CHAPITRE SEPTIEME
«r Toute 1* Assemblée se lève en poussant un cri unanime de: Vive la République! Tous les membres se tournent ensuite vers les tribunes qui sont remplies de gardes nationaux, et crient : Vive la garde nationale! Ceux-ci répondent avec beaucoup d'énergie: Vive V Assemblée nationale!
« Le citoyen G ar nier -Pages: c'est la République que la France veut ; elle n'en veut pas d'autre. Oui ! nous vous soutiendrons ; oui ! nous vous aiderons et nous ferons de la véritable fraternité, non pas la fraternité exclusive et qui maudit, mais celle, en effet, qui contient l'amour de tous au fond du cœur et qui connaît les véritables intérêts du peuple, qui sont d'abord l'ordre et le travail. (Très-bien !)
« Citoyens, le pouvoir exécutif se tient à la disposition de l'Assemblée pour prendre toutes les mesures nécessaires dans les circonstances critiques où nous nous trouvons. (Très-bien! Très-bien! Bravo! Bravo!)
« Un représentant: Je demande la nomination d'une Commission pour rechercher toutes les mesures à prendre.
a Plusieurs voix : Non ! non ! c'est le Pouvoir exécutif.
a (Un grand nombre de représentants vont féliciter le citoyen Garnier-Pagès, qui est retourné à son banc.)»
Après un moment d'interruption, le citoyen Peupin lit un message, daté de l'Hôtel-de- Ville et signé Antony Thouret, qui fait savoir que MM. Lamartine et Ledru-Rollin siègent à l'Hôtel-de-Ville.
M. Falloux annonce le retour de M. Lamartine.
M. Clément Thomas parait à la tribune. Il est salué par les acclamations de l'Assemblée. Il annonce l'arrestation des envahisseurs et se démet de ses fonctions qu'il croit ne devoir accepter que de la Commission exécutive.
M. Garnier-Pagès lui répond par la lecture d'un arrêté de la Commission exécutive qui le nomme, au nom du peuple et de l'Assemblée, commandant supérieur de la garde nationale de Paris. (Bravo ! Bravo !)
<t Le citoyen Lamartine : Citoyens, le Gouvernement a la satisfaction d'annoncer à l'Assemblée et à la France que la sédition a été étouffée dans son germe même, que ces hommes qui s'étaient transportés d'ici, du centre de la nation, du chef-lieu des départements, du foyer de la véritable Assemblée nationale, et qui avaient transporté leur gouvernement à l'Hôtel-de- Ville, y ont été repoussés par l'unanimité du peuple de Paris, de la garde nationale, de Tannée et de tout ce qui mérite le nom de Nation ! (Bravo ! Bravo 1)
« Ainsi, citoyens, à l'heure même où nos départements consternés apprendront la violation momentanée del' Assemblée nationale, à cette même heure ils apprendront la vengeance pacifique du peuple héroïque de Paris. Ils apprendront que la garde nationale, l'armée, la garde mobile et les citoyens de toutes les conditions, de toutes les professions, de tous les rangs, de toutes les fortunes, se sont réunis comme un seul homme, comme un faisceau d'un million d'hommes, pour restituer à l'Assemblée nationale la dignité, la liberté, l'indépendance, le respect qu'elle
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avait un moment perdu. Le citoyen Thomas vous rendra compte des justes mesures de précaution et de sévérité que mon collègue et moi nous n'avons pas hésité à prendre et à signer à la minute pour rétablir l'autorité, la dignité, le respect de vos délibérations.
a Emportez donc de cette séance cette seule et unanime conviction que le peuple de la France et le peuple de Paris, c'est un seul peuple et que le peuple de Paris et l'Assemblée nationale, c'est un seul et même sentiment, c'est un seul et même intérêt; c'est, entre eux, à la vie, à la mort. (Une acclamation de fera vos suit ces paroles.) »
M. Luneau monte à la tribune. A peine a-t-il commencé de parler, que « plusieurs représentants amènent le citoyen Louis Blanc poursuivi par des citoyens qui voulaient l'arrêter. Les membres de l'Assemblée le prennent sous leur protection.
a Quelques voix : Qu'on l'arrête !
« D'autres membres : Non f non ! c'est un représentant : il faut respecter sa liberté.
« Le cittyen Luneau : Citoyens gardes nationaux, pas de violence, respectez les membres de cette Assemblée ! (Les gardes nationaux se retirent.)
a Plusieurs refrémilants : Laissez parler Louis Blanc.
« (Le citoyen Louis Blanc monte à la tribune, pale, les vêtements déchirés, les cheveux en désordre, couvert de sueur. Des interpellations nombreuses lu sont adressées de toutes parts, il descend de la tribune au milieu de mille cris confus.;
« Un membre : Respectez Louis Blanc comme collègue.
« Un autre membre : Ce n'est pas un collègue: c'est un factieux I (L'Assemblée est dans une agitation difficile à décrire.)
« Le citoyen président invite les représentants à reprendre leurs places.
« Le citoyen Luneau : Je demande que le gouvernement s'explique sur les mesures qui ont été prises par la préfecture de police. Tout le monde sait que cette préfecture est occupée par une force qui n'est pas régulière et qui y siège. Je demande que cette préfecture, dans toutes ses divisions et départements, dant tout le local, soit occupée par la garde nationale Voilà pourquoi nous sommes en permanence. (Très-bien!)
« De toutes parts : Laissez parler M. Garnier- Pagès.
« Le citoyen Garnier-Pagès : Que l'Assemblée
soit bien convaincue que la Commission exécutive remplira tous les devoirs que vous lui avez délégués Nous croyons, en effet, que la préfecture
de police doit, dans ce moment, comme tous les autres grands postes, être occupée par la garde nationale... Il faut agir avec force et vigueur, mais avec circonspection.
« Voix nombreuses : Il faut de l'énergie !
« Quelques représentants : Pas de réaction !
« Le citoyen Barrot : Pas de réaction, mais pas de faiblesse !