‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 115 sur 164 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

immédiatement aux Gouvernements russe et allemand l'ordre de reconstituer la Pologne, et, faute à ces Gouvernements d'obéir à cet ordre , le Gouvernement de la République leur déclare immédiatement la guerre.

« Le membre de la Commission du Gouvernement,

« A. Barbes. »

L'Hôtel-de- Ville présentait, à ce moment, un tableau bien extraordinaire.

Dans l'aile gauche siégeait le maire de Paris, le représentant du Gouvernement régulièrement constitué, M. Marrast, donnant des ordres, recevant des communications, en relation avec le Pouvoir exécutif et les mairies, secondé par son adjoint M. E. Adam, par quelques représentants, MM. Conti, Pietri..., M. Antony Thouret. Loin de reculer devant l'invasion, fidèle à sa fonction, il remplissait activement ses devoirs.

Dans l'aile droite siégeait un Gouvernement nouveau, cherchant à se former, directement en rapport avec la foule du dehors et du dedans, dont il se disait l'émanation souveraine.

Trois mille individus encombraient l'édifice. Salles, cours, passages, couloirs, escaliers, fenêtres, la place, tout était rempli. Sur les appuis des croisées, entre les colonnes, en haut, en bas, il y avait comme des grappes d'hommes, suspendues à la façade, ruche d'abeilles,

allant, venant, bourdonnant. C'était un bruit, une rumeur, des exclamations, des vivats, des murmures, des cris, des transports !

Mais ici encore, comme dans l'Assemblée, pas un garde républicain, pas un garde national en faction ou gardant les postes n'est désarmé. A l'Hôtel-de- Ville comme à la Chambre, pas une goutte de sang n'est versée. La haine des envahisseurs contre les hommes du National ne tente rien contre M. Marrast. Toutes les fureurs de cette foule s'exhalent en tumultes et en vociférations, sans se porter aux actes contre les personnes. Ne voyons-nous pas là, des deux côtés, l'espérance de triompher sans effusion de sang, les quelques hommes qui n'auraient pas reculé devant le crime n'osant pas. Chacun semble être là pour son compte, pour son opinion, son vote, son droit, agissant suivant son désir, exprimant sa volonté, et se le disant. Un garde national, à qui un ouvrier voulait imposer sa liste de Gouvernement, répliquait : « Mais si vous avez le droit de choisir le vôtre, moi, j'ai bien le droit de garder le mien. » Et l'ouvrier trouvait cela juste.

Ce contraste ne pourrait s'imaginer s'il n'avait pas existé. Dans aucune journée de l'histoire semblable spectacle n'avait été vu.

Mais une telle situation pouvait-elle durer? Déjà les plus fougueux commençaient à forcer la boutique d'un armurier du quai.

Les ordres sur ordres, incessamment et partout transmis par le Pouvoir exécutif , allaient prompte-

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