« Ce n'est pas un rapport que vous venez d'entendre, dit-il, c'est presque une accusation. Vous devez aussi entendre In ré-
histoihe
ponse. Il y a des évaluations financières que je ne comprends pas. J'ai besoin d'avoir le rapport entre les mains. Je demonde donc que la discussion soit fixée à samedi prochain, n
L'assemblée accorda ou citoyen Proudhon les quaranle-hait iteures qu'il demandait pour rétablir la vérité si élrangemeot nitcrée, disait-il, par les paroles et les calculs qa'il venaitd'eatendre.
Le citoyen Proudhon fut exact. Sa réponse, qui dura quatre heures et qui formerait un volume, ne peut s'analyser qu'en bloc, et comme le fit un journal par les lignes suivantes :
« Dans sa première partie, le citoyen Proudhon a noblement dégagé sa personne des accusations et des injures dont M. Thiers avait émaillé son rapport. lia défendu le socialisme, aujourd'hui travesti comme autrefois le libre examen, et il en a fait un droit vivant sorti victorieui des barricades ; il a même déclaré que la révolutioQ de février était tout entière dans le socialisme.
H La seconde partie de sa défense a eu pour objet la justification des doctrines économiques et des chiffres qu'il avait exposés dans son projet d'impôt. »
Mais, il faut le dire, en finissant, lecitoyen Proudhon, comme représailles, sans doute, fit un réquisitoire contre l'assemblée nationale, contre le suffrage universel et contre la propriété, réquisitoire propre à soulever un chœur de colères, dont on ne peut se faire aucune idée. Attaqué à la fois, et avec fureur, par le côté droit, qui se montrait indigné du cynisme de l'orateur, et par le côté gauche, qui paraissait stupéfait des coups portés aux principes démocratiques par on démocrate, le citoyen Proudhoa eut toutes les peines du monde k terminer la lecture de son discours. De toutes parts ou entendait les cris : assez I assez I D'autres membres demandaient qu'on l'envoyât k Cbarenton. Chacun s empressait de rédiger sa proposition d'un ordre du jour plus ou moins flétrissant.
Enfin l'indignation de rassemblée se traduisit par Tordre du joar suivant, Yoté en ces termes, à l'unanimité moins deux Yoix :
« L'assemblée nationale, considérant que la proposition du citoyen Proudbon est une atteinte odieuse au principe de la morale publique; qu'elle viole la propriété; qu'elle encourage la délation ; qu'elle fait appel aux plus mauvaises passions; considérant que par cette proposition, le citoyen Proudbon a calomnié la révolution de février, en la rendant responsable des doctrines subversives qu'il a développées h cette tribune, passe à Tordre du jour. »
Ajoutons que ce début d'un homme sur lequel les socialistes fondaient de si grandes espérances , fut de nature k attrister ses disciples les plus fervents.