CHAPITRE SIXIÈME
sûr de vos hommes ?» — « Oui, et si les envahisseurs se présentent, nous les recevrons militairement, d
MM. Marrast et Adam, raffermis dans leur confiance par cette affirmation formelle, se concertèrent ensuite avec le colonel de la 9*, Gautier, et un adjoint de cet arrondissement, qui venaient de l'Assemblée où ils avaient entendu les paroles de Huber. La disposition des légions autour du palais souleva quelques difficultés. Mais elles furent promptement aplanies , et le palais fut de tous côtés entouré.
Ces mesures prises, M. Marrast se tint enfermé dans son cabinet, à la porte duquel M. Adam mit de faction les hommes les plus sûrs de la garde républicaine.
Un peu avant cinq heures, on apercevait au loin une colonne d'individus en marche. La garde nationale avait réclamé vivement des cartouches ; et, à la hâte, il en avait été jeté par les fenêtres de l'Hôtel-de-Ville ; ce qui avait occasionné quelque désordre dans les rangs. A ce moment de confusion, Barbés, suivi seulement d'un petit groupe, s'avance devant la 9 e légion. Le passage lui est barré. Il insiste. Une lutte de quelques individus contre quelques gardes nationaux s'engage. Une colonne plus forte arrive avec des bannières. L'altercation devient plus violente. Un chef de bataillon tourne la crosse en l'air. Le colonel Yautier, retenu par son affection pour Barbés ou par la crainte de voir s'élever des barricades dans tout Paris, a idée,
dit-il, qui lui tournait la tête, » hésite et ne sait pas même masser ses hommes contre la pression de la colonne. Un coup de pistolet est tiré, blesse un garde national de la 8 e , M. Hérisson, mêlé aux rangs de la 9° après la malencontreuse distribution de cartouches. A cette détonation, le colonel se retire avec ses bataillons ; les autres légions suivent et se dispersent, et laissent la place vide à la foule qui déborde.
Barbés parvient à la grille. Elle est fermée. Le colonel Rey en interdit l'entrée et la défend. Barbés lui dit simplement : « Rey, je t'en prie, laisse-moi entrer ! » — a Non ! je ne peux pas ; j'ai un devoir à remplir. » Pendant ce colloque, la grille est escaladée, ouverte en présence d'une cinquantaine de gardes républicains qui se laissent envelopper. La foule se précipite dans le palais. Impéri tie, faiblesse ou connivence, pendant ce temps, trois compagnies faisaient l'exercice dans une arrière-cour, sous le commandement du major Prioux.
Y avait-il trahison du colonel Rey, réputé homme d'honneur? Non, probablement. Mais Barbés exerçait sur lui et sur sa troupe une influence magnétique. Les gardes républicains pliaient devant un mouvement qui prenait un aspect révolutionnaire. Ils en étaient fascinés. Ils n'eussent pas hésité un instant contre des assaillants qui, les armes à la main, eussent fait le siège de l'Hôtel-de-Ville. La preuve en est dans la résolution prise par deux lieutenants, en cas d'attaque et de défaite, de mettre le feu aux poudres. Le commandant en second, Beaumont, dont la fidélité n'était pas