‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 133 sur 164 · CHAPITRE SEPTIEME. 2ftW · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME. 2ftW

zèle pour la République, les événements avaient dépassé ses forces.

M. Raspail, enlevé de sa demeure par la garde nationale, fut conduit au Luxembourg.

M. Sobrier, renfermé dans une cbambre de la caserne du quai d'Orsay, était tombé dans une grande prostration. Assailli de craintes, il refusa tout aliment et, croyant sa dernière heure venue, il remit son testament au colonel Goyon. Il jeta par la fenêtre une lettre au préfet de police : il le priait d'intervenir et de le mettre sous la protection de la loi et il réclamait sa liberté, affirmant que lui seul pouvait empêcher l'efFu* sion du sang. M. François Arago avait, personnellement, recommandé au colonel Goyon de ne le remettre à qui que ce fût, sans un ordre écrit de sa main. Cette précaution ne fut pas inutile, car elle fil avorter une tentative d'évasion. Revêtu du costume d'officier d etat-major, un individu se présenta, le lendemain, porteur d'un ordre scellé du timbre de la Commission exécutive. Cette pièce fut, plus tard, reconnue fausse.

La situation de Paris, pendant la nuit, ne peut être plus fidèlement décrite qu'elle l'a été dans un rapporl adressé du ministère de l'intérieur à la Commission exécutive :

« 15 mai 1848, MINUIT, a La manifestation de la garde nationale et de la

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population tout entière contre les communistes, en faveur de l'ordre public, a continué ce soir jusqu'à minuit, avec plus de force et d'énergie encore que dans l'après-midi. Indépendamment de nouveaux groupes fort animés qui s'étaient formés sur les ponts et sur les quais, depuis le pont Royal, jusqu'à l'Hôtelde-Ville, les légions de la garde nationale sont revenues vers huit heures plus compactes, plus fortes encore que dans l'après-midi, et ont successivement défilé devant l'Hôtel-de-Ville aux cris mille fois répétés de : Vive la République ! à bas les communistes ! à bas Cabet l à bas Blanqui ! et ensuite, mais avec moins d'ensemble : Vive la rentrée des troupes dans Paris !

« Ce n'était pas, du reste, comme nous l'avons dit plus haut, des rangs seuls de la garde nationale que partait l'expression de ces sentiments unanimes. La population tout entière, qui formait les groupes et encombrait les quais et les places, s'y associait hautement. Les blouses, les bourgerons, les vestes, les paletots douteux, en nombre considérable, dans les rangs de la garde nationale, ne se prononçaient pas ave r ; moins d'énergie que ceux qu'on appelle aujourd'hui les riches, contre ce malheureux Cabet qui, soit dit en passant, aura maintenant une immense renommée. Les quais, les places, les environs de l'Hôtelde-Ville étaient illuminés; et le mouvement réactionnaire était tel que les habitants s'abordaient et se félicitaient, sans se connaître, d'une aussi heureuse

* Cahet i»er*ounellemeiit riait resu'- étranger li le démonstration ; il n'avait \#s quitta son lotis.

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journée. Cependant au milieu d'un concours si unanime d'opinions et de sentiments contre les socialistes et les fauteurs d'anarchie, nous avons rencontré encore, au milieu des groupes, des communistes, des socialistes qui défendaient leurs convictions sur la matière avec une énergie et un dévouement dignes d'un meilleur résultat. Plusieurs d'entre eux ont été menés si loin qu'ils se sont fait conspuer. Il en est un que la garde nationale a dû arrêter sur la place du Châtelet et conduire au poste afin de le soustraire à l'indignation publique.

« A minuit tout était à peu près terminé, et, après avoir été sur pied toute la soirée, nous n'avions pour notre compte à constater aucun accident fâcheux. »

Les membres de la Commission exécutive, avant de se retirer, rédigèrent cette proclamation :

« Citoyens !

« Un crime a été commis contre l'Assemblée nationale. Quelques factieux ont tenté de violer la souveraineté du peuple.

« Devant cet attentat, vos représentants sont restes fermes et calmes. La majesté du droit Ta emporté sur la force brutale.

a L'Assemblée, un instant troublée, a repris ses travaux. Elle siège au milieu de vous, toujours grande, toujours forte, toujours prête à assurer le triomphe de

la République, à réaliser, pour les travailleurs, les justes espérances que la Révolution leur a données.

a Aujourd'hui le crime est vaincu.

a La garde nationale, la garde mobile, Tannée, toutes les forces sorties de Paris et de la banlieue ont chassé devant elles des conspirateurs insensés qui cachaient leurs complots contre la liberté sous le nom de la Pologne.

« Citoyens, votre victoire a été sainte, car le sang de vos frères n'a pas coulé. Restez debout I Restez armés, pour défendre, comme vous l'avez su faire, la République contre l'anarchie.

« Les hommes qui ont souillé le temple de la Constitution appartiennent désormais à la justice. La justice agit, le pouvoir veille, les coupables sont arrêtés.

« Ayez foi dans l'avenir. L'avenir n'a jamais manque à la fidélité, au courage, et votre fidélité et votre courage sont éprouvés. »

La séance de la Commission executive, ouverte le 15, à huit heures du matin, fut close dans la nuit à trois heures et demie.

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