‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 116 sur 164 · CHAPITRE SIXIEME. Ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME. Ï

ment faire pencher le poids <iu nombre du cote du Gouvernement régulier.

Le colonel de la 5" légion avait dirigé deux bataillons sur l'Assemblée, le 1 er , commandant Brochard, par les boulevards; le 4 e , commandant Ragoin, par la place des Victoires et la rue de Rivoli. Parvenu à la hauteur du passage Delorme, M. Ragoin était allé prendre les ordres à l'état-major. D'après les nouvelles instructionsduLuxembourg,le général Guinard luiavait prescrit de se porter immédiatement sur l'Hôtel-de- Ville — quatre heures et demie. — Le bataillon avait aussitôt tourné à gauche, parle jardin des Tuileries, et en débouchant sur le quai il avait aperçu une colonne de clubistes qui remontait l'autre rive et se rendait également à l'Hôtel-de-Ville. S'avançant parallèlement, ils étaient arrivés en même temps sur la place dégarnie de troupes, le bataillon par le quai de la Mégisserie et la colonne par le pont d'Arcole, au moment où l'on brisait les portes de l'armurier — cinq heures.

Tout aussitôt le bataillon se trouva noyé dans la foule qui, tantôt avec menaces, tantôt avec prière, lui criait : « A bas les baïonnettes ! Venez avec nous ! Soyez des nôtres! » Le bataillon tint ferme et put contempler un instant cette façade surchargée d'hommes et de bannières, ce3 listes jetées parles fenêtres, ces lecteurs à hautes voix, ces adhérents d'un nom

l'accueillant par des « Oui ! oui! » ces adversaires le repoussant par des « Non! non! » tout ce tourbillon vertigineux.

Singularité des mouvements populaires de cette journée où tout semblait devoir être extraordinaire ! Tout à l'heure le bruit d'une arme à feu a suffi pour disperser les six bataillons de la garde nationale ; maintenant une simple marche en avant vers le palais suffit pour balayer la foule et la rejeter dans les rues adjacentes. Mais bientôt elle reparut.

En ce moment, précédant MM. Lamartine et Ledru- Rollin, le général Fouché apparaît, bride abattue, suivi d'une seule ordonnance. Il s'arrête devant le bataillon et lui crie : a L'Assemblée n'est pas dissoute. Vous avez un Gouvernement. Ici on veut en faire un autre. Le laisserez-vous faire? ou voulez-vous garder celui que vous avez? Si vous repoussez l'autre, eh

bien ! entrez ! et f le par la fenêtre ! » A cette

énergique harangue, les acclamations : Vive l'Assemblée nationale! et les applaudissements éclatent. « Vous êtes bien décidés? » — « Oui ! oui! » Le général lève son épée. Roulement de tambours! On bat la charge ! et le bataillon pénétre, par l'escalier du milieu, dans la cour qui lui fait face. Le général se rend auprès du maire de Paris, lui annonce la venue des membres de la Commission exécutive et des légions, et se concerte avec lui pour faire évacuer l'Hôtel-de-Ville.

Avec ce bataillon entrait un bataillon de la 6 e . Ce bataillon, sous le commandement de M. Lescouvé, envoyé par le colonel Forestier sur la place de la Con-

Page 1