‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 113 sur 164 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

douteuse, a dépeint cette singulière situation et explique ainsi cette non-résistance : « Nous avions tous les jours sur la place 15 à 20,000 hommes qui nous menaçaient. On les faisait retirer en leur parlant. S'ils avaient été armés, nous aurions fait usage des armes. Mais, que diable I on ne peut pas tirer sur des hommes désarmés. »

Le colonel Rey, consterné, se transporta en toute hâte auprès de M. Marrast, qui adressa aussitôt cotte lettre à la Commission exécutive :

« Mairie de Paris, 5 heures.

a De nombreuses colonnes se sont dirigées sur l'Hôtel-de- Ville en sortant de la Chambre. Elles portaient la liste d'un nouveau Gouvernement provisoire nommé dans l'Assemblée. Elles annoncent l'intention d'installer ce Gouvernement à l'Hôtel-de-Ville. Mes forces ne sont pas suffisantes ; envoyez-m'en sur-lechamp. »

Les ordres de la Commission , nous l'avons vu , avaient devancé.cettc demande. M. Garnier-Pagès avait par deux fois fait ordonner aux 5', 6 e , 7 e , 8 e et 9* légions de marcher au plus tôt au secours de l'Hôtel-de-Ville.

L'Hôtel-de-Ville est envahi par un torrent de deux à trois mille individus qui se répand partout. Çà et là, dans cette tourbe, se dressent les banqières des clubs. De cour en cour, de salle en salle, d'escalier en

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escalier, Barbés et Albert sont littéralement portés jusque dans une grande pièce de l'aile droite. Barbés est élevé sur une table d'où il prononce un discours dont voici les mots saillants : « Citoyens, l'Assemblée est dissoute, comme au 24 février, par la volonté du peuple. Paris ne peut pas rester vingt-quatre heures sans Gouvernement. » De la foule on lui crie plusieurs noms. Celui de Blanqui est prononcé! Barbés, déjà pâli par la fatigue, blêmit d'indignation, semble chercher d'un regard menaçant cet interlocuteur, et s'écrie : « Ne me parlez pas de Blanqui ! S'il se présente, je lui casse la tète ! »

Quelques envahisseurs ont demandé la salle où siégeait le Gouvernement provisoire en février. C'était le cabinet du secrétaire général. Barbès et Albert y sont conduits. Là se renouvellent les discussions sur l'organisation d'un nouveau Gouvernement. De nombreuses listes, composées de noms différents, circulent; chaque club , chaque secte , chaque nuance veut y introduire son représentant ! C'est une variété infinie de toutes combinaisons. Ce n'est pas seulement autour de Barbès et dans les pièces où il a successivement passé que ces listes se multiplient. Dans toutes les salles, dans toutes les cours, on lance des noms, on les admet, on les repousse, on s'anime, on dispute, on s'exaspère. On jette ces listes par les fenêtres, sur la place, aux citoyens qui se pressent contre les portes . Dans la foule qui les ramasse, mêmes débats, mêmes prétentions, mêmes répulsions, mêmes querelles ! Là où les altercations sont les plus bruyantes, sont les

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